L’Obamania en très petite forme

Etats-Unis Un an après le triomphe, les démocrates perdent deux scrutins locaux

new york

de notre envoyé permanent

Les électeurs sont restés à la maison. Un an après avoir porté Barack Obama à la Maison-Blanche, la large coalition qui s’était formée autour du candidat n’a pas redonné signe de vie. En Virginie et dans le New Jersey, lors de deux scrutins locaux visant à élire les gouverneurs, les électeurs ont refusé mardi de voler au secours des candidats démocrates. La crise économique, le chômage, la crainte de nouveaux impôts: autant d’éléments qui ont bien davantage mobilisé l’opinion en faveur des challengers républicains plutôt que du parti au pouvoir dans ces deux Etats. Mais pour les démocrates, la leçon de ces scrutins est plus vaste : même avec un président qui reste populaire, le paysage politique américain n’a pas basculé durablement en leur faveur.

A chaque Etat, ses histoires locales. Exit, dans le New Jersey, un gouverneur démocrate, Jon Corzine, perçu comme étant incapable de mettre fin à la corruption qui gangrène son Etat. Un ancien procureur, Christopher Christie s’est présenté sous la bannière républicaine en promettant de « mettre de l’ordre dans cet Etat cassé ». Et, dans les circonstances actuelles, son passé de cadre de la banque Goldman Sachs, autrefois un atout, n’a servi qu’à encombrer davantage encore un Jon Corzine devenu extrêmement impopulaire.

C’est un autre ancien procureur républicain, Robert McDonnell, qui a été choisi par les électeurs de Virginie face à un vieux routard de la politique démocrate. Pour amadouer le vote centriste, le vainqueur a mis en sourdine ses vues conservatrices, connues de longue date. C’est sur le volet économique qu’il l’a emporté : les emplois, les impôts, le quotidien du rôle de gouverneur.

Une gifle pour Barack Obama ? A la sortie des urnes, les sondages étaient catégoriques : auprès des électeurs, l’image du président démocrate reste positive. Les scrutins ne semblent donc être en aucune manière un référendum sur sa politique ou sa personne. Mais pour lui, la consolation est maigre. Un an après avoir triomphé sur le thème du changement, et réussi à faire basculer en sa faveur ces deux Etats – et particulièrement la Virginie, dominée par les conservateurs depuis 1964 – Obama n’est pas parvenu à rééditer l’exploit, et ce n’est pas faute d’avoir essayé : il s’est rendu trois fois dans le New Jersey pour soutenir le candidat Corzine. Il n’a pas été écouté.

La Maison-Blanche avait sans doute raison de souligner hier les causes locales du mécontentement. Mais en réalité, c’est plutôt la dynamique que peuvent enclencher ces scrutins qui l’inquiètent. Regaillardis, les républicains se montraient déjà inhabituellement combatifs mercredi. « Je crois pleinement que cette tendance va continuer ces prochains mois », s’exclamait le président du Republican national Committee, Michael Steele, qui jusqu’ici semblait paralysé par les divisions de plus en plus profondes apparues au sein de son parti.

Plus inquiétant encore pour la Maison-Blanche : les élections en Virginie et dans le New Jersey sont à même de refroidir les ardeurs des démocrates modérés, ces « blue dog democrats » qui mordent très largement sur la base électorale républicaine. Or Barack Obama a un besoin crucial d’eux s’il veut faire passer au Congrès sa réforme de l’assurance santé.

LEMA,LUIS
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