Un Parlement se lève, qui a le vent en poupe

Union européenne Première session à Strasbourg

Strasbourg

De notre envoyé spécial

Lundi, 15 h 30, devant le Parlement européen, à Strasbourg. De nombreux eurodéputés sont là, anciens et nouveaux réunis, pour célébrer les trente ans de l’élection du Parlement européen au suffrage universel. Les nouveaux sont tout en affaire, à l’entrée de leur nouvelle vie. Un détachement de l’Eurocorps hisse les couleurs européennes. La Philharmonie de Strasbourg joue l’Ode à la joie, l’hymne européen. Un ange passe. Même la petite pluie s’arrête de tomber. Mais, un peu à l’écart, une étrange cacophonie se fait entendre : un groupe d’eurodéputés britanniques (Ukip) chantent en même temps – et à tue-tête – le God save the Queen…

Ainsi va l’Europe, dans sa diversité ! La nouvelle assemblée, qui se réunira ce mardi matin pour la première fois, sera cependant différente des précédentes, à cet égard. Le camp « anti-européen » de droite et d’extrême droite y sera plus fort que jamais (113 élus sur 736, soit 15,35 %, contre 12,2 % au cours de la législature précédente). Il sera conduit par le grand parti d’un grand pays : les Tories britanniques. Il va chercher à capitaliser sur les effets de la crise. Et forcera vraisemblablement les autres groupes politiques à mettre une sourdine à leurs querelles et à faire front sur une nouvelle ligne de démarcation.

Pas de majorité de gauche

Le nouveau Parlement tranchera aussi avec le précédent sur un autre point important : dorénavant, la gauche et les libéraux ensemble n’y disposeront plus de la majorité. Les ex-communistes de la GUE, les socialistes et leurs alliés italiens du groupe S&D, les Verts et les libéraux de l’ADLE rassembleront 358 élus, soit 10 de moins que la majorité absolue. Dans l’assemblée 2004-2009, ils étaient 401 sur 785.

C’est symbolique. Les symboles ne sont toutefois pas sans poids lorsqu’il s’agit, par exemple, de défense des libertés en Europe et dans le monde. Sur les droits de l’homme, on a vu par le passé nombre de libéraux voter avec la gauche – même si, globalement, leur groupe a le plus souvent voté avec la droite.

En réalité, le Parlement européen est un haut lieu du compromis politique. Ici, du reste, la discipline de groupe tient du vœu pieux. On voudra pour preuve de cette culture du consensus le fait que les eurodéputés vont élire, à une très large majorité, ce mardi matin, leur nouveau président. L’ancien Premier ministre polonais Jerzy Buzek a reçu l’appui des trois grands groupes : le sien (PPE), le socialiste-démocrate et le libéral. A mi-législature – c’est déjà prévu –, il cédera le perchoir à un socialiste, qui sera très probablement l’actuel chef de groupe, l’Allemand Martin Schulz.

Mais compromis à l’intérieur ne veut pas dire compromissions à l’extérieur. Ce Parlement nouveau a conscience de sa force dans le processus décisionnel européen. Et il sait fort bien que le Traité de Lisbonne, qui devrait entrer en vigueur à la fin de l’année, va encore accroître son poids politique, le rendre quasiment égal à celui des capitales.

Ceci n’est pas une chambre d’enregistrement : les eurodéputés l’ont déjà signifié aux gouvernements des Vingt-Sept, en retardant le vote sur la reconduction de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne. Le ton de la législature est donné.

dans les travées

Sang neuf

Très exactement 50,14 % des membres du nouveau Parlement européen étaient déjà eurodéputés au cours de la précédente législature. Ce sont les Maltais qui ont le moins renouvelé leur représentation, avec 4 de leurs 5 élus reconduits. La Lituanie est à l’autre bout : 75 % de ses eurodéputés actuels ne siégeaient pas au Parlement entre 2004 et 2009.

Benjamine

C’est une écologiste danoise, Emilie Turunen, née le 13 mai 1984, qui est la plus jeune eurodéputée de la nouvelle assemblée. Le doyen est l’ancien Premier ministre italien Ciriaco De Mita (PPE), qui a fêté ses 81 ans le 2 février dernier.

Voix de préférence

Le champion des voix de préférence aux récentes élections européennes est le chef du gouvernement italien, Sivio Berlusconi (PPE), qui a obtenu quelque 2,7 millions de voix. Mais il ne siégera pas au Parlement européen. Autre record : l’Estonien Indrek Tarand, un indépendant, a recueilli 102.520 voix de préférence, ce qui signifie que 25,8 % des électeurs ont voté pour lui.

Notabilités

Le nouveau Parlement européen compte quelques personnalités qui ont occupé des fonctions de premier plan dans leur pays. Epinglons un ex-président de la République, Rolandas Paksas (Lituanie) et huit chefs de gouvernement, dont deux Belges : Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt, Ciriaco De Mita (Italie), Ivars Godmanis (Lettonie), Anneli Jäätteenmäki (Finlande), Lojze Peterle (Slovénie), Theodor Stolojan (Roumanie) ainsi que le Polonais Jerzy Busek, qui va être élu ce mardi président du Parlement européen.

LABAKI,MAROUN
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