Modrikamen, et que ça saute

Partis L’avocat veut lancer son parti. Dites « Parti populaire »…

Il piaffe. Tout est prêt : équipe, conseillers, programme, statuts, plan com’, calendrier, nom… Mischaël Modrikamen brûle d’y aller, même s’il se réserve une issue : « Je peux renoncer. Peu de chances, mais je reste prudent. »

Le financement n’est pas encore garanti. L’avocat plaide sa cause auprès des derniers prêteurs et donateurs, « même s’il y aura un appel au financement populaire, bien dans la ligne de ce que je veux faire ».

Ce qu’il veut faire, c’est un parti qui s’inspire, dit-il, du Parti populaire, de José Maria Aznar en Espagne, et de l’Union pour un mouvement populaire, de Nicolas Sarkozy en France, et qui « rassemblera sous la même ombrelle la droite libérale, la droite conservatrice et les déçus du système, qui votent une fois FN, une autre Ecolo ». Qui tiendra un « discours volontariste », réinsufflera « de l’espérance et une vision » dans une politique « en panne ».

Il refuse de dévoiler l’appellation, veut maintenir le suspense : « Quelque chose de simple. ». Un faisceau d’indices nous fait dire : « Parti populaire », acronyme « PP ». Mischaël Modrikamen : « On verra. Mon intention, si tout roule, c’est de lancer le parti dans la deuxième partie d’octobre. » Une bombinette dans le paysage politique. Et beaucoup plus si affinités : « On saura assez vite si ça prend. »

Un pari pas fou, « réfléchi, au contraire ». Dans ses murs, à Watermael-Boitsfort, qui abrite son domicile, son cabinet d’avocat, et désormais son QG politique, il raconte : « J’ai eu de longues discussions avec ma femme cet été. On s’est dit : “Quelle société on va laisser à nos enfants ?” L’enseignement saccagé, l’Etat aux abois, l’emploi oublié… Alors, si quelqu’un comme moi, volontaire, qui peut parler aux médias, du genre organisé, reste à regarder les choses se dégrader. Non ! »

Plutôt, oui : « Les partis et les piliers traditionnels, ce n’est plus qu’un décor de carton-pâte. C’est maintenant ou jamais. »

Le MR en tremble déjà. Secoué au printemps 2009 par l’intrusion de Rudy Aernoudt dans son aire de jeu, le parti de Didier Reynders le sentirait passer si d’aventure le projet du grand adversaire du ministre des Finances dans le dossier Fortis devait prendre corps. Peut-être Didier Reynders, annonçant à la rentrée son congrès de refondation, a-t-il plaidé un MR « populaire » et de « centre droit » parce qu’il a flairé le danger : « Il a eu des infos », croit savoir Mischaël Modrikamen. Qui charge : « Le MR est devenu le parti de la classe moyenne supérieure et des indépendants, avec deux ou trois thèmes traditionnels, comme la fiscalité, et ça s’arrête là. Le MR refuse d’assumer ce qu’il doit être. Nous, nous n’aurons pas à nous justifier par rapport à une certaine intelligentsia, et si l’on dit que sur certains sujets nous sommes de droite, pas de souci. » Populiste ? « Faux. De par ma profession, depuis vingt ans, j’ai saisi la complexité du réel, je sais qu’il n’y a jamais de solution miracle, je ne veux pas tromper les gens, mais les fédérer en faisant de la politique sans tabous et sans vaches sacrées. » Le programme du présumé « PP » est avancé : « Je vous en

donne un avant-goût… »

Société : « Gros effort de gouvernance, avec des sanctions dures contre tout clientélisme ; simplification des institutions. Il y a 62 ministres dans ce pays ! A Bruxelles, on a un ministre de la Mobilité douce, il s’occupe des vélos et des piétons ! Et passons du scrutin proportionnel au majoritaire, parce qu’il faut des alternatives en politique. »

Fiscalité : « Retour à un régime unique d’impôt global, avec tous les revenus. On a un système écrasant pour les travailleurs, inégalitaire, profitant aux rentiers. Je veux un impôt moins lourd pour tous… avec une contribution des couches privilégiées enfin plus élevée. »

Emploi : « Grande flexibilité et coûts nuls pour engager des personnes non qualifiées, qui bénéficieront d’un salaire protégé : sortir d’un système où des gens préfèrent le noir ou le chômage. »

Sécurité : « Les forces de l’ordre dans la rue, et non plus dans les bureaux. Les gens, de tous âges, de tous les quartiers, ne doivent plus avoir peur de sortir. »

Justice : « En finir avec la machinerie d’un autre siècle. Trois niveaux, rien d’autre : première instance, appel, cour suprême. Madoff, aux Etats-Unis, a été jugé et condamné en un an. Chez nous, les grandes escroqueries, ça traîne dix à quinze ans… pour dépasser le délai raisonnable ! »

Mischaël Modrikamen projette un parti « implanté en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre ». Il a des contacts avec Rudy Aernoudt. « Je suis d’accord avec les Flamands quand ils réclament certaines réformes, mais attention : s’ils ne veulent plus de la Belgique, nous devons, francophones, cesser ces discours de veuve éplorée, et prendre notre destin en main. »

A un an et demi des législatives 2011, Mischaël Modrikamen a son plan : « 1. Lancement du parti, communication intense. 2. Sélection des candidats. 3. Bataille électorale. » Et que ça saute.

COPPI,DAVID
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