Angela Merkel, sans surprise et… sans le SPD

Comme prévu, Angela Merkel sera reconduite comme chancelière en Allemagne, au terme d’élections sans véritable surprise. Le CDU réalise pourtant son plus mauvais score depuis… 1953, mais la popularité de Merkel a permis de limiter la casse. Ce que n’a pas réussi à faire le SPD, qui s’effondre littéralement. Les électeurs ont donc mis fin à la « grande coalition ».

Les conservateurs formeront en effet un nouveau gouvernement avec les libéraux du FDP, vrais vainqueurs de la soirée avec 15 % des voix et qui seront en position de force pour les négociations à venir.

Merkel reste, mais sur fond bleu
Allemagne Une forte poussée libérale permet à Merkel de se débarrasser du SPD

BERLIN

De notre correspondant

Angela Merkel a atteint dimanche son double objectif : rester au pouvoir, tout en changeant d’allié. Grâce à la performance électorale historique du parti libéral (FDP), qui enregistre un score de près de 15 % (+5 % par rapport à 2005), la chancelière sera en mesure de reformer la fameuse coalition « noir-jaune », celle qui avait permis à Helmut Kohl de rester 16 années au pouvoir. « Je vais engager très rapidement des négociations », a-t-elle déclaré hier.

Angela Merkel se débarrasse ainsi des sociaux-démocrates avec lesquels elle s’était pourtant très bien entendue dans la « grande coalition ». Le SPD se retrouvera sur les bancs de l’opposition pour les quatre prochaines années après avoir gouverné l’Allemagne pendant plus de dix ans. Avec environ 23 % des voix, le parti social-démocrate (SPD) s’est littéralement effondré (11 points perdus) en enregistrant le pire score jamais réalisé depuis la fin de la guerre (lire en page 9).

Les conservateurs ont réussi à se présenter en vainqueurs à ces élections malgré une mauvaise performance. En effet, ils perdent plus d’un point par rapport à 2005, un scrutin qui était considéré à l’époque comme un revers pour Merkel. En fait, poursuivant lentement leur chute, les conservateurs ont réalisé hier leur plus mauvais score depuis 1953. La grande popularité d’Angela Merkel aura permis de compenser la perte de confiance des électeurs dans le parti de la droite traditionnelle, estiment de nombreux politologues. « Sans le style d’Angela Merkel, tout cela n’aurait pas été possible », a reconnu hier le ministre conservateur de la chancellerie, Thomas de Maizière.

Le grand vainqueur de la soirée électorale est Guido Westerwelle, le président du FDP, qui devrait pouvoir revendiquer le poste de ministre des Affaires étrangères et celui de vice-chancelier. Avec un score de 14,7 ou 14,8%, les libéraux seront en position de force pour négocier avec la CDU. Ils pourraient même obtenir un poste de ministre supplémentaire.

Le parti libéral, qui a longtemps fait le jeu des coalitions, revient au pouvoir après plus de dix ans d’absence et une difficile traversée du désert.

On avait même craint leur disparition au début des années 2000. Le FDP profite notamment du recentrage politique d’Angela Merkel, dont la politique keynésienne a déplu à une partie des électeurs conservateurs, comme on l’a vu à l’occasion du sauvetage du constructeur automobile Opel.

L’alliance annoncée entre conservateurs et libéraux ne devrait pas se passer aussi bien qu’avec le SPD. Angela Merkel s’était bien entendue pendant quatre ans avec le vice-chancelier Frank-Walter Steinmeier et les ministres sociaux-démocrates. Cette fois, elle devra gouverner avec un partenaire beaucoup plus coriace. « Nous voulons codiriger l’Allemagne », a prévenu hier le chef des libéraux, Guido Westerwelle, qui entend rediriger la politique du gouvernement vers le « moins d’État ».

L’arrivée des libéraux au pouvoir risque de refroidir l’atmosphère sociale alors qu’on s’attend à une poussée du chômage et à un programme drastique de réduction budgétaire. Les syndicats ont déjà fait part de leurs craintes hier face au « virage libéral » de Merkel. « Le FDP est le pire ennemi pour les droits des travailleurs. Nous comptons sur Merkel pour les freiner », a lancé hier Michael Sommer, le président de la fédération des syndicats allemands (DGB).

Le scrutin d’hier confirme par ailleurs l’émergence des petits partis dans le paysage politique allemand. SPD et CDU perdent en effet des électeurs depuis plusieurs années au profit des plus petits. « L’époque des grandes formations est révolue », s’est félicité Fritz Kuhn, le chef du groupe parlementaire des écologistes, qui progressent de deux points à plus de 10 %.

Le SPD devra négocier avec

les radicaux de « Die Linke »

Quant à la gauche radicale, Die Linke, elle réalise une percée importante avec plus de 12 % de voix (+3,5 %). Née d’une alliance formée de déçus de la social-démocratie et des postcommunistes d’Allemagne de l’Est, cette formation profite de l’impopularité du SPD et du manque de charisme de sa tête de liste. « Nous serons la seule force politique contre le système », a déclaré le coprésident du parti, Oskar Lafontaine, l’ancien chef du SPD.

« Die Linke » se profile désormais comme une force politique de gauche incontournable. Les sociaux-démocrates seront désormais obligés de négocier avec cette gauche radicale pour revenir au pouvoir dans quatre ans. « S’ils veulent s’allier avec nous, les sociaux-démocrates doivent renouer avec leurs racines de gauche », a prévenu Petra Pau, vice-présidente de l’assemblée fédérale (Bundestag). Jusqu’à présent, le SPD a toujours refusé de s’allier avec « Die Linke » au niveau fédéral.

les résultats

CDU/CSU.

Les conservateurs enregistrent leur plus mauvais score depuis 1949, avec 33,4 % des voix.

SPD. Les sociaux-démocrates enregistrent leur plus bas score historique, entre 22,5 % et 23,5 %.

FDP. Le parti libéral recueille 14,7 % des voix, le meilleur score qu’il ait jamais atteint.

Die Linke. Le parti de gauche fait un bond énorme : de 8,7 % en 2005 à 12,4% en 2009.

Les Verts. Ils enregistrent eux un résultat record (10,6 %) franchissant pour la première fois la barre des 10 %.

Participation. Elle atteint un niveau historiquement bas : 72,5 %.

Cette stabilité qu’apprécient les marchés
Commentaire

Le suspense en était banni dès le début. Angela Merkel et ses chrétiens-démocrates resteraient à la tête de l’Allemagne. Les libéraux leur permettraient de nouer une autre coalition. Mais en dépit des quasi-certitudes, ces législatives n’en revêtaient pas moins une importance particulière pour la Belgique et pour l’Europe.

En pleine crise mondiale, la question du leadership d’une des principales puissances économiques de la planète, a fortiori quand elle est votre voisine, n’est jamais anodine. Avec, en corollaires, ses orientations futures et la marge de manœuvre dont disposent ceux qui sont aux commandes.

La réponse est tombée hier : sans grande surprise, la CDU d’Angela Merkel l’a emporté, alors que le SPD de Frank-Walter Steinmeier s’effondrait. Ajoutant à l’usure du pouvoir sa participation souvent décriée à la grande coalition, le SPD se trouve relégué loin, très loin derrière. Cette défaite est plus qu’une sanction. C’est une gifle, une humiliation.

Sur la carte européenne, c’est une autre lampe rouge qui s’éteint. Et pas n’importe laquelle. L’Allemagne est un des berceaux de la sociale-démocratie et la descente aux enfers de ses héritiers confirme à nouveau la grande mutation qui s’opère depuis plusieurs années. Un peu partout à l’Ouest, l’électorat accorde sa préférence aux forces politiques réputées pragmatiques, plus ou moins conservatrices, qui restreignent la place de l’Etat-providence au profit de la libre économie. Le centre droit est devenu une valeur sûre.

L’Allemagne n’a eu de cesse de surfer sur cette vague de fond. À l’évolution des sociaux-démocrates vers le centre, Angela Merkel a répondu en faisant le même chemin depuis quatre ans. Elle a « gauchisé » la démocratie chrétienne, au grand dam de son aile droite. Les programmes des rouges et des noirs se sont croisés, au risque de brouiller les cartes. A ce petit jeu, la chancelière a gagné.

Il est entendu qu’avec les libéraux, Angela Merkel aura les mains plus libres pour aller vers davantage de réformes, notamment fiscales. Mais au bout du compte, pour les Allemands comme pour leurs voisins européens, l’arrivée d’un tel gouvernement à Berlin sert pour l’heure la stabilité. Celle-là même qu’apprécient les marchés. En attendant une revanche hypothétique de la gauche.

MARTIN,PASCAL,BOURDOISEAU,CHRISTOPHE
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