Cees Nooteboom couronné

Littérature Un écrivain sensible aux atmosphères, aux climats

Il est philosophe, bon vivant, plaisantin, fantaisiste, cosmopolite et nomade, fin cuisinier et mélancolique, métaphysicien de surcroît » : le critique allemand Joachim Sartorius doit aligner les caractéristiques paradoxales et contradictoires pour tenter de définir son ami l’écrivain hollandais Cees Nooteboom. Déjà détenteur de l’Aristeïon, le défunt prix littéraire européen qui lui fut décerné dans le cadre d’Anvers capitale culturelle, et du Pegasus, l’un des prix américain les plus convoités, Nooteboom ajoute aujourd’hui à son tableau de chasse le Grote Prijs der Nederlandse Letteren, qu’il va recevoir des mains du roi Albert II.

L’usage veut en effet que cette distinction suprême pour un auteur de langue néerlandaise aille alternativement à un Flamand, qui est alors couronné au Palais de Soestdijk et à un Néerlandais qui, lui, réceptionne sa distinction au Palais de Bruxelles.

Cees Nooteboom voit ainsi justement appréciée une œuvre qu’il élabore depuis bientôt 60 ans puisque, né à La Haye en 1933, il publia son premier roman à 19 ans et que ce Philippe et les autres fut d’emblée un succès, et est tenu à présent, vu sa constante popularité auprès des générations successives, pour un classique à part entière. Ce premier triomphe ne fit cependant pas de lui un homme de lettres : il avait trop la bougeotte pour cela.

Nooteboom va se mettre à parcourir le monde, et à développer un genre très personnel de journalisme impressionniste. Sensible aux atmosphères, aux humeurs, aux climats plus qu’aux événements à sensation, il n’évite cependant pas les grands rendez-vous avec l’Histoire lorsqu’ils s’offrent à lui. C’est ainsi que, séjournant à Berlin au moment de la chute du Mur, il a donné dans Une année allemande. Chroniques berlinoises 1989-1990 l’un des rares témoignages littéraires sur la « Wende » vécue à chaud.

Avec le temps, le bourlingueur est devenu plus casanier. Mais ne s’est pas figé pour autant. Depuis plus d’un quart de siècle, il se partage entre trois points de chute : sa maison à Amsterdam, son appartement à Berlin et son hacienda sur l’île de Minorque. C’est là surtout qu’il écrit des livres qui sont nourris de méditation et ont souvent la limpidité de paraboles, comme son récit L’Histoire suivante qui a fait de lui une véritable star en Allemagne. Il y fut lancé par le Pivot allemand, Marcel Reich-Ranicki, qui dans son émission « Literarisches Quartett » s’exclama un soir de 1992 : « Voilà peut-être bien le livre le plus important que j’aie lu cette année. Comment les Hollandais font-ils pour avoir un écrivain pareil ? »

Depuis, on peut dire que Nooteboom est devenu un auteur de dimension européenne, incarnant lui-même cette identité composite qu’il lui est souvent arrivé d’évoquer et d’analyser.

Son goût des pérégrinations ne l’a pas tout à fait quitté. Avec sa compagne la photographe Anne Sassen, il aime cadastrer par l’image et par l’écrit le patrimoine culturel et naturel, comme dans l’admirable recueil de photos et de textes intitulé Tumbas, promenade savante et recueillie parmi les tombes des grands écrivains et penseurs aux quatre coins du monde. Faut-il ajouter qu’il figure dans le club très sélectif du prix Nobel, qui n’est jamais allé à un usager du néerlandais ?

dates

1933 Naissance à La Haye. 1953 Premier roman, Filip en de anderen. Succès immédiat. Maurice Nadeau le publiera en France aux Lettres Nouvelles. 1960-1970 Journalisme et grand reportage. 1980 Renoue avec le roman : Rituels et Dans les montagnes des Pays-Bas paraissent en français chez Calmann-Lévy. 1988 Nooteboom est publié chez Actes Sud. Une quinzaine de titres jusque ici. 1991 Succès international de L’Histoire suivante, en Allemagne pour commencer. Prix Aristeïon. 2001 Le jour des morts. 2009 Grand Prix des Lettres Néerlandaises. Ses livres sont le plus souvent traduits par Philippe Noble.

DE DECKER,JACQUES
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