Le G8 à L’Aquila, ruine sur ruines

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Mondialisation Le « club des Huit » se sent seul dans son costume étriqué

L’Aquila
de notre envoyé spécial

Expéditif ! En un moins d’une journée, la messe était dite. Le sommet du G8, officiellement programmé sur trois jours, de mercredi à vendredi, n’aura en réalité duré que quelques heures, hier. Expédié, entre un déjeuner de travail et un dîner. Car, dès ce jeudi, le groupe des huit « maîtres du monde », tout ébranlés par la crise globale, s’entoure de huit autres grandes puissances économiques. En petit comité, ce « G » arc-bouté sur son rang d’antan se sentirait-il désormais isolé ? Ou… impuissant ? Sur le déclin ? L’hôte de la réunion, le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, lui aussi ébranlé par les scandales, a en tout cas souligné « l’implication historique des pays émergents dans ce sommet ». Même si le président chinois Hu a déjà déclaré forfait, pour mater l’insurrection dans le Xinjiang.

Comme par mimétisme, osmose, ce G8 en déliquescence se réunit à un jet de pierre de L’Aquila. La capitale des Abruzzes peine à se remettre du terrible tremblement de terre qui a tué 299 de ses habitants le 6 avril dernier et détruit les foyers de 50.000 autres. Pour attirer l’attention du monde sur cette région meurtrie, mais aussi pour tenter de redorer son blason, Silvio Berlusconi a rapidement tenté le « coup » : rapatrier le sommet prévu en Sardaigne vers les ruines de L’Aquila. Et ce sont désormais les milliers de participants à ce barnum annuel hyper-sécurisé qui tremblent : presque chaque jour, de nouvelles secousses sont enregistrées… Emmener ici la caravane du G8, dans l’austère caserne d’une école de gendarmerie, permettait aussi de saper les velléités de contestation, en appelant à la compassion. Le dernier exercice du genre en Italie, le G8 de Gênes en 2001, s’était soldé par la mort d’un jeune militant altermondialiste. Carlo Giuliani a été tué par la balle d’un carabinier…

A huit, les chefs d’Etat ou de gouvernement des Etats-Unis, Canada, France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Japon et Russie, ont reconnu mercredi que la crise est loin d’être finie. Eux qui n’avaient quasi rien vu venir, l’an passé, lors de leur sommet au Japon, relèvent aujourd’hui des « signes de stabilisation » – il faut ra-ssu-rer ! Mais ils estiment surtout que des « risques significatifs » demeurent, qui déstabiliseront l’économie et la finance. Les « leaders » entrevoient même un autre risque majeur : une instabilité « sociale », qui pourrait laminer les pouvoirs en place, alors que la pauvreté augmente dramatiquement sous les effets dévastateurs de la crise.

Le G8 de L’Aquila n’ira guère plus loin sur le front de la déroute économique. Depuis près d’un an maintenant, la crise, c’est l’affaire du G20. Ce « G » rassemble : les vieilles puissances industrielles du G8 créé en 1975 mais d’autres économies majeures, les grands pays « émergents » comme l’Inde, la Chine ou le Brésil, et des Etats pétroliers dont l’Arabie saoudite. Et déjà, le « vrai » rendez-vous pour sauver un « système » qui prend eau est fixé à la fin septembre, lors de la prochaine réunion de ce format à Pittsburg, aux Etats-Unis. Le G20 avait été activé une première fois en novembre dernier, sans grand résultat, avec un président Bush unilatéraliste en bout de course. Celui d’avril à Londres, avec un Obama fraîchement investi, avait été autrement décisif.

Le départ prématuré du président Hu a d’ailleurs empêché un autre « format » d’avoir lieu, en marge du G8 : une rencontre bilatérale sino-américaine. Ce G2 entre la première puissance mondiale et son principal… bailleur extérieur de fonds, est fondamental pour l’avenir des relations internationales. Le mois dernier, un autre cénacle tentait de donner de la voix et formalisait ses liens : le BRIC – Brésil, Russie, Inde, Chine. Le G5 s’organise aussi, qui reprend les mêmes moins la Russie (au G8…), plus l’Afrique du Sud et le Mexique.

Les pays émergents ont régulièrement été associés aux discussions du groupe occidental des nations les plus industrialisées. Mais ils ne participaient pas aux décisions. Pour relever les défis globaux qui pèsent sur la planète – le changement climatique, la faim, la refonte du système financier – un front élargi apparaît désormais nécessaire, même aux yeux du G8. La semaine dernière, la chancelière allemande Angela Merkel a réclamé de la « clarté » : « Nous avons le G20, nous avons le G8, nous avons le G5 (…) Je pense qu’à l’avenir, le G20 devra être comme le toit qui chapeaute tous les autres ». En 2007, accueillant le G8 à domicile, elle s’était opposée à tout élargissement du « club ». Le monde change. Il ne sera cependant pas plus aisé de prendre des décisions : mercredi, il paraissait illusoire que le « G8 élargi » de L’Aquila aux grands pays émergents (et pollueurs) puisse s’entendre sur un objectif ambitieux de réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 pour sauver la planète du réchauffement. Les Huit, par contre, se sont entendus pour promettre de réduire leurs propres émissions de 80 % dans le même délai. Mais sans fixer les étapes intermédiaires, jugées cruciales. Et hier soir, l’engagement de la Russie paraissait soudain hésitant.

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