Les missiles Otan sont-ils utiles ?

Défense Un sénateur PS propose d’interdire tout arsenal nucléaire en Belgique

La fidélité à l’Otan et la dénucléarisation ne sont pas incompatibles », assène tranquillement le sénateur Philippe Mahoux (PS). Alors que le Namurois vient de déposer une proposition de loi visant à interdire tout système d’armement nucléaire en Belgique – tout système, y compris Otan ! – et qu’il entend obtenir dès la rentrée d’octobre la mise de ce texte à l’ordre du jour, il dissipe toute impression de légèreté, d’utopie ou de naïveté : « La naïveté n’est pas nécessaire, nous déclare-t-il, mais l’énergie est indispensable. »

Belle formule, mais encore ? Dévoilée par nos confrères de La Libre, l’idée du sénateur bénéficie d’un contexte partiellement favorable, à la fois géopolitique (l’arrivée d’Obama), technologique (la possible obsolescence de la dissuasion nucléaire face au projet US de bouclier antimissile) et stratégique (la Russie n’est plus l’ennemi principal).

En fait, près de 28 ans après les manifestations monstres qui ont vu 200.000 Belges manifester dans les rues de Bruxelles et rejeter l’installation de missiles américains Pershing en Europe (des missiles rebaptisés B61-10 et qui préfigurent ceux de Kleine-Brogel), la réduction de l’arsenal nucléaire américain stationné en Europe est déjà bien engagé. Sur les quatre dernières années, le nombre de têtes nucléaires US stationnées en Europe a été réduit de moitié.

Au total, depuis 1985, le nombre de têtes est passé de 8.972 à 240, soit une réduction de 97,3 %. Celles qui apparaissaient encore au début de la décennie comme étant les plus grandes bases du continent viennent de voir disparaître leurs capacités nucléaires : Ramstein (Allemagne, 130 bombes) et Lakenheath (Grande-Bretagne, 110 bombes) n’en auraient plus une seule. Ces têtes ont été rapatriées, notamment au Nouveau-Mexique, lors de mouvements qui se seraient produits entre 2004 et 2008. Quant à Kleine-Brogel, le nombre de bombes entreposées n’a rien de sacré, il peut lui aussi fluctuer puisqu’à l’origine, il y aurait eu non pas 20 (lire ci-dessous) mais 25 missiles stockés sur cette base.

Un débat promis en 2001

Alors, pourquoi la Belgique ne pourrait-elle pas se dénucléariser tout en demeurant, selon la formule estampillée du ministre de la Défense Pieter De Crem (CD&V), un « partenaire petit mais fiable de l’Otan » ?

Le débat n’est pas neuf. Quelques mois avant la guerre d’Afghanistan, en avril 2001, le Premier ministre Guy Verhofstadt (VLD) déclarait : « Le vice-Premier ministre Louis Michel, le ministre de la Défense André Flahaut et moi-même sommes prêts à débattre au Parlement de la politique menée en matière d’armement nucléaire. (…) Un certain nombre de propositions sont actuellement sur la table au sein de l’Otan pour poursuivre le désarmement. » Verhofstadt ajoutait cependant : « En tant que membre de l’Otan, nous n’agirons que sur la base d’accords collectifs, sans quoi notre appartenance à l’Alliance n’aurait aucun sens. »

C’est là que la proposition Mahoux devient offensive : remarquant que le débat promis n’a jamais eu lieu, le sénateur propose que la Belgique aille de l’avant en suivant sa propre dynamique nationale. « Un peu d’immodestie n’est pas néfaste : s’il y a quelque chose à Kleine-Brogel, la loi le fera disparaître. » La défunte loi de compétence universelle nous enseigne le contraire.

LALLEMAND,ALAIN
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