« Les barons » : le hit inattendu

Cinéma Près de 20.000 spectateurs en une semaine

A la fin de chaque séance, le film est chaleureusement applaudi. C’est rare, les bravos au cinéma. C’est plus rare encore pour un film belge. Les barons, de Nabil Ben Yadir, réussit ce coup de force. Du coup, les gens en parlent autour d’eux, rameutent les autres et le bouche-à-oreille remplit les salles.

Trop même, dit-on à l’UGC de Brouckère, à Bruxelles. La salle qui projette le film est remplie jusqu’à une heure à l’avance. Certains malins achètent des tickets pour d’autres films et se pointent dans la salle des Barons. L’UGC a dû se contraindre à une double vérification des tickets : à l’entrée du complexe et à l’entrée de la salle.

A Gand, le film marche du tonnerre, à Liège aussi. Mais c’est à Bruxelles que le film fait vraiment recette. La moitié de tous les spectateurs du film en Belgique le voient à Bruxelles. Normal sans doute : le film se passe à Bruxelles et, particulièrement, à Molenbeek. Et jamais, peut-être, Bruxelles n’a été aussi bien filmée.

Après une semaine de projection, le film fait quasiment 20.000 entrées chez nous. C’est formidable. Alors qu’il ne sort que dans onze salles dans tout le pays. Un succès qui étonne et fait plaisir au distributeur Cinéart. « C’est enthousiasmant, ces très très bons chiffres », y réagit Gauthier Keyaerts.

Enthousiaste, le réalisateur Nabil Ben Yadir l’est assurément. « Je ne m’attendais pas du tout à ce succès, dit-il. Je ne croyais pas qu’il y aurait un tel engouement. Vous vous rendez compte, des mères de famille qui ne bougent jamais sont allées au cinéma, des gens qui n’y ont plus été depuis 20 ans se sont retrouvés dans une salle. C’est hallucinant ! »

Nabil Ben Yadir y est allé aussi, voir son film, au cinéma. « Pour espionner un peu, avoue-t-il. Il a été à l’UGC et au Kinépolis de Bruxelles, demain il ira à Gand. « J’y vais pour voir les réactions. Les gens applaudissent à la fin, c’est formidable, je suis tout content. Mais en même temps, je dois me concentrer. Je suis sur un nouveau projet, j’écris un nouveau scénario. J’essaie de trouver du temps entre les interviews en presse écrite et en radio-télé, chez les néerlandophones comme chez les francophones. » Nabil Ben Yadir répète le même mot : « C’est hallucinant ! »

Pourquoi un tel succès ? « Le bouche-à-oreille, » répond le réalisateur molenbeekois. « Comme si les gens attendaient un film comme ça. Comme s’ils avaient rendez-vous avec ce film, mais moi je n’étais pas au courant. Et tout le monde dit : on va aller le revoir. Ma mère est allée voir le film trois fois, hors l’avant-première et la projection au festival de Namur. Elle est très fière. »

Nabil Ben Yadir a fait un film qui marquera les générations. Qui le dépasse même peut-être, parce que, s’il fait rire, il fait aussi réfléchir, il fait penser, il fera peut-être même changer les esprits, les mentalités. « Je n’ai pas eu cette prétention de vouloir changer le monde, ajoute le réalisateur bruxellois. J’ai simplement voulu raconter une histoire, sur le ton de la comédie. C’est un film sur le rapprochement, pas sur la séparation, tant mieux s’il porte une leçon pour les spectateurs. Je pense surtout qu’il y a plein d’informations sur les gens de ces quartiers de Bruxelles que les gens ne connaissent pas. »

Le film est intensément bruxellois. C’est sans doute aussi pour ça qu’il est universel, comme les romans et les films de Pagnol. Il pourra sans aucun doute faire une belle carrière internationale. Cinéart a déjà des accords de distribution en France. Le film y sortira en janvier. Les pistes sont sérieuses aussi pour la distribution aux Pays-Bas. Et puis le film sera en décembre en compétition au festival de Marrakech, avant, sans doute, une diffusion au Maroc. « Les Marocains vont découvrir pas mal de choses, sourit Nabil Ben Yadir. Ce sera intéressant pour eux d’approcher cette vie-là à Bruxelles. Je suis curieux de voir leurs réactions. »

La magie d’un film, le temps d’une séance

UGC de Brouckère, 13h00. C’est la file devant la salle 2. Celle des Barons. La foule est bigarrée. « C’est un public multiculturel et multigénérationnel : notre public habituel, confirme un responsable de l’UGC. Mais le film attire aussi des gens qui ne viennent presque jamais au cinéma. Comme pour Les choristes. » Autre comparaison, plus impressionnante encore : avec Podium ou encore Titanic. « C’est le même type d’affluence. Toutes les séances sont complètes. Mais il faudra voir sur la durée. »

Dans la salle, on rit. Beaucoup, franchement. Mais pas seulement. « Je suis venue voir une comédie, mais je suis touchée. Culturellement, c’est très riche. C’est une chouette façon de nous faire vivre ensemble », explique une spectatrice. « Ça ne changera pas les clichés. Ils sont fixés, tempère une jeune d’origine marocaine. L’important, c’est le message qu’on fait passer aux jeunes. » Une autre, plus critique : « Le film se passe dans mon quartier. Mais il y a beaucoup de stéréotypes. On n’est pas tous au chômage. Il y en a qui réussissent. » N’empêche, elle a aimé.

La séance finie, direction le métro. Dans la rame, même mélange d’âges, de cultures et de langues que dans le film et dans la salle. Seuls manquent les éclats de rire. Où est passée la magie ?

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE,STAGIAIRE
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