Portraits-robots des frères ennemis

Eté Ce week-end, le lâche juillettiste rentre au bercail, chassé par l’infâme aoûtien

Il y a un mois, il est parti, en faisant grand bruit, pour que tout le monde sache bien que, pour lui, yeepee, c’était la quille. Il avait beau décocher des regards un peu gênés à ceux qui restaient, on entendait son petit ricanement, à peine la porte fermée. Le voilà de retour, un peu penaud. Et celui qui, le cœur gros, l’avait vu prendre le large, lui a laissé un petit mot sur la porte : « Bon courage. On pense à toi. » Entre les lignes, il lit : « Pauvre type, hé, hé, hé. »

Ce pauvre type-là, hâlé, frais, mais les épaules basses, c’est le juillettiste. Pour lui, les vacances sont finies.

Celui qui lui fait un bras d’honneur, c’est l’aoûtien. Pour lui, les vacances commencent.

Ce week-end, l’aoûtien chasse le juillettiste, en jubilant. Ça fait un peu d’histoires sur les routes, ça fait se toiser sur les aires de parking et ça a des allures d’étudiants revenant de festival croisés par des militaires partant en perm’. C’est un moment clé de l’année : celui qui divise le monde en deux blocs. Sous le regard des quelques non-alignés.

Le juillettiste : un pressé

Le juillettiste est un pressé. C’est bien simple : le 15 juin, discrètement, il met déjà de l’ordre sur son bureau, la tête dans les étoiles que son avion ne manquera pas de croiser sur la route du soleil.

D’autres signes ne trompent pas, qui prouvent l’empressement du juillettiste à prendre ses vacances en se moquant comme de son premier maillot de bain des collègues qui boucleront les dossiers qu’il n’aura pas manqué de leur abandonner – « Sorry, les gars, je compte sur vous pour me boucler tout ça. Bonnes vacances ! »

Ainsi, l’hiver n’est pas terminé que le juillettiste parle déjà de ses vacances d’été avec ses collègues. Comme si les pistes de ski qu’il n’a pas manqué de dévaler devaient immanquablement et directement le conduire jusqu’à la plage de sable fin de ses congés annuels. Comme si le chalet qu’il s’est offert dans les Alpes était l’antichambre du bungalow dans les dunes qu’il a réservé de longue date (juillet tombe tôt, cette année, on ne sait jamais).

Les examens des gosses sont un obstacle à l’épanouissement personnel du juillettiste. Ne les organiserait-on pas plutôt en mai, histoire d’avoir le temps de se préparer mentalement à l’envol vers des climats plus cléments ? On connaît des juillettistes qui n’attendent pas les résultats du gamin ou de la gamine pour prendre la poudre d’escampette. A condition que le risque soit limité, bien sûr. Variante, qui a plutôt notre sympathie : le juillettiste qui est juillettiste parce qu’en août, le gamin ou la gamine sont mûrs pour potasser leurs examens de passage…

Le juillettiste est un impatient. Il veut tout, et tout de suite : le soleil, les nanas, les copains, le dépaysement. Il a le départ facile et le retour lent. Il ne se remet jamais d’avoir croisé l’aoûtien, ce pelé, ce galeux, qui va s’offrir du bon temps pendant que, bronzé mais plus pour longtemps, il retrouvera les dossiers qu’on n’aura pas manqué de lui laisser en plan.

L’aoûtien : un jouisseur

L’aoûtien est un jouisseur. C’est bien simple : le 15 juin, quand le juillettiste a la tête dans ses valises, il se laisse porter par les premières semaines d’été, celles où le rythme de travail ralentit à mesure que grimpe le thermomètre.

D’autres signes ne trompent pas, qui prouvent l’empressement de l’aoûtien à savourer le temps présent, en se moquant comme de son premier pastis au bistrot du coin, des collègues qui ne bouclent pas leurs dossiers avant de partir, et qui, promis, juré, les retrouveront dans un mois – « A bientôt, les gars ! Pas de problème, on s’occupe de tout. Bonnes vacances ! »

Ainsi, le printemps a succédé à l’hiver depuis belle lurette et l’aoûtien commence seulement à penser à quoi ses vacances d’été pourraient ressembler. Ses congés, il veut les savourer. L’été doit se faire désirer comme ces belles filles qu’il ne manque pas de croiser chaque matin sur la route du boulot, et que les juillettistes ne verront pas, puisqu’ils ne sont plus là.

Pourquoi se presser ? Les chaudes soirées autour d’un feu de bois ne sont pas encore de l’histoire ancienne. Ni le printemps qui semble avoir pointé le bout de son nez frais il y a deux jours à peine. Ni le voyage en famille au hasard d’un week-end prolongé. Des vacances d’été ? Oui bien sûr, mais sans se précipiter, sans courir les soldes, sans se jeter sur la route au premier jour comme si le soleil, la mer ou la campagne étaient une question de vie ou de mort au sortir des mauvais mois. Les gosses ont des examens ? Il s’en accommodera, va. Question d’organisation, il y a des choses plus graves.

L’aoûtien est un malin. Entre 1) travailler encore quand d’autres sont en vacances et 2) se la couler douce quand les mêmes sont déjà plongés dans une nouvelle année de boulot, il a choisi son camp. Il sourit en croisant le juillettiste, ce lièvre de la fable de La Fontaine : en septembre, pour la vraie rentrée, l’Aoûtien-tortue sera bronzé et heureux, lui.

Le mi-mi

Eternel hésitant, il choisit de partir « du quinze au quinze », pour faire son malin et pour casser les pieds du collègue chargé d’organiser les horaires du bureau. Ne sait pas choisir. Donc, fait le grand écart juillet-août. En revient avec le sentiment d’être parti deux mois.

Le divorcé

Espèce en voie d’expansion. Doit s’accommoder des exigences de l’ex-conjoint ou du juge. Résultat : les deux premières quinzaines ou les deux dernières. On se pose une question à son sujet : ne préférerait-il pas passer ses vacances sans les gosses, au fond ?

Le malin radin

Il a tout compris : en novembre ou en mars, les vacances au soleil, c’est moins cher. Reste à trouver le soleil. Pas d’autre solution pour lui : il faudra partir loin et choisir entre le farniente, l’aventure ou le grand luxe, question de goûts.

Le « Hors saison »

Signe principal : pas de gosses, pas de liens, peu d’obligations… Donc les mois de juin et de septembre, c’est très bien pour lui. Et puis c’est sympa pour les copains parce que le solitaire reste au bureau en juillet et en août, quand tous les autres s’amusent.

Le sédentaire

Deux jours par ici, une semaine par là, un week-end à la mer, et peut-être une escapade à Paris à l’automne, si ça se met, on verra bien… Pas toujours facile à suivre, il a du mal à s’éloigner, à couper le cordon ombilical avec la routine. Toujours ou jamais en vacances, c’est selon.

DEFFET,ERIC
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