Ted Kennedy : Le « Lion du Sénat » n’est plus

Edward Kennedy
La fin de la dynastie Kennedy qui a fasciné la planète

Edward Kennedy, dernier survivant des frères de la célèbre dynastie américaine, s’est éteint mercredi à 77 ans, atteint d’une tumeur au cerveau. Ses funérailles auront lieu samedi matin à Boston avant un enterrement au cimetière national d’Arlington. Il était le plus populaire des sénateurs démocrates qui, comme d’autres membres de sa famille, connut succès mais aussi drames et scandales.

En août 2008, lors de la convention des démocrates à Denver, il avait promis qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu l’Amérique élire le premier président noir de son histoire. Edward Kennedy a tenu sa promesse, mais la maladie a fini par gagner la lutte qu’il menait contre elle depuis un an et demi. Jusque-là, il poursuivait tambour battant sa carrière politique au Sénat, commencée 46 ans plus tôt. A travers ses prises de positions sur des sujets cruciaux, « Ted » Kennedy est considéré comme une figure emblématique de l’histoire politique américaine de la seconde moitié du XXe siècle. « Il est le seul homme politique de notre pays à avoir été aussi puissant sans jamais avoir été élu président », résume Barney Franck, représentant du Massachusetts.

Né le 22 février 1932 à Boston, Ted Kennedy est le dernier des neuf enfants de Joseph et Rose Kennedy. Juriste, diplômé d’Harvard, il reste d’abord dans l’ombre politique de ses frères aînés, plus intéressé par le football et les jolies jeunes femmes. En 1962, il se contente de reprendre le siège de sénateur abandonné par John Fitzgerald, devenu président. Mais son assassinat en 1963 puis celui de Robert, cinq ans plus tard, le poussent à reprendre le flambeau.

En 1964, Edward Kennedy est victime d’un accident d’avion, dont il gardera à vie des douleurs dans le dos et dans la nuque. Son hospitalisation dure 6 mois et elle fait naître son plus grand combat politique : donner à l’Amérique une couverture maladie digne de ce nom. Il prend alors conscience de l’inégalité des citoyens face au système de santé. « C’est la plus grande cause de ma vie, que nous garantissions à tous les Américains, du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest, jeune ou vieux, une protection de qualité, qui soit un droit et pas un privilège. »

Au fil des années, Ted Kennedy devient une icône de la gauche américaine, se battant sur tous les fronts : éducation, immigration, droits civils et droit du travail. Il défend les groupes sociaux : les enfants, les personnes handicapées, les pauvres, les minorités… Avec son talent d’orateur, non seulement Ted Kennedy est l’un des meilleurs avocats des grandes causes mais en plus, le parti démocrate se félicite de compter dans ses rangs un négociateur hors pair, champion des négociations en face-à-face, qui lui permettent de rallier des votes républicains pour faire passer des lois. Ainsi il travaille avec George Bush sur une loi destinée à permettre à chaque petit Américain de pouvoir aller à l’école et avec John McCain sur une réforme des lois sur l’immigration.

Edward Kennedy a moins d’influence sur la politique extérieure, mais il s’est toujours prononcé et a toujours usé de son influence au Congrès pour, par exemple, mettre fin à la guerre du Vietnam, tenter de faire appliquer des sanctions en Afrique du Sud contre l’apartheid, faire aboutir la paix en Irlande du Nord… En 2002 il vote contre la guerre en Irak. « Ma meilleure décision en 44 ans au Sénat. »

Comme celle de ses frères, la vie d’Edward Kennedy compte son lot de tragédies et de scandales. En 1969, il perd le contrôle du véhicule qu’il conduit aux abords d’un pont. La voiture tombe à l’eau, lui parvient à s’extirper, mais sa passagère meurt noyée. Edward Kennedy écope d’une peine de 2 mois de prison pour délit de fuite, car il attend une dizaine d’heures avant d’alerter la police. L’opinion publique est sous le choc et cet accident anéantit ses chances d’accéder aux plus hautes fonctions : en 1973 il refuse de briguer la candidature démocrate, de crainte de voir ressurgir cette histoire. (En 1980, il brigue l’investiture démocrate à la présidentielle, mais perd face au président sortant Jimmy Carter.)

Bon vivant et séducteur, Edward Kennedy traverse les décennies enveloppé d’un parfum de scandales, où se mêlent déboires avec l’alcool et liaisons amoureuses. Une nouvelle affaire vient entacher sa carrière en 1991. Ted Kennedy est alors mêlé à une histoire de viol, dont est accusé son neveu, avec qui il est sorti boire un verre à Palm Beach en Floride. Le jeune homme sera acquitté.

Il faut attendre 1992 pour voir la vie du dernier survivant des frères Kennedy se stabiliser. Remarié à une avocate de Washington, il se consacre à sa famille. Parallèlement à sa carrière au Sénat, qui l’occupe toujours autant, il entretient la mémoire du célèbre clan auprès de différentes institutions. Son dernier grand geste politique date de février 2008, lorsqu’il apporte son soutien à Barack Obama. Ce coup de pouce fit beaucoup dans la victoire du candidat noir, que beaucoup ont vu comme l’aboutissement d’une longue lutte.

Une dynastie de légende

Une dynastie de légende, nourrie de pouvoir et de glamour, mais aussi marquée par les tragédies. A gauche, les trois Kennedy les plus célèbres : John, le président, tué en 1963, Robert, tué en 1968, et Ted, décédé dans la nuit de mardi à mercredi. Ci-dessus : Ted, son épouse et leurs enfants en 1963. © AP, D.R.

Ted, une icône de la gauche

Ted, une icône de la gauche

Ted Kennedy a été sénateur sans interruption depuis 1962, et son influence était réelle, notamment auprès des présidents démocrates. Barack Obama a salué en lui une « figure unique dans l’histoire américaine ». Mais son tempérament de bon vivant et les scandales de sa vie privée lui ont barré la route de l’investiture démocrate pour les présidentielles. Ci-dessus : des questions continuent d’entourer l’accident de Chappaquiddick (1969), où avait trouvé la mort la passagère de Ted Kennedy.

© AFP, AP, D.R.

KLEIN,BARBARA
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