René Henoumont, baroudeur et raconteur

Littérature L’écrivain belge est mort à 87 ans

René Henoumont est tombé au champ d’honneur qu’il préférait entre tous : sa table d’écriture. Un infarctus l’a emporté face à sa vieille Olympia, sans crier gare, comme il l’aurait souhaité. La plume à la main, en quelque sorte. Parce que ce baroudeur, ce randonneur était un raconteur avant tout.

Pendant longtemps, il a assouvi sa passion en journaliste, métier qu’il aborda à 22 ans, au Monde du Travail, où il est entré en 1944 : il y avait été recommandé par ses camarades de la Résistance.

Six ans plus tard, toujours à Liège, le natif de La Préalle-Herstal entre à La Meuse, où il multiplie les scoops – c’est ainsi lui qui arrache l’interview exclusive de Georges Simenon de retour des États-Unis, réservée à l’origine à La Gazette de Liège, dont le père de Maigret avait été collaborateur.

Un grand professionnel comme lui ne pouvait pas manquer les débuts de la télé : il est de la première équipe de Neuf Millions, à la RTB, dès 1959.

Et en 65, il intègre le Pourquoi Pas ? qui n’a de cesse de réunir les meilleures signatures.

C’est là que se produit la bascule décisive : en 1973, la rédaction en chef le charge de douze feuillets, qu’il remplira à sa guise, à fournir le lundi. Ces chroniques d’Un oiseau pour le chat remportent un tel succès qu’elles paraissent en volume, accompagnées d’illustrations de Serge Creuz. L’écrivain René Henoumont est né : il est l’un des meilleurs écrivains de la Wallonie, qui a décidément perdu cette année, après la mort de Pol Vandromme, deux de ses auteurs majeurs.

Henoumont, c’est d’abord une écriture, nourrie de son expérience journalistique et influencée par la littérature nord-américaine (Hemingway était un de ses dieux). Il aimait à citer la recommandation de Gordon Bennett, le fondateur du Herald Tribune : pas de mot de plus de 10 lettres, pas de phrase de plus 10 mots, pas de paragraphe de plus de 10 phrases. Cette formule, mais irriguée par sa verve, sa langue savoureuse, son talent descriptif exceptionnel, il va en faire bénéficier non seulement ses chroniques (il en aura alimenté une dans Le Soir Magazine jusqu’à son dernier souffle), mais aussi ses romans, souvent inspirés de souvenirs, que les éditeurs français s’arrachent.

Son enfance liégeoise est évoquée dans un superbe Café liégeois maintes fois réédité. Ses romans et nouvelles se suivent aussi, comme Le vieil Indien, qui en dit long sur sa mythologie de la Frontière ; Loin de l’Ardenne, où il récrée son pays de prédilection, en chasseur et pêcheur passionné ; Le Passage d’eau, dont certaines pages rappellent Camille Lemonnier et ses grandes fêtes luministes.

De battre, son cœur

s’est arrêté

Il s’était amusé, dans Les enquêtes du commissaire Fluet (chez Racine, repris en France-Loisirs) à se mesurer à son maître Simenon, qui s’en était amusé. Et il avait su mener à bien, dans son grand âge, la très belle trilogie que composent Les Épines noires, L’Enclume aux grives et La Tuile à loup (au Rocher), ensemble qui mériterait amplement d’être adaptée en saga télévisuelle. Il est sûr que lorsque de battre son cœur s’est arrêté, l’oncle René avait encore plein d’histoires dans la gibecière…

DE DECKER,JACQUES
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