Référendum en Irlande : En attendant Vaclav Klaus…

67 % des Irlandais ont dit « oui » au Traité de Lisbonne

Et maintenant ? Il a dû y réfléchir à deux fois. Vers 15 heures, samedi, alors que le dépouillement des bulletins de vote se poursuivait en Irlande, le président de la Commission européenne était interrogé sur l’action qu’il compte engager prioritairement, désormais que le « oui » irlandais conforte la légitimité de l’Union européenne. « Ce n’est pas le jour de parler de mon programme concret », a d’abord répondu José Manuel Barroso. Avant de se raviser plus tard, réalisant probablement que les Irlandais ne sont vraisemblablement pas tombés soudain amoureux d’un traité, mais qu’ils attendent de l’Europe une action résolue, efficace, susceptible de répondre vraiment à leurs attentes d’autant plus vives que la crise fragilise les citoyens. Le « oui » irlandais est plus un appel à l’aide qu’un cri de joie. Et Barroso a bien failli y rester sourd…

Mais le président de la Commission s’est donc rattrapé : le Traité, a-t-il déclaré à Bruxelles alors que les résultats étaient encore partiels, « va donner à la Commission les moyens de fonctionner. Et avec la légitimité, je vais appliquer un programme très ambitieux pour l’Europe. L’Europe, c’est pour et avec les citoyens ».

« Mon message est tout simple : merci à l’Irlande ! », a ajouté le président de la Commission. Avec ce « oui retentissant », c’est « un grand jour pour l’Irlande, un grand jour pour l’Europe. C’est le signe de la confiance de l’électorat irlandais envers l’Union européenne, la reconnaissance du rôle de l’UE pour réagir à la crise économique », a souligné le Portugais, définitivement mis en selle le mois dernier pour un second mandat de cinq ans.

Une forte pression pesait sur les trois millions d’électeurs irlandais : une nouvelle « rébellion » contre le Traité de Lisbonne menaçait de transformer leur pays en mouton noir de l’Europe. En ces temps de tourmente économique, les Irlandais ont préféré s’accrocher à l’Union européenne : ils ont dit « oui » au second référendum organisé dans l’île vendredi. Du coup, la pression s’est immédiatement déplacée sur… deux hommes. Soit les présidents de Pologne, Lech Kaczynski, et de la République tchèque, Vaclav Klaus. Tous deux n’ont toujours pas signé le Traité, pourtant déjà ratifié par leurs Parlements respectifs, comme partout ailleurs dans l’UE – et désormais en Irlande.

Du côté de la Pologne, le dossier semble en passe d’être réglé : le président a toujours promis qu’il signerait le texte immédiatement après un « oui » irlandais. Du côté de la République tchèque et de son président ouvertement anti-européen, l’affaire est plus corsée. Le président de la Commission a d’ailleurs appelé à la fin « aussi vite que possible » des « procédures » encore en cours. Au milieu de la semaine prochaine, il lancera, au nom de l’exécutif européen, de la présidence semestrielle du Conseil européen et de l’Europarlement, un appel pour l’entrée en vigueur du Traité le plus rapidement possible. Les paraphes de Klaus et de Kazcynski sont les ultimes pièces manquantes au puzzle avant que le nouveau « mode d’emploi » de l’Union puisse s’appliquer. Pour justifier son attitude, le président tchèque se retranche désormais derrière un recours lancé mardi dernier par quelques sénateurs de son bord politique devant la Cour constitutionnelle de son pays. Cette action risque d’entraîner de nouveaux retards : tout dépendra de la rapidité de la Cour. Les plus optimistes espèrent un verdict d’ici la fin octobre.

Car le temps presse. « Notre mandat s’achève à la fin de ce mois-ci », a rappelé José Manuel Barroso. Or, tant que la « clarté » n’est pas totale sur le Traité de Lisbonne, le président redésigné ne peut commencer à composer son équipe. D’autant que le vice-président de la nouvelle Commission sera aussi le « ministre » (le haut-représentant) des Affaires étrangères de l’Union, qui doit être proposé par les capitales : « Un élément essentiel pour composer l’équipe », relève Barroso. Selon le traité (de Nice) actuellement en vigueur, la prochaine Commission devrait comporter un nombre de commissaires inférieur à celui des Etats membres, soit moins de vingt-sept personnes : qui sacrifier ? Un « intérim » de la Commission sortante, réduite (jusqu’au 1er janvier ?) à gérer les affaires courantes, pourrait donc s’imposer. Fâcheux, au moment où l’Europe tente de garder son « leadership » dans la lutte contre le changement climatique… Et ce n’est guère mieux sur le front de la crise.

Un autre écueil guette, si la procédure en République tchèque traîne en longueur. Les conservateurs britanniques ont en effet promis de rouvrir la boîte de Pandore s’ils arrivent au pouvoir au printemps prochain avant que le Traité soit définitivement ratifié partout : les Tories pourraient organiser au Royaume-Uni un référendum sur Lisbonne. Un « Yes » est loin d’être gagné d’avance ! « Tant que le traité sera examiné ou débattu quelque part en Europe, nous continuerons de nous battre au sujet du référendum, et si c’est toujours le cas lors des prochaines élections législatives, nous organiserons ce référendum et je demanderai au peuple britannique de voter non à ce traité », a redit David Cameron, samedi, après l’annonce du résultat du référendum en Irlande.

« Un traité, c’est une chose. Le mettre en application, c’est une autre », reconnaît l’ex-Premier ministre belge Jean-Luc Dehaene, qui festoie dans un pub irlandais en face du Berlaymont, le siège de la Commission. Mais l’ex-vice président de la Convention qui accoucha du défunt projet de Constitution européenne enterré par les « non » français et néerlandais en 2005, ne doute pas que Barroso peut « facilement » préparer la composition de son équipe de façon « officieuse », sur base des noms avancés par les gouvernements des Etats membres…

Résultats

Un « oui » franc et massif

Quinze mois après avoir rejeté le Traité de Lisbonne, les Irlandais l’ont finalement massivement adopté vendredi. Le « oui » a recueilli 67,13 %, contre 32,87 % pour le « non ». Sur les 43 circonscriptions que compte l’Irlande, seule deux situées dans le nord-ouest ont majoritairement rejeté le Traité, et encore de justesse. Parmi les autres, 31 ont basculé du « non » en 2008 au « oui » cette année, parfois dans des proportions importantes. Ainsi, dans le sud-ouest de Dublin, banlieue populaire et bastion du « non », où il avait recueilli environ 65 % en 2008, 59 % des votants ont approuvé le Traité. (afp)

REGNIER,PHILIPPE
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