La grippe cause une première mort en Belgique

 C’était écrit et prévu, mais cela n’atténue pas l’émotion que cette nouvelle crée : la Belgique a constaté jeudi sur son territoire le premier décès dû à la grippe A/H1N1 d’origine aviaire et porcine dont les premiers cas ont été diagnostiqués au Mexique il y a 4 mois. Une patiente de Turnhout (région d’Anvers), qui l’avait contractée est décédée d’une double pneumonie, malgré la prise en charge par le service des urgences de l’hôpital local Sainte-Elisabeth. Elle s’y était présentée dès le lundi 20 juillet, après avoir ressenti de faibles symptômes grippaux (mal de tête, fièvre légère et toux) les deux jours précédents. Son médecin l’avait fait hospitaliser en raison d’un diagnostic provisoire de pneumonie. Bien que l’état de la patiente, lors de son admission à l’hôpital, n’ait pas été préoccupant, la situation s’est toutefois détériorée par une double pneumonie virale. Elle avait 34 ans. La Belgique devient le cinquième pays dans l’Union européenne à enregistrer un décès lié à ce virus de la grippe, après la Grande-Bretagne, qui totalise 31 morts selon un dernier bilan, l’Espagne avec sept décès, la Hongrie et la France avec un mort. Un deuxième patient à Anvers est dans un état grave.

  1. Pourquoi n’est-ce pas surprenant ? Le virus reste certes de circulation faible dans notre pays, où le nombre de nouveaux cas a été estimé à 281 la semaine dernière. Les statistiques récentes témoignent d’une accélération du nombre d’infections dans la population, avec environ 700 cas depuis le 27 avril. Mais si 126 cas avaient été répertoriés entre le 27 avril et le 13 juillet, 600 ont été enregistrés au cours des deux semaines suivantes. Cependant, la mortalité due au virus est comparable à celui de la grippe saisonnière, environ 1 décès sur mille malades, peut-être moins. Un décès était donc statistiquement probable à ce stade de la pandémie. D’autres seront immanquablement enregistrés. La grippe saisonnière tue entre 1.500 et 2.500 personnes en moyenne chaque année et l’on devrait enregistrer la même mortalité d’ici l’extinction de cette pandémie. Le commissaire Influenza Marc Van Ranst a estimé qu’au plus fort de l’épidémie, cet hiver, on pourrait compter jusqu’à sept décès par jour.
  2. Ce chiffre n’est-il pas sous-estimé ? Les patients n’étant plus soumis à une analyse virale systématique, certains décès, par exemple par infarctus, n’échappent-ils pas au décompte ? « Dans notre pays, je n’ai pas de doute que les médecins généralistes sachent identifier les symptômes spécifiques de la grippe s’ils sont présents », explique le docteur Daniel Reynders, responsable de la cellule de crise Influenza.
  3. Que faut-il en penser ? Ce décès ne signifie en aucune façon que le virus est davantage agressif qu’il y a quelques semaines. Mais il continue à se répandre, chaque malade contaminant environ sept autres personnes avant d’être diagnostiqué. C’est pourquoi de strictes mesures de prudence doivent être observées pour offrir à la population une réduction globale du risque (lire en page 3). Aucune mesure n’offre de protection totale.
  4. Pourquoi une femme jeune et en bonne santé est-elle la première victime ? Pour une raison inconnue, deux tiers des victimes sont des femmes. « On sait par contre pourquoi ce sont des jeunes qui sont davantage touchés, explique le professeur Jean-Louis Vincent, chef du service des urgences de l’hôpital universitaire Erasme (ULB). Les personnes les plus âgées semblent avoir développé des anticorps contre ce virus de la grippe, ce qui les protège partiellement. Ce n’est par contre pas le cas des personnes de 20 ou 30 ans. Les femmes enceintes, les personnes obèses, les aborigènes et les Esquimaux pour des raisons génétiques, semblent beaucoup plus affectés par le virus. » La pneumonie est hélas une complication typique de la grippe. Si elle est double, l’infection atteint les deux poumons. Elle touche plus précisément les alvéoles pulmonaires, ces minuscules sacs en forme de ballons situés à l’extrémité des bronchioles. C’est l’accumulation de liquide d’inflammation dans les alvéoles pulmonaires qui rend la respiration plus rapide et moins profonde. Le moindre effort physique cause de l’essoufflement. En cas d’insuffisance respiratoire aiguë, on peut utiliser l’ECMO, une technique de circulation extracorporelle à membrane qui permet de mettre au repos le cœur et les poumons pendant quelques jours.
  5. Que faut-il craindre ? Les deux événements redoutés par les spécialistes sont une mutation du virus qui le rende davantage agressif pour les patients et augmente la mortalité. Il peut muter en étant confronté aux antiviraux utilisés contre lui ou en s’associant avec d’autres variantes de la grippe présentes chez les humains ou chez l’animal. L’autre crainte est qu’il augmente son caractère contagieux. Généralement, ces deux évolutions sont contraires, mais ce n’est pas une vérité absolue.
  6. Quand sera disponible le vaccin ? Les plus optimistes parlent de septembre, mais l’état réel de l’avancement des essais par les différentes firmes à l’œuvre sur un vaccin reste assez obscur, notamment parce que toute information distillée influence… les cours de Bourse. Des tests ont commencé quasi partout. La Belgique a commandé l’intégralité des 12,5 millions de doses à GSK. Mais à l’heure actuelle, on ignore encore si une seule dose suffira ou si deux seront nécessaires… en plus du vaccin de la grippe saisonnière. De plus, le stock ne sera pas disponible d’un coup, mais très progressivement.
  7. Qui vacciner en priorité ? Ce sera un casse-tête, car les populations d’habitude prioritaires, comme les plus de 65 ans, semblent moins exposées que les jeunes adultes. Les CDC américains comptent vacciner en priorité les femmes enceintes, les adultes en contact avec des enfants de moins de six mois (qui ne peuvent être vaccinés), le personnel de santé, les enfants et les jeunes âgés de 6 mois à 24 ans et les adultes fragiles. Rien ne garantit que les autorités européennes et belges suivront la même analyse.

FRÉDÉRIC SOUMOIS

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