Lockerbie : le seul condamné libéré

Les Etats-Unis fulminent contre l’Ecosse

Adbelbaset Ali Mohamed al-Megrahi, très malade mais libre, a quitté sa prison écossaise jeudi après-midi et il s’est envolé à bord de l’avion personnel du colonel Kadhafi à destination de son pays, la Libye. Ainsi s’achève un épisode de la saga à bien des égards toujours mystérieuse de l’attentat de Lockerbie, en 1988.

A 19 h 03, le 21 décembre, cette année-là, le vol 103 Londres – New York de la PanAm s’achevait prématurément au-dessus d’un village écossais par l’explosion de l’appareil, un Boeing 747. Deux cent septante personnes périssaient, tous les passagers et membres d’équipage ainsi que onze villageois écossais.

Au terme d’une enquête de trois ans, les justices américaine et britannique inculpaient deux agents des services de renseignement libyens. Ils seront extradés en 1999 par Tripoli soucieuse de voir suspendues les sanctions internationales qui la frappaient. A la fin du procès, à Zeist, aux Pays-Bas, devant une cour écossaise, Abdelbaset Ali al-Megrahi, qui nie toute responsabilité, est condamné en 2001 à la prison à vie, alors que son coaccusé, Amine Khalifa Fhimah est acquitté. L’appel confirme la peine l’année suivante, qui voit aussi la Libye accepter de payer 2,7 milliards de dollars de compensation – soit 100 millions pour chaque victime, acceptant ainsi la responsabilité.

Megrahi n’aura finalement purgé que dix ans de prison. Atteint d’un cancer de la prostate qui s’est généralisé, il n’en aurait plus que pour quelques mois à vivre. le ministre écossais de la Justice a précisé d’ailleurs qu’il a été « autorisé à rentrer en Libye pour y mourir ». « Notre croyance est que justice doit être faite mais que la clémence doit exister », a dit Kenny MacAskill.

Cette décision d’ordre « compassionnelle » n’est pas du goût de tout le monde. A commencer par le département d’Etat, à Washington, qui a fait connaître son mécontentement. « Comme nous l’avons déjà dit à maintes reprises à des représentants du gouvernement du Royaume-Uni et des autorités écossaises, nous continuons de penser que Megrahi devrait purger sa peine jusqu’au bout en Ecosse », a dit le porte-parole.

Réactions contrastées

Du côté des proches des victimes, les réactions se révèlent en général très négatives. « Je trouve ça dégoûtant et tellement écœurant que je trouve à peine mes mots, déclarait par exemple à l’Associated Press l’Américaine Susan Cohen, qui a perdu sa fille de 20 ans, Theodora, dans l’attentat. Qui parle de libération compassionnelle ? Il s’agit plutôt de donner à Kadhafi ce qu’il veut pour que nous puissions avoir le pétrole. »

Pourtant, un certain nombre de proches de victimes observent depuis longtemps une attitude circonspecte, ne croyant pas que toute la vérité a été dite dans cette affaire. Ainsi, le Britannique Jim Swire, qui a aussi perdu sa fille, avait estimé il y a une semaine qu’une libération pour raisons de santé « ferait honneur à l’Ecosse, plus qu’un transfèrement. Je ne le crois pas coupable ».

Beaucoup comprennent aussi que même s’il était coupable, Megrahi ne pourrait être, tout au plus, qu’un simple exécutant. Et, si ce sont bien les plus hauts responsables libyens qui ont ourdi l’attentat, ceux-ci n’auront finalement subi aucune sanction pénale…

En revanche, le colonel Mouammar Kadhafi, « guide de la révolution », savoure sa revanche. Le 1er septembre, la Libye célébrera le quarantième anniversaire de son avènement au pouvoir par un coup d’Etat sans effusion de sang, le quarantième anniversaire d’un régime impitoyable, et il pourra offrir à la foule la vision d’un Megrahi à ses côtés. Ce dernier fait figure de héros aux yeux de nombre de Libyens, pour s’être sacrifié afin de favoriser la fin des sanctions internationales. Une source officielle à Tripoli disait d’ailleurs dès le 16 août que « permettre (à Megrahi) de passer le reste de ses jours dans son pays est la moindre des choses que la Libye peut offrir à cet homme qui a été la victime d’une injustice internationale »

LOOS,BAUDOUIN
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