En Grèce, la gauche célèbre son retour

Le PASOK a gagné les élections anticipées, mais la tâche sera rude

Les socialistes ont remporté dimanche les élections législatives en Grèce avec 43,8 % des suffrages exprimés. Près de dix millions de Grecs étaient appelés à renouveler pour les quatre prochaines années les 300 députés de leur parlement. Des élections anticipées provoquées par le conservateur Costas Caramanlis, qui souhaitait regagner une légitimité pour mener à bien ses projets de réforme.

Un pari perdu pour l’ex-Premier ministre dont le parti, Nouvelle Démocratie, n’a obtenu que 33,8 % des voix : il vient d’ailleurs de démissionner de la direction du parti. Alors que le parti communiste grec (KKE) et la coalition de gauche Syriza stagnent aux mêmes niveaux que lors des élections de 2007 avec respectivement 7,6 % et 4,5 % des suffrages, le seul petit parti à connaître une hausse significative est le parti d’extrême droite Alerte Populaire Orthodoxe ou Laos qui a raflé 5,6 % des voix. Ce qui pourrait lui permettre d’obtenir jusqu’à seize sièges au parlement contre dix précédemment. Les écologistes, avec moins de 3 %, n’auront aucun représentant.

Alors que toutes les analyses préélectorales prévoyaient des résultats très serrés, la gauche a réussi à obtenir une majorité claire et donc l’autonomie au parlement. Avec 160 députés, le Parti Socialiste Panhéllénique ou Pasok n’aura pas besoin de former une coalition, ce qui devrait faciliter la mise en place du nouveau gouvernement dans les prochains jours. Tendance forte : la réduction du nombre de ministres à 12 ou 14.

Le nouveau gouvernement devrait mélanger figures connues et expérimentées du parti, nouveaux venus, mais aussi et surtout proches collaborateurs de Georges Papandréou. Un cercle étroit qui devrait obtenir les portefeuilles en relation quotidienne avec le Premier ministre. Au premier rang de ces personnalités, l’actuel porte-parole G. Papaconstantinou, ou la tête de liste des députés directement élus au parlement en cas de victoire, Yiannis Ragoussis.

Jusque tard hier soir, les rues de la capitale ont raisonné des klaxons de voitures et des cris de joie des sympathisants socialistes, visiblement heureux de voir revenir au pouvoir un Pasok exclu des affaires depuis la victoire des conservateurs en 2004.

Drapeau vert aux couleurs du Pasok dans les mains, Georges, 23 ans, explique : « Ce soir on est la pour fêter la victoire ! C’est une nouvelle ère qui s’ouvre pour la Grèce et nous sommes tous venus donner du courage et de la force à Papandréou. » Un enthousiasme partagé par Khezami Ahima qui précise ses attentes vis-à-vis de cette nouvelle majorité : « Je ne crois pas aux miracles. On peut rêver pendant dix jours, mais on attend qu’il (Papandréou) fasse le ménage et sorte la Grèce de la crise. Moi j’attends un système fiscal plus juste et une meilleure redistribution des richesses. »

Avec une dette à plus de 100 % de son PIB, un taux de chômage à plus de 15,5 % et une baisse de ses principaux revenus intérieurs, l’économie grecque est en effet au bord de la récession et la tâche du nouveau gouvernement s’annonce difficile. Georges Papandréou s’est donné cent jours pour envoyer un signal fort de redressement au peuple grec. Pour soutenir les revenus les plus faibles, le président du Pasok s’est ainsi engagé à geler la dette des PME, augmenter les salaires des fonctionnaires à hauteur de l’inflation, à revaloriser l’Allocation de solidarité ou encore à augmenter progressivement les indemnités de chômage. Il s’est aussi déclaré déterminé à lutter contre la corruption et à réformer l’administration publique afin qu’un « message de transparence soit envoyé aux citoyens ». Il s’est engagé enfin à renforcer la part du budget allouée à l’éducation et à la santé.

Des promesses qui coûtent cher et l’un des premiers gestes du nouveau Premier ministre sera certainement d’aller négocier à Bruxelles un assouplissement des exigences européennes vis-à-vis de l’économie grecque, lanterne rouge de la zone euro. Pas simple : le commissaire européen aux Affaires économiques, Joaquin Almunia, rappelait à l’ordre en juin dernier les dirigeants grecs pour qu’ils contrôlent les dépenses publiques : « La Grèce est obligée d’adopter des mesures sévères et rigoureuses pour arrêter le déraillement systématique de ses budgets. » Si l’atmosphère était hier à la fête, il y a fort à parier que Georges Papandréou, élu par un peuple fatigué des scandales du précédent gouvernement et inquiet pour son avenir, ne bénéficiera d’aucun état de grâce.

GUILLOT, ADEA
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