Le timide dégel des puissances

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Diplomatie Medvedev – Obama signent un accord-cadre sur le nucléaire

MOSCOU

DE NOTRE CORRESPONDANT

Sans passion mais avec résolution, Barack Obama et Dmitri Medvedev ont tenu hier à « relancer » les relations entre Washington et Moscou. Après les années de tiraillements diplomatiques et de conférences de presse électriques, lorsque leurs prédécesseurs George Bush et Vladimir Poutine étaient d’accord sur rien mais semblaient chaleureusement plaisanter de tout, les actuels présidents américain et russe n’ont fait ni plaisanterie bien placée ni grande déclaration d’amitié face à la presse et sous les dorures du Kremlin.

Reconnaissant seulement se faire « confiance » l’un l’autre, ils se sont avant tout montrés sérieux et opiniâtres. Habillés à l’identique (costume sombre et cravate rouge), ils ont pareillement parlé avec un même ton appliqué et monocorde.

Le principal résultat de leur après-midi de discussions « constructives » est la signature d’un accord-cadre sur un futur traité de réduction des armes nucléaires. Objectif : remplacer Start-I, le Traité de réduction des armes stratégiques de 1991 qui arrive à échéance en décembre. Barack Obama et Dmitri Medvedev sont convenus dans chacun des deux pays d’abaisser à entre 1.500 et 1.675 le nombre des têtes nucléaires et à entre 500 et 1.100 le nombre des vecteurs (missiles intercontinentaux, embarqués à bord de sous-marins et bombardiers stratégiques).

Par comparaison, Etats-Unis et Russie comptent encore chacun 2.000 à 3.000 ogives déployées (prêtes à l’usage). Et les accords actuels limitent à 1.600 le nombre des vecteurs. Après la signature du futur traité final, ces réductions devront intervenir « dans les sept ans » selon le texte.

« Nous devons montrer l’exemple et c’est ce que nous faisons ici aujourd’hui », s’est félicité Barack Obama pour qui cette entente nucléaire doit servir de modèle « afin de pouvoir coopérer de manière plus efficace sur des sujets d’intérêt commun ». Pour Dmitri Medev-dev, ce préaccord est un « compromis raisonnable » et ce premier sommet « un premier pas mais un premier pas très important ». Les deux présidents se sont d’ailleurs mis d’accord sur une coopération matérielle très concrète : Moscou a autorisé le transit sur son territoire et dans son espace aérien de soldats et de matériel militaire américain à destination de l’Afghanistan. « C’est une contribution substantielle de la part de la Russie. Elle fera gagner du temps et de l’argent à l’armée américaine », s’est réjoui Barack Obama qui fait de la guerre contre les talibans l’une de ses priorités.

Barack Obama et Dmitri Medvedev, qui contrairement à leurs prédécesseurs ne se sont pas appelés par leurs prénoms et ne se sont pas lancés dans des déclarations d’amitié, n’ont pas caché néanmoins leurs différences sur le sujet au cœur des tensions entre Washington et Moscou : le projet américain d’installer un bouclier anti-missiles en Europe de l’Est visant l’Iran (selon Washington) ou ciblant la Russie (selon Moscou). Ces dernières semaines, Dmitri Medvedev a lié la question du bouclier au futur traité sur les armes nucléaires, semblant exiger un recul américain sur le premier dossier pour faire progresser le second. Un lien refusé par Barack Obama qui a gelé le projet sans l’abandonner. Pendant la conférence de presse d’hier, il s’est même lancé dans un long plaidoyer en faveur du bouclier, rappelant qu’il ne visait pas « le puissant arsenal russe ».

A ses côtés, Dmitri Medvedev semblait circonspect. « C’est une zone difficile de notre discussion », s’est-il contenté de commenter. Il n’a pas non plus réagi lorsque son hôte a insisté sur la nécessité de « respecter la souveraineté et l’intégrité de la Géorgie ». Une pique lancée à la diplomatie russe qui a reconnu l’indépendance des deux régions pro-russes en territoire géorgien. C’était il y a près d’un an lorsque la guerre entre la Géorgie et la Russie a plongé les relations entre Washington et Moscou dans une crise aux relents de guerre froide. Une période que les deux présidents veulent oublier.

QUENELLE,BENJAMIN
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