9.58 : incroyable Usain Bolt !

BERLIN

Who faster ? », peut-on lire, ces derniers jours, sur des affiches aux couleurs jamaïquaines représentant Usain Bolt, disséminées un peu partout dans Berlin. Plus besoin de poser la question. « Nobody faster ! »

Dimanche soir, dans un stade Olympique de Berlin chaud bouillant, l’athlète le plus excitant du moment, l’homme qui porte pratiquement à lui tout seul le premier sport olympique sur ses larges épaules, a démontré, si besoin en était, qu’il était inarrêtable. Un an après des Jeux olympiques éblouissants, le Jamaïquain a fait plus fort, beaucoup plus fort malgré une attente surdimensionnée.

Mais cet homme est au-dessus de tout, à commencer de la raison. On savait qu’il pouvait aller plus vite qu’à Pékin, mais qui eût pu imaginer que moins d’un an après avoir été le premier à descendre sous les 9.70, il allait remettre ça en plongeant sous les 9.60 avant tout le monde ? Quand il a pris place dans les blocs après ses pitreries habituelles, Usain Bolt s’est dit « Que la fête commence ! » Avec à ses côtés, les deux autres hommes les plus rapides de l’histoire, son compatriote Asafa Powell et, surtout, celui qui s’annonçait comme son seul rival, l’Américain Tyson Gay, il allait y avoir du show !

Jaillissant bien mieux encore qu’aux JO, Bolt n’allait cependant laisser à personne d’autre le soin de faire le spectacle. Parti comme un fou, il allait passer la surmultipliée à mi-course. A ses côtés, Gay, aspiré par cette tornade, paraissait congestionné à tenter de suivre ce rythme de dingue. Powell, lui, selon une vieille habitude, avait lâché prise. Et les autres, quels autres ?, essayaient tout simplement de survivre.

La question n’était déjà plus de savoir s’il allait l’emporter mais s’il allait poursuivre son effort jusqu’au bout ? N’allait-il pas refaire, un an jour pour jour, le coup de Pékin, dans l’euphorie de ce premier titre mondial déjà bien coincé au fond de sa poche ?

Non ! Usain Bolt avait décidé, cette fois, de pousser la machine jusqu’au bout de ses possibilités, ou presque. Il passait la ligne en 9.58 dans une clameur immense. Onze centièmes de mieux que ses 9.69, sa précédente marque ! Jamais, dans l’histoire, on n’avait amélioré le record du monde du 100 m avec une telle marge !

Derrière, Gay battait son propre record des Etats-Unis en 9.71, une belle consolation, alors que Powell terminait 3e en 9.84, le meilleur temps de l’histoire des Mondiaux pour une médaille de bronze.

Tout au long du week-end, on avait senti que rien ne pourrait venir troubler la promenade de Bolt vers cette nouvelle tranche de légende. Samedi, il avait déroulé en séries en 10.20, puis, en quarts de finale, avait fait encore plus fort en donnant l’impression de parler de la pluie et du beau temps avec son compagnon d’entraînement, l’Antiguais Daniel Bailey, alors qu’il naviguait à ses côtés à près de 40 km/h ! Une image qui a ramené les nostalgiques près de 40 ans en arrière, aux JO de Munich 1972, lorsqu’Emile Puttemans et le Britannique Dave Bedford se demandaient, en séries du 10.000 m, s’ils ne battraient pas le record du monde !

Puis, dimanche, après deux faux départs, dont le premier provoqué par lui, Bolt avait repris son sérieux l’espace d’une demi-finale remportée en 9.89, Jamais, dans l’histoire des Mondiaux, on n’avait couru aussi vite à ce stade de l’épreuve. Déjà…

La question est maintenant de savoir où ce diable d’homme va s’arrêter. Quand on peut se permettre de remporter le 100 m olympique en 9.69 avec un lacet défait et en mettant le frein à main à 20 m de l’arrivée, quand on se joue de toutes les embûches un an plus tard en abaisssant le mur du son à 9.58, toutes les suppositions sont permises.

Les théories sur l’évolution probable des records sont aussi nombreuses qu’il y a de chercheurs qui se sont un jour penchés sur le sujet. Usain Bolt, lui, a sa propre idée. « Je pense que je peux courir en 9.4… mais je pense que le monde s’arrête à 9.4 »

Le sien, en tout cas, n’a pas fini de tourner.

Il n’y a pas eu de duel entre Bolt et Gay aux Mondiaux de Berlin.

Le Jamaïquain a pulvérisé son propre record du monde du 100 m de 11 centièmes, la plus grosse marge jamais enregistrée.

Le monde du sprint est sous le choc.

« Je voulais simplement gagner ! »
Mondiaux 2009 Usain Bolt radieux après son triomphe berlinois

ENTRETIEN

BERLIN

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

C’est sous les applaudissements que Usain Bolt, flanque de Tyson Gay et Asafa Powell, a fait son entrée dans la tente de conférence de presse, dimanche, sur le coup de 22 h30 après avoir, dans un premier temps été félicité par une armée de supporters jamaïquains… et sa maman, venue en droite ligne de son village de Trelawny pour encourager son gamin. Un gamin qui est plus que jamais l’homme le plus rapide du monde ! Et qui, pour sa belle action, a reçu un joli chèque de 100.000 dollars de Lamine Diack, le président de la Fédération internationale d’athlétisme.

Usain, vous avez déclaré cette saison que vous vouliez devenir une légende. Pensez-vous en être une aujourd’hui ?

Je m’en rapproche… Mais ce n’est pas en deux saisons que l’on peut y arriver. Il me faudra encore beaucoup travailler dans les années à venir pour être considéré comme tel.

Avec quel état d’esprit vous êtes-vous présenté au départ de cette finale ?

La seule chose qui m’importait, c’était de gagner. C’était le seul objectif. Je savais que les autres étaient prêts et que je devais être attentif à cela.

Vous aviez des craintes particulières ?

Vous savez, j’ai eu une saison avec beaucoup de hauts et de bas. J’ai repris les entraînements plus tard que d’habitude, j’ai eu un accident de voiture. Au bout du compte, heureusement, si je n’étais pas dans la forme de Pékin (sic !), j’étais quand même en bonne forme.

Parlez-nous de votre course…

Je crois que j’ai pris un bon départ (NDLR : confirmé par son temps de réaction de 146 millièmes de seconde, pour 165 millièmes l’an dernier en finale des JO). C’était essentiel. Ensuite j’ai facilement pu accélérer. J’ai vu que j’étais seul aux 50 m, dans la partie de course où je suis généralement le meilleur, et j’ai su là qu’il serait difficile de me battre même si j’ai quand même regardé par-dessus mon épaule pour m’assurer de la chose !

Vous avez provoqué un faux départ en demi-finale. Vous étiez nerveux ?

Pas du tout ! Il s’agissait d’un jeu avec mon copain Daniel Bailey. A l’entraînement, il me bat régulièrement en sortie de blocs. Alors, j’ai voulu m’amuser ! Est-ce que ça n’atteint pas ma concentration ? Une fois que la course commence, je sais ce que je dois faire !

Vous allez récidiver sur 200 m ?

Battre le record du monde du 200 m sera plus difficile. D’autant que je suppose que Tyson ne va pas se laisser faire ! Mais une chose est sûre : on va encore s’amuser !

Gay : « J’ai couru le plus vite que je pouvais »

Battre son record personnel de 6 centièmes et établir, en 9.71, un nouveau record des Etats-Unis du 100 m… sans gagner le titre de champion du monde, tel a été le sort de Tyson Gay, ce dimanche soir, à Berlin. Le coureur du Kentucky n’en a cependant pas tenu rigueur à son vainqueur du jour.

« Je suis content de ma course et je suis content qu’Usain ait battu le record du monde », a-t-il sportivement reconnu. J’ai couru le plus vite que je pouvais, mais cela n’a pas suffi. »

Dans les jours précédant la course, celui qui était encore le tenant du titre mondial avait pourtant affirmé qu’il se sentait capable de courir en 9.5 s’il le fallait.

« Je l’ai dit et je le pense encore. J’estime que j’ai encore du carburant dans le réservoir ! »

Privé désormais de son titre du 100 m, Gay devra sans doute s’accrocher s’il veut conserver celui du 200 m. Car Bolt, c’est une évidence, n’a pas envie de s’arrêter en si bon chemin.

« Je vais voir avec le médecin si je prendrai le départ des séries (NDLR : mardi), a précisé l’Américain. A l’heure actuelle, j’ai un peu mal aux adducteurs. »

LE 100 M LE PLUS SCANDALEUX

Rome 1987

Champion olympique en 1984, Carl Lewis a dominé le sprint mondial de 1981 à 1985, avant de voir déboucher le Canadien Ben Johnson et son corps tout en muscles qui fait jaser. Le 100 m de Rome doit décider lequel des deux est le véritable nº 1.

Le 30 août, Johnson, placé juste à côté de Lewis, prend un départ canon, qui paralyse complètement l’Américain. Relégué d’entrée à un mètre de son rival, « King Carl », pense-t-on, va, comme d’habitude, faire la différence dans les derniers mètres. Mais il coince. Johnson passe la ligne en 9.83, 10 centièmes de mieux que le record du monde que Lewis, lui, égale (9.93). La déflagration est énorme.

Convaincu de dopage aux JO de Séoul l’année suivante, Johnson va avouer devant un tribunal avoir déjà eu recours aux anabolisants en 1987. Il sera destitué de son titre au bénéfice de Lewis, qui conserve ainsi celui acquis en 1983.

LE 100 M LE PLUS MAJESTUEUX

Tokyo 1991

En arrivant au Japon, Carl Lewis a été dépossédé de son record du monde par Leroy Burrell (9.90). Dès les séries, il démontre qu’il est revenu à son meilleur niveau en courant en 9.80… avec trop de vent. En demi-finale, il réussit 9.93, pour 9.94 à Burrell. Le 25 août, quand le starter lâche les fauves, Lewis est immédiatement largué. Dennis Mitchell, pas rappelé après un départ « volé », est tout de suite en tête. Le Jamaïcain Ray Stewart n’est pas loin. Mais à mi-course, alors qu’il n’est toujours que 6e, Lewis déploie ses compas. Il dépasse tout le monde dans une démonstration stylistique que lui seul peut effectuer et émerge en battant le record du monde en 9.86… comme Burrell, deuxième en 9.88. En tout, six hommes descendent sous les 10 secondes, une densité jamais vue jusque-là.

LE 100 M LE PLUS ÉTONNANT

Paris 2003

A un an des Jeux d’Athènes, les Mondiaux de Paris ne présentent pas de favori incontestable sur 100 m. Maurice Greene, le tenant, s’est blessé en demi-finale. On a surtout parlé du cinéma effectué par Jon Drummond, lorsqu’il a été exclu pour faux départ en séries… en compagnie d’un certain Asafa Powell.

La finale, disputée le 25 août, est, comme attendu, indécise jusqu’au bout. Elle voit la victoire surprise de Kim Collins, le sprinter aux longues chaussettes venu de Saint-Kitts-et-Nevis, pourtant coincé au couloir 1. Il passe la ligne en 10.07, le chrono victorieux le plus lent depuis la création des Mondiaux, en 1983, avec un seul petit centième d’avance sur le Trinidadien Darrel Brown et le Britannique Darren Campbell. Montgomery et Chambers seront déclassés pour dopage.

VANDE WEYER,PHILIPPE
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