Dix ans après, on lui retire son second cœur

Transplantation Son cœur d’origine s’est régénéré

Jusqu’à 14 fœtus sur 1.000 sont porteurs d’une malformation cardiaque, ce qui en fait la malformation la plus fréquente de l’enfant. Ce type de problème est 8 à 12 fois plus fréquent durant la première année de vie. Heureusement, seul un enfant sur 100.000 est atteint de manière si aiguë que sa survie est en cause. Des prototypes de cœur artificiel sont en cours de développement depuis des dizaines d’années, mais la croissance même de l’enfant rend cette solution beaucoup plus complexe. En 1994, Hannah Clark avait 8 mois lorsque son cœur a commencé à développer une sévère insuffisance cardiaque, qui a ensuite endommagé ses poumons, ce qui aurait pu nécessiter également une autre transplantation. Le risque était trop important de réaliser une double transplantation. En 1995, à l’âge de deux ans, Hannah Clark a donc reçu un nouveau cœur d’un donneur, mais qui a été posé en plus du sien (notre illustration). Lors de la greffe, l’organe du donneur a été inséré en parallèle avec le cœur original, assumant l’essentiel de la fonction cardiaque. Cela a permis un rétablissement à long terme de la partie gauche de son cœur, qui n’était plus sollicitée pour oxygéner son organisme. Après quatre ans et demi, ses deux cœurs fonctionnaient très bien.

La vie d’Hannah était donc sauvée. Mais à un prix très lourd : pour éviter le rejet, la patiente devait prendre des médicaments très nocifs, qui ont provoqué un lymphome spécifique lié au virus Epstein-Barr (celui de la mononucléose), typique après une transplantation. Ce cancer l’obligeait à suivre une chimiothérapie. Le risque élevé de rejet du cœur greffé restait également très important. Par contre, son cœur d’origine s’était régénéré de manière telle qu’il pouvait assurer un flux qui semble suffisant pour la survie de la jeune fille. Toutefois, l’opération de retrait du cœur transplanté, une opération aussi lourde et risquée que la transplantation elle-même, ne semblait guère nécessaire et même souhaitable. Mais les épisodes de poussée du cancer se sont multipliés, exigeant de nouvelles chimiothérapies durant deux ans. Il y a quatre ans, un échocardiogramme a montré que les fonctions du cœur greffé étaient quasiment tombées à zéro, en raison même de l’efficacité du cœur d’origine d’Hannah.

Comprendre comment le cœur s’est réparé

Après 10 années vécues avec ses deux cœurs, les experts, qui publient leurs résultats mardi dans la revue The Lancet, ont donc décidé de retirer à Hannah Clark l’autre cœur qu’ils lui avaient greffé. « Cela montre que le cœur peut se réparer de lui-même, lorsqu’on lui en donne l’occasion », explique le docteur Douglas Zipes, ancien président du Collège américain de cardiologie. « Apparemment, le cœur a une puissante capacité à se régénérer et il est maintenant essentiel de comprendre comment il travaille », pour que d’autres patients puissent en bénéficier.

Aujourd’hui, Hannah Clark, âgée de 16 ans, qui vit près de Cardiff, fait du sport, travaille à mi-temps et devrait pouvoir retourner à l’école en septembre. « J’ai maintenant une vie normale, comme tous mes amis », a-t-elle déclaré. Lorsqu’elle était malade, on avait annoncé à ses parents que leur fille allait mourir dans les 12 prochaines heures.

« Soulagés, de jeunes cœurs se réparent »

ENTRETIEN

Le professeur Luc Jacquet est chef du service de pathologies cardiovasculaires intensives des Cliniques universitaires Saint-Luc (UCL).

Implanter un cœur en parallèle, est-ce fréquent ?

Ce l’était à l’époque pionnière de la transplantation cardiaque, fin des années 60, parce qu’on n’avait qu’une confiance très relative dans la durée du greffon. En cas de rejet, il restait toujours le cœur du patient, même malade, pour lui permettre de survivre. C’est aujourd’hui beaucoup plus rare, essentiellement grâce à l’apport de la cyclosporine, un puissant médicament anti-rejet. Un cœur en parallèle, qu’on appelle une greffe hétérotopique, cela posait des problèmes, notamment parce que porter deux cœurs dans une cage thoracique pose une question de place avec les poumons qui subissent une compression.

L’originalité de ce cas, c’est le développement du cœur originellement malade ?

C’est effectivement tout à fait étonnant. On avait des indications de cette capacité, grâce à des cas d’enfants sous assistance extérieure dont la fonction cardiaque se rétablissait, comme si le cœur ne pouvait pas à la fois assurer la survie et se réparer. Déchargé de sa fonction première, il semble pouvoir se réparer.

Mais cette opération de retrait de transplantation n’est pas indispensable ?

Non, de nombreux patients ont vécu avec ce greffon à côté de leur cœur. La raison de cette opération est l’apparition de lymphomes due à l’affaiblissement de l’immunité naturelle qu’on doit induire pour empêcher le rejet du greffon, que le corps continue à voir comme un corps étranger.

Ce cas-ci représente-t-il un espoir de pouvoir, en comprenant ses mécanismes, « régénérer » des cœurs de patients plus âgés ?

Ne rêvons pas trop : la jeunesse et la situation hémodynamique de cette patiente, en plein développement lors de la greffe, sont essentielles dans ce mécanisme. C’est un petit miracle, mais il n’est pas généralisable. Il y a par contre de plus en plus d’espoir avec les cœurs artificiels, en tout cas partiels (partie gauche), pour lesquels on a maintenant des patients qui en sont équipés depuis plusieurs années.

SOUMOIS,FREDERIC
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