Du Pain de sucre et des Jeux !

JO 2016 Rio de Janeiro bat Madrid en finale

La décennie qui vient risque d’être chaude au Brésil ! Deux ans après avoir accueilli la Coupe du monde de football, en 2014, c’est Rio de Janeiro qui hébergera, en effet, les Jeux olympiques en 2016. Ainsi en ont décidé les membres du Comité international olympique (CIO), ce vendredi, à Copenhague, en préférant la mégalopole carioca à Madrid, Tokyo et Chicago. Un vote qui a déclenché un vent d’allégresse sur la plage de Copacabana où s’étaient réunies plus de 50.000 personnes.

Le vote s’est déroulé de manière surprenante puisque Chicago, pourtant pointée comme co-favorite, a été sortie au premier tour, avant d’être suivie par Tokyo. En « finale », Rio a émergé devant Madrid par 66 voix à 32.

Quatre ans après Londres, la caravane olympique traversera donc l’Atlantique pour s’établir au pied du Pain de sucre et casser un cycle qui semblait éternel entre l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Asie et l’Océanie. Jamais, en effet, les Jeux n’avaient été attribués à l’Amérique du Sud. Un déséquilibre qui a grandement servi d’argumentaire à la délégation brésilienne. Sa principale arme a, en effet, sans doute été la projection sur grand écran d’une carte du monde sur laquelle étaient illuminées les villes ayant accueilli les JO précédents pendant que l’Amérique du Sud restait plongée dans le noir.

« Il est temps de rectifier ce déséquilibre, a lancé le président brésilien Lula à l’assemblée. Le Brésil fait partie des dix plus grandes économies du monde et est le seul parmi ces dix pays à n’avoir jamais organisé les JO. Pour les autres candidates, ce serait une édition de plus. Pour nous, ce serait l’occasion de construire un nouveau Brésil. »

Le charismatique leader brésilien a donc réussi dans son entreprise lui qui, depuis des mois, plaidait la cause de son pays auprès des membres du CIO chaque fois qu’une occasion se présentait. Sa passion et sa pugnacité ont une fois de plus fait merveille.

Même si Joao Havelange, l’ancien président de la Fifa et le plus ancien membre du CIO a demandé à ses collègues de voter pour sa ville pour pouvoir les y accueillir dans sept ans « pour fêter mon 100e anniversaire », la victoire de Rio n’a cependant pas été qu’une affaire de cœur et d’émotion. Rio avait un projet qui tenait la route même si son budget prévisionnel de 14 milliards de dollars était le plus élevé (ou le plus réaliste…) des quatre villes candidates et était à la recherche d’un moteur pour stimuler les changements de sa société.

A ceux qui doutaient de sa capacité à faire face à ce défi, le gouverneur de la banque centrale brésilienne est venu rappeler que son pays restait sur une croissance de 8 % pendant le deuxième trimestre 2009 et que le taux de chômage avait atteint son seuil le plus bas en juillet dernier. La grosse surprise du scrutin est venue, on l’a dit, de l’élimination, dès le premier tour, de Chicago, une décision qui a laissé sans voix les membres de la délégation US. La présence du président Barack Obama et de son épouse Michelle, qui avait déclenché une opération charme auprès des membres du CIO ces deux derniers jours, n’aura donc servi à rien, malgré leur brillant discours.

« Avoir le président des Etats-Unis et sa femme en personne et quitter le vote au premier tour est atroce et indigne », a déclaré l’Australien Kevan Gosper, membre vétéran du CIO…

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Commentaire

Les membres du Comité international olympique (CIO), souvent accusés d’être conservateurs, pour ne pas dire réactionnaires, ont évité un vote confortable, ce vendredi, à Copenhague. Avec Chicago, Tokyo ou Madrid comme ville hôte des Jeux de 2016, ils auraient joué sur du velours mais on aurait cherché pendant des années le sens de leur vote.

Huit ans après avoir osé Pékin, ils ont osé Rio de Janeiro, seule candidate d’un pays et d’un continent n’ayant jamais eu les Jeux. Rio et ses plages, son Corcovado, ses airs de samba, sa caipirinha, mais aussi ses favelas, ses gangs, son système de transport chaotique. Et son budget le plus élevé des quatre (14 milliards de dollars), qui nécessitera des efforts incommensurables de la part de sa population.

Les « cardinaux » du sport ont choisi le sens de l’histoire, malgré tout, en se laissant convaincre par ce diable de Lula, merveilleux lobbyiste, prêt à les emmener vers cette « nouvelle frontière olympique ».

Il n’y a désormais plus qu’un point noir sur la carte des Jeux, celle du continent de la même couleur, cette Afrique qui souffre, mais qui depuis hier, peut se prendre à rêver.

Quatre pôles de compétition assez distants

Ce qu’il faut encore savoir après la victoire de Rio dans la course aux JO 2016.

Concept. Le dossier de Rio s’articule autour de quatre pôles bien distincts et assez distants. Le principal, celui de Barra, regroupera, outre la plupart des sports de salle, le Village olympique et les centres des médias. A l’opposé de la ville, le pôle Maracana – du nom du mythique stade de football qui abritera cérémonies et compétitions de football – accueillera également l’athlétisme dans le stade Joao Havelange. Au nord-ouest, Deodoro sera le théâtre des sports d’eau – canoë-kayak, aviron – du BMX, du tir ou de l’équitation. Enfin, la plage de Copacabana servira de décor naturel aux compétitions de beach-volley ou de triathlon.

Budget prévisionnel. Il sera de 14 milliards de dollars (9,5 milliards d’euros) dont 2,82 milliards pour les Jeux. L’essentiel du budget servira à remodeler la ville, « à transformer les bidonvilles en banlieue » dixit Lula, à construire des logements sociaux, rénover des routes, moderniser les systèmes sanitaires, revoir un système de transports archaïque, et régler, si possible, le problème de l’insécurité. Un défi gigantesque.

Dates. Les Jeux de la XXIe olympiade auront lieu du 5 au 21 août 2016.

Mondial – Jeux olympiques. Le Brésil accueillera, en deux ans, la Coupe du monde de football (2014) et les Jeux olympiques (2016). C’est la quatrième fois qu’un pays hébergera coup sur coup les deux plus grandes manifestations sportives après le Mexique (JO 1968 et CM 1970), l’Allemagne (JO 1972 et CM 1974) et les Etats-Unis (CM 1994 et JO 1996).

Réactions. Pelé : « Je suis si heureux, si heureux, si heureux. Je suis quelqu’un d’émotif et je n’arrête pas de pleurer. C’est un grand moment, pas seulement pour le Brésil mais pour l’Amérique du Sud. »

Barack Obama : par l’intermédiaire de son porte-parole, le président américain s’est déclaré « déçu » mais affirme « ne pas regretter (son) déplacement à Copenhague » et être « fier de son épouse pour la présentation qu’elle a faite. »

Rafael Nadal : « Il ne faut pas être démoralisé. Nous avons été très près, en finale. (…) Je suis sûr que nous gagnerons la prochaine fois. » (d’après afp)

Les votes

1e tour

Madrid 28 voix

Rio 26 voix

Tokyo 22 voix

Chicago 18 voix

2e tour

Rio 46 voix

Madrid 29 voix

Tokyo 20 voix

3e tour

Rio 66 voix

Madrid 32 voix

AFP,VANDE WEYER,PHILIPPE
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