Les Rouches sont orphelins

Standard Robert Louis-Dreyfus est mort à l’âge de 63 ans

Samedi noir pour les Rouches : après avoir été tenus en échec à Tubize, les champions de Belgique ont appris non sans émotion la disparition, hélas prévisible, de celui qui fut, depuis une dizaine d’années, leur principal pourvoyeur de fonds. A 63 ans, Robert Louis-Dreyfus, co-propriétaire du Standard mais aussi actionnaire majoritaire de l’OM, est décédé des suites d’une leucémie, une maladie sournoise qui le pourchassa durant des années et qu’il combattait avec courage et pudeur. Sans le concours des plus grands spécialistes qu’il consultait régulièrement aux Etats-Unis et en Israël, RLD, comme le monde du football avait appris à le surnommer, aurait été emporté depuis longtemps par le mal. Avant de disparaître, victime d’une brusque et fatale rechute, le richissime homme d’affaires a donc eu le temps de solder tous ses comptes, à commencer par l’OM où il avait procédé récemment à un ultime nettoyage, plaçant à la tête du club un nouveau président et renforçant le pouvoir de ses hommes liges. Comme s’il sentait la nécessité d’agir vite à l’image d’un monarque préparant sa succession.

 Rien de tout cela ne devrait se produire, en revanche, au Standard où avait débarqué en 1998 cet héritier, naturalisé suisse, d’une dynastie française de courtiers en céréales et d’armateurs. Né pour faire fructifier l’héritage familial plutôt que de le dilapider, ce surdoué avait dirigé IMS puis une agence de publicité avant de reprendre en 1993 Adidas qu’il revendit au plus haut prix 7 ans plus tard. Père de trois enfants, il devint entre-temps le PDG de Louis-Dreyfus Communication (LD Com), racheta les droits TV du Mondial 2006 et créa avec l’un de ses fils la société Eric Soccer, celle-là même qui fut contactée, en 1998, par un Standard financièrement à l’agonie.

 Deux ans plus tôt, Louis-Dreyfus avait pris en mains les destinées de l’OM dans lequel il aura investi, sur fonds propres, 200 millions d’euros. C’est par amitié et sur insistance de Lucien D’Onofrio, dont il avait fait la connaissance en qualité d’agent de joueurs, qu’il accepta de voler au secours du matricule 16 financièrement étranglé par les conséquences de l’arrêt Bosman et l’inflation brutale des salaires. Après des semaines de négociations, Louis-Dreyfus, par le biais d’Eric Soccer apure les dettes du club, d’un montant de 20 millions, s’empare de la majorité des parts de la SA Standard et procède, avec des amis étrangers, l’hôtelier suisse de Davos Retto Stiffler qu’il portera à la présidence, un énigmatique Américain répondant au nom de Tom Russel et… Lucien D’Onofrio, à la recapitalisation du club liégeois. Dans la foulée sera créée, en marge de la SA Standard qui gère les activités du club, une holding financière au sein de laquelle RLD ne sera plus formellement majoritaire. Un moyen comme un autre de contourner les règlements de l’Union européenne de football qui, garante de l’intégrité sportive des compétitions placées sous son égide, interdit à deux clubs de se rencontrer en Coupe d’Europe s’ils ont pour actionnaire principal la même personne.

 Chemin faisant, le Standard, de mieux en mieux géré, a appris à se passer de la générosité récurrente de ses rédempteurs. La saison passée, grâce à la conquête du titre, le transfert de Fellaini et, in fine, l’accession à la Ligue des champions, la SA Standard est même parvenue a dégager un bénéfice supérieur à 2 millions. Financièrement, comme le martèle sa direction, l’avenir du Standard n’est donc en rien menacé par la disparition du milliardaire qu’on ne voyait plus que très épisodiquement à Liège et qui venait d’ailleurs récemment de remettre sa démission en qualité d’administrateur. Honoré par le retour d’ascenseur du Standard qui avait baptisé de son nom son superbe centre de formation, RLD avait en revanche été très affecté par les retombées médiatiques du procès engagé en France à la suite d’une affaire de transferts suspects au sein due l’OM de 1997 à 1999 impliquant aussi Lucien D’Onofrio. Il avait été condamné par la justice à 10 mois de prison avec sursis et une amende de 200.000 euros. Une gifle pour ce personnage discret, rétif à l’idée d’être ainsi exposé au feu de l’opinion publique, lui qui, en dépit de son colossal investissement, n’aura jamais rien gagné dans la cité phocéenne. En treize ans de règne, il n’a de fait remporté aucun titre majeur avec l’OM qui a tout juste gagné une Coupe Intertoto en 1995 tout en échouant deux fois en finale de la Coupe de

 France et de la Coupe de l’UEFA. Eric Gerets lui-même ne sera pas parvenu à lui offrir avant sa mort la consolation suprême alors qu’en revanche, le Standard, sa seconde maîtresse, vient d’être sacré coup sur coup champion de Belgique, s’octroyant le privilège de pouvoir éventuellement rencontrer l’OM en Ligue des champions. Si tel devait être le verdict du tirage au sort aoûtien, l’ombre tutélaire de RLD reviendrait planer, le temps d’une soirée, sur le stade-vélodrome et celui de Sclessin, sépultures flamboyantes d’un personnage hors du commun.

DONNAY,JEAN-LOUIS
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