« Crash-test » gratuit pour Renault

Formule 1 Le constructeur français condamné à une peine légère après Singapour

Comme on pouvait le craindre, tout était donc arrangé avant la « session extraordinaire » du Conseil mondial de la FIA, réuni lundi à Paris pour connaître de la rocambolesque histoire de l’accident volontairement commis par Nelson Piquet Jr à la demande du directeur du Renault F1 Team Flavio Briatore, et son de directeur de l’ingénierie Pat Symonds, afin d’indirectement permettre à Fernando Alonso de remporter le premier Grand Prix de l’histoire de la F1 disputé de nuit, l’an dernier à Singapour.

Après avoir entendu pendant une heure et demie à peine les défenseurs et les représentants de Renault – qui avaient annoncé dès la semaine dernière qu’ils ne s’opposeraient pas aux allégations de la FIA – ainsi que les pilotes Nelson Piquet Jr et Fernando Alonso, les 26 membres de « l’honorable assemblée » ont mis moins de 3 heures à délibérer – repas et rédaction du procès-verbal compris ! – pour enfin rendre un verdict que l’on peut qualifier de clément : une exclusion à vie du championnat du monde de F1… « si Renault se rend coupable de faits comparables d’ici à la fin 2011. »

Autrement dit : rien ! Après avoir fameusement écorné son image à la lumière de cette regrettable affaire, on voit mal le constructeur français prendre le risque de faire un pas de travers dans les deux années à venir et même au-delà. Pour s’en convaincre, il suffisait d’ailleurs d’apprécier le ton utilisé dans le communiqué diffusé dans les minutes qui ont suivi le prononcé du verdict – tiens donc, une rapidité à laquelle le service de presse ne nous avait pas habitué… : « Nous sommes très tristes d’être devant le Conseil mondial de la FIA, dit ainsi le fantomatique président du Renault F1 Team, Bernard Rey. (…) Nous acceptons pleinement la décision du Conseil. Nous présentons nos excuses auprès de la communauté de la F1 par rapport à ce comportement inacceptable. (…) »

Afin d’apporter du crédit à cet acte de contrition, on se souvient que Renault s’était séparé la semaine dernière du jusque-là tout-puissant Flavio Briatore et de Pat Symonds ; Nelson Piquet Jr, le troisième acteur de cette mascarade ayant été viré de l’équipe, par Briatore, au début du mois d’août, ce qui déclencha d’ailleurs le flot de révélations à l’origine de cette peu reluisante affaire.

De façon quelque peu étrange, Flavio Briatore et Pat Symonds n’ont pas écopé de la même « peine » de la part de la FIA : le premier a été banni à vie de toute compétition chapeauté par la FIA et ne pourra plus jamais remplir le rôle de manager (quel pilote en voudrait encore ?), tandis que le second a subi la même sanction mais pour une période de 5 ans « seulement ». Selon le témoignage donné par Nelson Piquet Jr avant même l’audition de lundi, l’ingénieur britannique était pourtant loin d’avoir joué un rôle mineur dans cette affaire puisque c’était lui qui avait donné au Brésilien les « détails » de cette funeste machination : le virage où sortir, le moment auquel il devait s’exécuter, etc.

Quant aux pilotes, ils ont été totalement préservés. C’était attendu dans le cas de Piquet, qui avait obtenu son immunité en échange de son témoignage ; ce le devint dans le cas de Fernando Alonso au sujet duquel on continuera donc à s’interroger, à vie également, sur les conditions dans lesquelles un champion de sa trempe a accepté sans broncher de prendre le départ d’une course dans des conditions aussi « défavorables » que celles qui lui avaient été proposées par ses « stratèges » : parti de la 15e place, on lui proposa un premier relais de 12 tours seulement alors que la « logique » aurait voulu qu’il parte « à plein ».

Bref, la « raison d’état » l’aura donc emporté : pour la F1 dans son ensemble, il était trop important que Renault reste l’acteur qu’il est depuis son retour en 2002. A savoir l’un des « grands constructeurs généralistes présents au plus haut niveau du sport automobile », mais aussi le fournisseur potentiel de plusieurs écuries en moteurs, ainsi que le principal instigateur des séries GP2 et GP3, montées par Briatore et orchestrées sur le terrain par quelques uns de ses hommes (et femmes) de main. « C’est triste de voir une carrière s’achever ainsi, mais que pouvions-nous faire d’autre ? », osa Max Mosley, le (futur ex) président de la FIA dont on devinait la véritable jouissance qui devait être la sienne après s’être ainsi offert le scalp de l’un de ses ennemis jurés quelques mois à peine après avoir fait tomber Ron Dennis. Des considérations bien en phase avec un jugement fort peu crédible au regard de quelques affaires du passé jugées disons… différemment.

Exclu des rallyes pendant un an

Le turbo démesuré des Toyota

Sacré champion chez les constructeurs en 1993 et 1994, Toyota se fait pincer à l’issue du Mondial des rallyes 1995. Une bride à « géométrie variable » est décelée sur les moteurs des Celica. Le constructeur japonais est exclu du championnat 1996 pour cette supercherie qui sème le doute sur les résultats signés jusque-là, même si seul Auriol a signé une victoire. « C’est vraiment très triste de perdre une des meilleures équipes du championnat, mais nous n’avions pas le choix, » conclut Max Mosley, élu président depuis deux ans.

rayé du championnat en 1997

Schumacher « jette » Villeneuve à Jerez

Cela restera comme l’une des images fortes de l’histoire de la F1. Le titre 1997 se joue à l’occasion du dernier Grand Prix disputé à Jerez de la Frontera. Pour être champion, Michael Schumacher doit absolument finir devant Jacques Villeneuve. Mais le Canadien résiste bien au pilote Ferrari qui, un moment, voit rouge et tente maladroitement de le jeter hors de la piste. La manœuvre échoue et c’est l’Allemand qui se retrouve dans le bac à graviers. Déjà couvert de honte par son geste vu dans le monde entier, Schumi écope de la double peine : il est exclu du championnat !

Une amende de 100 millions de $ !

L’« espion » de McLaren chez Ferrari…

Il y a tout dans cette histoire : un ingénieur de Ferrari qui veut saboter ses propres voitures puis qui fournit des plans et des procédures à un de ses copains de chez McLaren ; un premier jugement clément pour l’écurie britannique ; puis de nouveaux témoins qui parlent (les pilotes Alonso et de la Rosa) ; et enfin une nouvelle comparution à l’issue de laquelle la sentence tombe tel un couperet : 100 millions de dollars d’amende pour McLaren, qui est également exclue du championnat des constructeurs – pas de celui des pilotes car il fallait préserver le suspense…

pourquoi préserver une crédibilité qui n’existe pas ?
Commentaire

Dans notre grande naïveté, nous attendions le verdict du Conseil mondial de lundi avec curiosité. Comment la FIA allait-elle prononcer la sanction juste face à ce qui restera comme l’une des plus grosses supercheries de l’histoire de la F1, tout en évitant de se faire hara-kiri en bannissant ou en laissant l’opportunité à Renault de trouver suffisamment de raisons pour quitter un navire déjà tellement secoué par les affaires ainsi que par les retraits de Honda et BMW ?

La « sentence » nous a conforté dans l’idée que nous étions bien… de grands naïfs ! Que la FIA est définitivement une institution qui, forte de ses certitudes, évite de s’embarrasser de toute précaution visant à préserver sa crédibilité.

Menacer Renault d’exclusion « à vie » si le constructeur français « se rend coupable de faits comparables » dans les deux années à venir, c’est aussi risible que d’infliger 100 millions de dollars d’amende à McLaren (même si Ron Dennis ne rit pas, lui), ou que de condamner les deux instigateurs du « crash de Singapour » de façons différentes : le goudron et les plumes pour Briatore, 5 ans de suspension pour Symonds. Aussi ridicule que de garantir l’immunité à Piquet Jr ou de « remercier Fernando Alonso pour sa collaboration à l’enquête », alors que l’Espagnol suscitera pour toujours le doute quant à son « ignorance » du plan machiavélique qui se tramait « à l’insu de son plein gré » pour lui permettre de remporter une victoire qui ne lui a même pas été retirée a posteriori. Décidément, il faut arrêter de regarder la FIA avec naïveté. Cela rime trop avec intégrité.

WILMOTTE,THIERRY
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