Roger Federer seul au monde

Wimbledon Le Suisse a remporté son 15e titre du Grand Chelem

Roger Federer a raison de dire que le tennis est un sport de fous. Quelle autre discipline peut-elle, en effet, tenir en haleine jusqu’à la dernière seconde d’un match de plus de quatre heures 15.000 spectateurs dans les gradins, sans compter les millions de gens derrière leur téléviseur dans le monde ?

On croyait avoir tout vu l’an dernier lorsque Rafael Nadal, le grand absent de Wimbledon cette année, avait remporté le trophée en battant le Suisse au terme de cinq sets somptueux. À cause de la pluie, la finale s’était achevée à la nuit tombante.

Rien de tout ça cette fois-ci et pour cause puisqu’il a fait beau dimanche à Londres. Mais la finale disputée contre Andy Roddick a tout de même joué les prolongations : 4 h 16 minutes d’un combat ahurissant entre deux grands serveurs refusant d’abdiquer !

Le cinquième set, achevé sur le score de 16 jeux à 14 a duré à lui seul 95 minutes. C’est le set le plus long jamais disputé dans une finale à Wimbledon, mais aussi dans un Grand Chelem. Il a permis à Federer de devenir le seul homme sur terre à avoir remporté quinze titres majeurs. Assis aux premiers rangs dans la loge royale, à côté d’autres illustres champions d’antan comme Björn Borg ou Rod Laver, Pete Sampras, avec qui Federer partageait jusque-là le prestigieux record, a effectué le long déplacement depuis la Californie pour assister à ce moment historique. On l’a vu bâiller à plusieurs reprises (le décalage horaire n’épargne personne) et il ne fait aucun doute qu’il aura éprouvé un petit pincement au cœur au moment de la balle de match.

Mais en homme de sport qu’il est, il aura apprécié la victoire de Federer car elle fait partie de ces moments de l’histoire du sport auxquels on voudrait tous pouvoir assister en live. C’est pourquoi les tribunes de Wimbledon n’ont sans doute jamais hébergé autant de personnalités diverses. Pendant toute la finale, les caméras de la BBC ont ainsi saisi le pilote de formule 1 David Coulthard, sir Alex Ferguson qu’on ne présente plus, l’acteur australien Russell Crowe, le réalisateur Woody Allen ou encore l’ancien chef de la diplomatie américaine Henry Kissinger. Sans compter tous ceux qui sont restés, bon ou mal gré, dans l’anonymat.

Ce qui a rendu la victoire de Federer plus belle tient en l’incroyable dénouement du match. Personne ne donnait une chance à Roddick, battu 18 fois par le champion des alpages sur 20 affrontements. Et pourtant, l’Américain est monté sur le court avec la ferme intention de gagner. Pendant quatre heures, il a défendu sa peau au point de contrôler fermement les débats jusqu’à 6 points à 2 dans le tie-break du deuxième set. Le natif du Nebraska avait remporté le premier set et il semblait alors acquis qu’il allait mettre à profit au moins une de ces quatre balles de deuxième set. Soudain nerveux, il vit son jeu se défaire comme une pelote de laine usée et Federer remporta ainsi les 6 points suivants. Longtemps, Roddick repensera à cette volée de revers loupée de manière magistrale qui devait lui permettre de mener 2 sets à 0 !

À un set partout, on pensait l’Américain détruit moralement. Lorsque Federer se porta à 2 sets à 1, on se disait que le brave Andy n’allait plus faire que de la figuration. Erreur ! Non seulement il égalisa mais il fit encore jeu égal avec le futur nº1 mondial pendant plus de 1 h 30 dans un cinquième set de légende.

Il faut toutefois croire qu’il était écrit que Federer devait remporter ce quinzième titre derrière lequel il courait tant. Tout champion qu’il est, il a tremblé mais n’en a jamais rien montré. Mieux même, il a su élever son niveau de jeu dans le final, là où d’autres auraient été exténués.

Que Sampras se rassure finalement : il n’est peut-être plus le « Monsieur Grand Chelem », mais il ne pouvait pas trouver un successeur plus digne.

Roger Federer écrit seul l’histoire

On peut critiquer le gazon de Wimbledon pour la place prépondérante qu’il accorde au service mais il faut lui laisser une chose : il génère des matchs d’une folle intensité. On en a eu encore une fois la preuve, dimanche, à l’occasion du sacre de Roger Federer, le sixième au All England Club, le quinzième en Grand Chelem. Rafael Nadal absent pour cause de tendinite aux genoux, Andy Roddick s’est glissé dans la peau du challenger magnifique.

Pendant plus de quatre heures, l’Américain a été sublime de résistance, ne s’inclinant que par 16 jeux à 14 dans le cinquième set d’une finale d’un très haut niveau technique. Une fois encore, comme dix-huit autres fois avant la finale, il a échoué face au citoyen de Bâle mais cette défaite est une superbe victoire pour lui.

Celle d’un homme en qui personne ne croyait le matin du duel et qui aura réussi à repousser le Suisse dans ses derniers retranchements comme seul Nadal avait réussi à le faire jusque-là.

Car s’il est parvenu à devenir le seul homme sur terre à avoir jamais remporté quinze titres du Grand Chelem, Federer le doit avant tout à son talent fou mais aussi à une maîtrise quasiment irréelle de ses nerfs. Mené un set à rien, il dut repousser quatre balles de deux sets à zéro dans le tie-break pour rester en vie dans un match qui était en train de lui filer sous le nez. Qui d’autre que Federer pouvait réussir un exploit pareil dans une loterie comme le tie-break ? La preuve qu’il est un champion hors-norme.

Toutes les anciennes légendes du tennis présentes dans les gradins du Centre Court dimanche – et Dieu sait si elles étaient nombreuses – l’auront constaté. Cette finale, comme celle de l’an dernier, restera dans les annales du tennis, et pas seulement celui disputé à Wimbledon. « Ne sois pas trop triste Andy, dit-il à son adversaire lors de la remise du trophée. L’an dernier, j’étais dans la même situation que toi. Je suis revenu cette année et j’ai gagné ! »

Le Suisse sous-entendait par là qu’une telle situation pouvait se reproduire en faveur de l’Américain en 2010. Abattu par la déception, il n’est pas sûr que Roddick ait cru un seul instant à cette prévision.

Federer sait que pour gagner un match de cette trempe, il faut un peu de chance. « Aujourd’hui, elle était de mon côté, dit-il à ce sujet. C’était un match fou. Je n’ai pas encore la tête claire. C’est un moment incroyable de ma carrière. »

Il s’adressa ensuite à Pete Sampras, l’ancien champion américain que l’on apercevait dans les tribunes. Le Californien reste le roi de Wimbledon avec sept titres mais il est déchu de son record de Grands Chelems. « Merci d’être venu, lui dit Federer. C’est un réel plaisir d’avoir joué devant toutes ces légendes. »

Il n’y a qu’à Wimbledon, temple du tennis depuis plus d’un siècle, qu’on revoit chaque année une telle collection d’anciens champions. Elle a réjoui également Roddick, même si le ton de l’Américain était davantage teinté de regrets. « Désolé Pete, j’ai essayé de garder ton record intact. C’était un plaisir de jouer devant Pete, Bjorn, Rod. J’espère qu’un jour mon nom sera là-haut, avec tous les vainqueurs de ce tournoi. »

On l’espère pour lui car Roddick mériterait d’avoir plus qu’un trophée majeur (l’US Open en 2003) à son palmarès. Ne fût-ce que pour le courage qu’il a eu pour continuer le combat alors qu’il était dépassé par Federer et Nadal, mais aussi Murray et Djokovic. Et aussi parce qu’il fait toujours un magnifique perdant. « J’ai de la chance d’avoir vécu une finale comme celle-ci, dit-il. Je félicite Roger, c’est un vrai champion qui mérite tout ce qu’il a. Bien joué, mon pote ! »

La question que l’on peut se poser aujourd’hui est de savoir si le nouveau record n’est pas de nature à couper Federer dans son élan. Beaucoup de champions ont commencé à régresser lorsqu’ils ont atteint leur objectif ultime car ils se voyaient soudainement privés d’une source importante de motivation.

Toutefois, à bientôt 28 ans, Federer n’a pas encore tout réalisé. Il lui reste notamment à accomplir ce Grand Chelem mythique (gagner les quatre tournois majeurs dans la même année). Seuls deux joueurs, l’Américain Donald Budge (1938) et l’Australien Rod Laver (1962, 1969), y sont parvenus, à des époques où la concurrence était moindre et où le rythme de la compétition n’était pas aussi intense qu’aujourd’hui. « Gagner quinze Grands Chelems n’est pas un objectif qu’on se fixe en étant petit garçon, dit Federer. Je joue au tennis parce que j’aime ça et pas pour battre les records, même si celui-là est le plus beau. Cela ne veut pas dire que je vais arrêter. J’espère jouer encore de nombreuses années. »

Le champion a déjà répété qu’il souhaitait jouer assez longtemps pour que son enfant à venir (la naissance est prévue dans quelques semaines) puisse le voir à l’œuvre. Et puis, il y a aussi la perspective de devenir champion olympique en 2012 à… Wimbledon, ou encore celle de battre le record des semaines passées en tête du classement. S’il a déjà vécu le plus long règne ininterrompu avec 237 semaines, Roger est encore dominé au total cumulé par trois champions : Connors a été nº1 pendant 268 semaines, devant Ivan Lendl (270) et Sampras (286).

Sans compter sa rivalité avec Nadal qu’il compte inverser. L’Espagnol mène la valse de leurs duels de manière éclatante : 13-7 (5 finales de Grand Chelem à 2).

On le voit : Federer a encore du pain sur la planche.

Les chiffres d’un record

15 : Soit le nombre de titres du Grand Chelem que détient Federer. Nouveau record. Il a gagné 6 Wimbledon, 5 US Open, 3 Open d’Australie et 1 Roland Garros.
6 : Federer a été couronné pour la sixième fois au All England Club. Sampras reste leader avec sept couronnes de même que William Renshaw, vainqueur au XIXe siècle.
52 : C’est le nombre de matchs gagnés par Federer à Wimbledon, pour 57 disputés depuis 1999, année de sa première participation. Un incroyable bilan sur le gazon londonien.
10 : Le Bâlois n’a perdu que 10 matchs en Grand Chelem sur les 158 disputés depuis sa première victoire à Wimbledon, en 2003. Cinq de ces 10 défaites sont intervenues en finale.
1 : Grâce à sa victoire, Federer retrouvera ce lundi la première place mondiale. Ironie du sort : il en avait été dépossédé il y a tout juste un an, après sa défaite en finale contre Nadal.

LE PORTFOLIO : Wimbledon 2009

LEONARDI,PAOLO
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