Herman Van Rompuy au firmament européen

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Le suspense aura été de courte durée. Les chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE, réunis à Bruxelles, se sont rapidement mis d’accord, jeudi soir, pour nommer Herman Van Rompuy premier président permanent du Conseil européen, et la Britannique Catherine Ashton haute représentante pour les Affaires étrangères et vice-présidente de la Commission.

Les plus hauts responsables européens se sont retrouvés vers 18 heures. Mais quelques minutes auparavant, l’horizon s’était soudain dégagé. Des sources socialistes annonçaient que la commissaire européenne au Commerce international avait été choisie par les huit chefs de gouvernement socialistes pour la fonction de « ministre des Affaires étrangères » de l’Union (ce poste revenait en effet à un(e) socialiste provenant d’un grand pays, suivant un accord politique tacite). Et Jan Peter Balkenende, le Premier ministre néerlandais, déclarait à son arrivée au sommet qu’il n’était pas candidat au poste de président permanent du Conseil européen, et que personne ne l’avait approché à ce sujet.

Le revirement britannique

Ces derniers jours, l’obstacle principal résidait dans l’attitude britannique. Gordon Brown, officiellement, continuait à pousser Tony Blair pour le fauteuil présidentiel. Et il persistait à dédaigner le portefeuille de haut représentant que ses partenaires étaient prêts, depuis des semaines, à offrir à son ministre des Affaires étrangères, David Miliband. Le chef du gouvernement britannique ne voulait pas se défaire de son jeune, talentueux et populaire ministre, à la veille d’élections hautement risquées pour les travaillistes. Le « cadeau » proposé au Royaume-Uni par ses partenaires pouvait-il toutefois être refusé ?

Les autres chefs de gouvernement socialistes avaient retrouvé Gordon Brown à 16h30 à la représentation permanente autrichienne auprès de l’Union. Et ils avaient obtenu qu’il abatte ses cartes. Exit Tony Blair ! Vive Catherine Ashton ! Britannique, travailliste et… femme !

Le « ticket » belgo-britannique avec Herman Van Rompuy prenait alors vraiment forme. La suite a été très vite. A défaut de porte-parole officiels, les rumeurs se succédaient dans la salle de presse pour dire que l’heureuse issue n’allait plus tarder. Et, en effet, peu avant 19h30, Dirk De Backer, le porte-parole du Premier ministre belge, affirmait que celui-ci avait été « proposé » pour la présidence permanente par son homologue suédois, Fredrik Reinfeldt, qui présidait le sommet. Peu après intervenait la « désignation à l’unanimité ». A 21 heures, le chef du gouvernement suédois, Herman Van Rompuy, le président de la Commission, José Manuel Barroso, et Catherine Ashton donnaient leur première conférence de presse commune. Et Herman Van Rompuy surprenait, favorablement, le corps de presse européen.

Le voilà donc au firmament de l’Union ! Ce qui aurait pu paraître absurde voici encore deux mois s’est concrétisé, et très rapidement. Il est vrai que le profil de fonction, taillé par les grandes capitales et en particulier par Paris et Berlin, lui va comme un gant. Il fallait un faiseur de compromis avéré, un « bosseur », pas une prima donna. Il fallait aussi – dans ce cas – un(e) PPE (la famille politique conservatrice dominante en Europe), ressortissant(e) d’un petit pays.

Les autres leaders n’ont pas réellement rechigné à suivre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel : rares sont ceux qui avaient appris, en moins d’un an, à connaître le chef du gouvernement belge, et il n’inspirait par conséquent d’inimitié à personne. Un président par défaut ? Par élimination ? Il correspondait en tout cas le mieux aux critères de choix.

Ceux-ci n’avaient certes pas été démocratiquement établis entre les Vingt-Sept. « Mais il ne s’agit pas de démocratie, nous confiait hier un diplomate. Il s’agit de discussions entre Etats souverains, qui mettent en jeu leur souveraineté et leur dignité nationales ».

Ce n’était pas un béni-oui-oui…

Telle est l’Europe, moulée de compromis. Regrettera-t-on un jour le consensus qui a porté Herman Van Rompuy à la tête du Conseil européen ? Peut-être que ceux qui attendaient – avec espoir – un béni-oui-oui seront pris de remords, quand il apparaîtra que le premier président permanent du Conseil européen s’inscrit pleinement dans la tradition européenne « orthodoxe » de la Belgique.

Avoir de l’ambition pour l’Europe, privilégier la « méthode communautaire », jouer collectif, combattre les « directoires » : telle est la tradition qui a nourri Herman Van Rompuy, et qui avait été balisée notamment par Jean-Luc Dehaene et Guy Verhofstadt. C’est dans leur sillon que Herman Van Rompuy a accédé, jeudi soir, à l’une des plus hautes fonctions européennes. José Manuel Barroso l’a d’ailleurs relevé : le choix fait est « un hommage à la Belgique, un signe de gratitude à son égard ».

Le profil de la nouvelle haute représentante prêtera davantage à controverses. Car il est vrai qu’elle manque cruellement d’expérience internationale – et de notoriété. Le président de la Commission a eu le mot juste, hier soir, à cet égard : « La Grande-Bretagne doit rester au cœur de notre projet ». Cela étant, Catherine Ashton, elle aussi choisie à l’unanimité jeudi, devra encore convaincre les eurodéputés. Comme future vice-présidente de la Commission, elle doit en effet décrocher leur feu vert. Il y a gros à parier, toutefois, qu’elle l’obtiendra sans problème. Et que la page des nominations sera tournée.

TEXTO

Voici des extraits de la première déclaration lue par Herman Van Rompuy suite à sa nomination en tant que premier président du Conseil européen.

« Même s’il m’est particulièrement difficile d’abandonner la direction de mon pays, j’accepte votre décision et je vous remercie de l’honneur que vous me faites. J’y vois d’ailleurs une marque de reconnaissance à l’égard de la Belgique qui, en tant qu’état fondateur, s’est investie sans relâche dans la construction de l’Europe. Je n’ai pas sollicité cette haute fonction. Je n’ai entrepris aucune démarche. Mais à partir de ce soir je l’assume avec conviction. (…) Nous vivons une période exceptionnellement difficile : la crise financière et les effets dramatiques sur l’emploi et les budgets, la crise climatique qui menace notre survie. Une période d’angoisse et d’incertitude et de manque de confiance. Et pourtant les problèmes sont surmontables avec un effort conjoint dans nos pays et entre les pays. 2009 est aussi la première année de la gouvernance mondiale avec l’instauration du G20 en pleine crise financière. La conférence climat de Copenhague est une autre étape dans la gestion mondiale de notre planète. Notre mission est une mission d’espoir, soutenue par des actes et par l’action.

Notre Union appartient à chacun d’entre nous. Elle n’est pas un jeu à somme nulle. L’Europe doit bénéficier à chaque Etat membre. Ce principe cardinal m’amène à une double ligne de conduite. (…)

Pour moi chaque pays doit sortir vainqueur de la négociation. Une négociation avec des vaincus est toujours une mauvaise négociation. Comme Président du Conseil je serai à l’écoute de tous, et je veillerai à ce que nos délibérations produisent des résultats pour tous. On a beaucoup débattu sur le profil du futur président des réunions du Conseil, mais il n’y a qu’un profil possible, celui du dialogue, de l’unité et de l’action. L’image du Conseil se construit par les résultats obtenus.

(…)Toute ma vie politique s’est déroulée sous le signe de l’entente, du respect de l’adversaire et du compagnon de route. Je continuerai dans cette voie. »

LABAKI,MAROUN
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