Les agriculteurs sont toujours en colère

En plein cœur de l’été, alors que les rues de la capitale sont désertées, les agriculteurs ne désarment pas. Mercredi, les producteurs de lait ont manifesté, à bord de quelque 400 tracteurs. La raison de leur courroux ? La chute des prix, encore et toujours. Ils n’ont toutefois pas pu atteindre leur objectif, la Commission européenne, dont l’accès a été interdit par la police.

Les protestataires se sont rassemblés à l’appel de la Fédération de l’agriculture de Wallonie, le jour même où la Commission formulait des propositions pour aider le secteur à traverser la crise actuelle. L’exécutif européen propose d’augmenter diverses aides aux producteurs, mais il a répété qu’il ne renoncerait pas à la libéralisation programmée des quotas de production laitiers. « Nous ne sommes pas convaincus que la somme des mesures permettra de combler le problème tant son ampleur est grave », a commenté Yves Hayez, secrétaire général de la Fédération wallonne de l’Agriculture, à l’issue de la rencontre. La sortie de crise n’est donc pas en vue.

Le secteur laitier dans l’impasse
Agriculture Les tracteurs à Bruxelles

Comme on s’y attendait (Le Soir du 22 juillet 2009), la Commission européenne a refusé mercredi de céder à la pression des agriculteurs qui manifestent face à la chute des prix du lait, rejetant toute idée de baisse contraignante de la production et affirmant n’avoir guère de moyen pour les aider à traverser la crise. Au même moment, des centaines de tracteurs défilaient dans Bruxelles à l’appel de la Fédération wallonne de l’agriculture, provoquant d’importants embarras de circulation, tandis que d’autres bloquaient pendant plusieurs heures l’échangeur de Daussoulx (E411/E42).

« J’aimerais avoir une baguette magique » pour faire remonter les prix « mais je n’en ai pas », a déclaré la commissaire européenne à l’Agriculture, Mariann Fischer Boel, tout en reconnaissant que la crise actuelle était « grave » et « l’empêchait parfois de dormir la nuit ».

Non à la gestion planifiée

« Certains agriculteurs, qui n’ont pas de banque prête à les aider à traverser cette crise, sont en mauvaise posture », a reconnu la commissaire danoise. Mais pour elle, pas question de réintroduire de la gestion planifiée de production afin d’ajuster les prix. Le salut ne pourra venir que d’une demande plus forte et d’une rémunération accrue des producteurs là où coopératives et distributeurs se réservent des marges douteuses sur la revente.

Pour le reste, la Commission n’a proposé mercredi que des mesures de soutien limitées face à la chute des prix de plus de 50 % dans certains pays depuis fin 2007. Elle propose de faciliter l’octroi d’aides publiques nationales aux exploitants en difficulté, ainsi qu’une gestion un peu plus rigoureuse des quotas (plafonds de production) laitiers. Les exploitants qui dépassent leur plafond individuel pourraient être punis.

En revanche, la Commission refuse l’idée d’une prime à l’abattage des vaches et surtout rejette tant une baisse des quotas de production – demandée par une partie de la profession – qu’un gel, suggéré par l’Allemagne et la France. Ces deux derniers pays ont réitéré cette demande, en dépit du refus de la Commission.

« Ne faites pas des quotas un bouc émissaire », a plaidé Mariann Ficher Boel à l’adresse des exploitants, car ils ne sont pas selon elle à l’origine de la chute des prix, les plafonds de production n’étant pas atteints dans l’Union.

Cette fermeté n’est pas du goût d’un nombre grandissant de producteurs de lait, qui ont donc une fois encore sorti les tracteurs des exploitations. Les représentants de la FWA ont rencontré la commissaire européenne. « Je ne suis pas en mesure de mettre en œuvre une baisse de la production » qui ne serait pas soutenue par une majorité suffisante des Etats, « ni de fixer un prix minimum garanti du lait », a encore dit Mariann Fischer Boel, à l’issue de cet entretien avec Yvan Hayez, le secrétaire général de la FWA. Ce dernier s’est dit, pour sa part, « pas convaincu » que les mesures limitées de soutien proposées par la Commission puissent « permettre de résoudre les problèmes. Nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous avant d’être confrontés à des situations dramatiques », a ajouté Yvan Hayez.

Les agriculteurs ont été rejoints dans leur combat par la Fédération nationale du commerce de bétail et viande, tout en se disant prête à collaborer avec les agriculteurs « pour paralyser le pays lors des retours de vacances ».

Etalle : la reconversion passe par le bio

Libramont J-1. Regards sur un éleveur qui a choisi une autre voie. Le blanc bleu, ça suffit ! Michel Jacques, éleveur à Vance (Etalle), a décidé l’an passé de changer de cap. Une seconde reconversion. La première était professionnelle. C’était il y a 12-13 ans, quand il tourne définitivement la page de son emploi principal, chez Mobil Plastic à Virton. En parallèle, il était éleveur dans la ferme de ses parents, au centre du village. Des bâtiments d’hier, étriqués. Il décide de devenir éleveur à temps plein et construit de grandes étables à l’extérieur du village : « J’en avais envie et puis, pour obtenir les aides et emprunts bancaires, il fallait que j’arrête mon autre boulot. »

Ce fut alors l’élevage de blanc bleu. Mais début 2008, Michel Jacques se pose des questions. D’ordre environnemental, mais aussi financier. Le prix de la viande n’augmente pas, au contraire de celui des engrais, des aliments pour bétail. Le blanc bleu nécessite aussi des frais de médicaments, d’insémination, de vétérinaire, car les césariennes sont obligatoires. De plus, la maladie de la « langue bleue » a fait des ravages.

Michel Jacques fait ses comptes et sans avoir jusqu’ici abusé des engrais, il aspire à une autre forme d’agriculture. Cela passe par la reconversion, de race, et de style d’agriculture. En d’autres mots, il va passer au bio et vendre ses blanc bleu pour de la limousine. Un cheptel d’une bonne quarantaine de vaches autour d’un solide taureau, achetés en France et en Belgique. Pour le goût, j’estime qu’il n’y a pas photo entre le blanc bleu et la limousine, dont la viande est plus persillée. Côté fécondité, c’est aussi à l’avantage des limousines.

Le bio ? « On y passe pour trois raisons, commente cet éleveur. Pour des raisons écologiques, pour obtenir des primes plus avantageuses qu’avec l’agriculture classique, ou parce que les banques vous y poussent. Dans mon cas, comme je l’ai dit, j’ai fait mes comptes et comme les engrais étaient trop chers, je n’avais plus envie de les utiliser. Alors, passer au bio était naturel. Je suis donc en pleine reconversion, mais je ne regrette rien. J’ai donc logiquement diminué mes surfaces céréalières, voraces en engrais, passant de 13 hectares à 2 hectares, et j’ai mis de la luzerne à la place. »

Le label bio, qu’il obtiendra définitivement en 2010, porte sur l’ensemble de cette exploitation de 65 hectares : les œufs, les moutons, gérés par son fils étudiant, les pommes de terre et les bovins, bien sûr. La vente ? « Pommes de terre et œufs sont vendus localement. Pour les bovins, je fais quelques colis pour une vente en circuit court, et c’est peut-être à développer, mais ce n’est pas encore défini pour le reste. Sans doute à l’exportation, en France et au Luxembourg. Mais j’aimerais que des bouchers du coin m’achètent cette viande que l’on trouve difficilement sur les étals. »

PADOAN,BERNARD,BELGA,AFP,BODEUX,JEAN-LUC
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