Willy Ronis : le regard

Décès Le photographe français est mort samedi à 99 ans

La photographie, c’est le regard. On l’a ou on ne l’a pas », expliquait Willy Ronis, décédé samedi à l’âge de 99 ans, quelques heures avant la clôture de la très belle rétrospective que lui consacraient les Rencontres d’Arles.

Né en 1910, ce jeune homme que l’on croyait éternel a traversé le XXe siècle en photographiant sans relâche les êtres humains. Photographe humaniste donc, les deux termes prenant chez lui la même importance. Humaniste, il l’était sans aucun doute. Si on l’a souvent associé à une certaine image de Paris (son livre Belleville-Ménilmontant reste un ouvrage incontournable), c’est oublier un peu vite le formidable travail qu’il a consacré au monde ouvrier à travers le Front populaire, les grandes grèves, la vie en usine. Dans ces images-là, on sent la force du combat ouvrier, la solidarité qui, en ces temps-là, n’était pas un vain mot.

Comme ses photographies de Paris, ses images du monde ouvrier paraissent aujourd’hui un peu nostalgiques. Mais lorsqu’il les réalisait, la France ressemblait à cela : les Bohémiens de Montreuil, les marchés aux puces, les petits métiers, le Quartier latin, Aubervilliers, les guinguettes à Champigny. Une France populaire dont Willy Ronis se sentait proche, jusqu’à épouser ses combats.

Un homme curieux de tout

Mais l’humaniste se doublait d’un vrai photographe. Chacune de ses images est un bijou de composition, de lumière, de poésie, d’humour, de sensibilité. Et souvent, de sensualité, Ronis adorant aussi photographier les femmes. En 2000, le Musée de la photographie à Charleroi lui consacrait une vaste rétrospective. Le jeune nonagénaire déambulait dans les salles, en pleine forme, curieux de tout. Une curiosité qui l’avait poussé à aborder la photographie de mode ou industrielle, les portraits ou le reportage après que son père lui eut offert son premier appareil, en 1926.

Il avait aussi photographié de nombreuses personnalités, souvent rencontrées de manière étonnante, comme Aragon qui avait été chargé d’écrire un reportage sur… Willy Ronis, photographe de mode. Ou le photographe Bruce Davidson qui monta par hasard dans une rame de métro à New York pour y faire une photo, la seule fois où Ronis prit le métro de tout son séjour. Chacun photographia l’autre évidemment.

Quand on lui parlait de ses influences, il citait les peintres flamands du XVIIe et… Jean-Sébastien Bach. Pour la même raison dans les deux cas : la rigueur et le sens de la composition. Ce sens de la composition frappe dans d’innombrables images dont celle, célèbre, du « nu provençal » où beaucoup ont vu un hommage au peintre Bonnard. En 2000, au Musée de la photo à Charleroi, Willy Ronis nous en parlait de manière beaucoup plus prosaïque : « A l’époque, en 1949, nous venions d’acheter cette petite maison. Ce matin-là, j’étais en train de faire du plafonnage à l’étage quand j’ai eu besoin d’une petite truelle. Je suis descendu au rez-de-chaussée et à mi-chemin, j’ai traversé la chambre où mon épouse était en train de se laver. Je l’ai vue ainsi, de dos, avec la lumière tombant par la fenêtre… c’était une image formidable. Je lui ai dit de ne pas bouger, j’ai pris mon appareil et j’ai fait cette image avec les mains pleines de plâtre. Ça a duré trois minutes au maximum. Je ne pouvais pas me permettre plus… mon plâtre était en train de sécher ! »

WYNANTS,JEAN-MARIE
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