La Californie de Schwarzenegger est en faillite

Le gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, a déclaré « l’urgence fiscale » dans le plus grand Etat des Etats-Unis ce mercredi. Le défi n’est pas mince pour l’ex-Terminator : les députés californiens en session spéciale doivent résorber un déficit budgétaire de 26 milliards de dollars. Le risque pour la Californie est de ne plus pouvoir financer certaines dépenses. Il manque à l’Etat 2,8 milliards de dollars pour pouvoir faire face à ses dépenses immédiates. Si l’Etat se retrouve en cessation de paiement, le gouverneur a averti que « les Californiens seront exposés à un sérieux risque car l’essentiel des programmes sociaux ne pourra plus être assuré ».

Un pays au bord du gouffre

Californie L’Etat paye avec des « reconnaissances de dette »

New York

de notre correspondant

C’est une question de confiance, un arrangement entre gens de bonne foi. La Californie, l’Etat le plus peuplé et le plus « riche » des Etats-Unis, n’a plus un sou. Depuis jeudi, elle s’est donc mise à imprimer des « reconnaissances de dette » qu’elle va envoyer par dizaines de milliers à ses fournisseurs, aux contribuables qui ont versé trop d’impôts ou à certains bénéficiaires des services sociaux. L’Etat promet de leur verser la somme qu’il leur doit (agrémentée d’intérêts) avant octobre prochain. Le temps que les choses aillent mieux, et que les législateurs californiens puissent s’entendre sur les moyens de combler les 26 milliards de dollars de déficit que l’Etat doit résorber.

« Nous n’avons plus d’argent pour payer nos factures. C’est une histoire triste », disait le gouverneur Arnold Schwarzenegger. Un constat que ne contesteront pas les propriétaires de centaines de petites et moyennes entreprises dont l’Etat est le principal partenaire, et qui risquent la faillite si elles ne parviennent pas à honorer leurs propres dettes.

Les « reconnaissances de dette », dont la Californie pourrait se servir pour « payer » plus de 3 milliards de dettes n’ont en effet aucune valeur réelle à proprement parler. Aux Etats-Unis, on les surnomme les IOU, I own you, un « je te dois » aux consonances enfantines. La Californie les avait déjà utilisés en 1992 provoquant à l’époque les sarcasmes des humoristes de tout le pays et l’inquiétude des habitants.

A la vérité, le gouverneur Schwarzenegger n’a aujourd’hui guère d’autre choix : la législation fédérale interdit aux Etats d’inscrire un déficit à leur budget. Or les membres de l’Union n’impriment pas de dollars. Il ne reste que le recours à cette monnaie de singe. Aujourd’hui, plusieurs banques ont promis qu’elles accepteraient d’échanger ces IOU contre des dollars jusqu’au 10 juillet, même si rien ne les y oblige. Le sous-titre paraît clair : les banques sont prêtes à aider l’Etat pendant une petite semaine. Mais elles changeront d’opinion si, d’ici là, la classe politique ne parvient pas à se mettre d’accord pour trouver une issue.

Bien que les législateurs se soient accordés sur un budget en février, il ne faisait aucun doute qu’il était bâti sur des données fantaisistes. Le déclin des revenus a fini de rendre les prévisions budgétaires illusoires. Depuis lors, républicains et démocrates se chamaillent à Sacramento entre ceux qui veulent réduire les prestations à la machette et ceux qui réclament une augmentation des impôts. Schwarzenegger a déclaré mercredi une situation d’« urgence fiscale » : les élus ont 45 jours pour résoudre la crise et ne sont en droit d’aborder aucune question qui ne soit pas directement liée aux finances. Les employés de l’Etat ont été sommés de prendre un troisième jour de congé par mois. Et les rotatives se sont mises à tourner pour imprimer les 30.000 premiers IOU, d’une valeur de 50 ou 100 dollars chacun.

Une question de confiance. Mais elle fait aujourd’hui singulièrement défaut : la Californie est déjà l’Etat le moins bien classé des Etats-Unis par les agences financières de notation. Et ce nouvel épisode pourrait rapidement dégrader sa note davantage, aggravant encore le cercle vicieux dans lequel s’est engouffré le « Golden State ». Par son poids économique, une mise en faillite de la Californie aurait aussi des conséquences très lourdes pour le reste du pays.

Le gouverneur Schwarzenegger est en bonne compagnie. Selon les chiffres d’un think tank de Washington, le Center for Budget and Policy Priorities, 48 des 50 Etats américains seraient aujourd’hui en situation de déficit. Et le phénomène ne ferait que s’aggraver, forçant les pouvoirs locaux à trancher dans le vif. De la réduction des salaires et des prestations médicales à la fin des programmes scolaires d’été, la récession est entrée davantage encore dans le quotidien des Américains.

LEMA,LUIS
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