Vingt ans de droits de l’enfant : au travail !

C’est plus qu’un texte, un outil : la Convention des droits de l’enfant aide à les sortir du pire.

C’était le 20 novembre 1989 : l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies adoptait à l’unanimité la Convention internationale des droits de l’enfant. Un beau moment de consensus rempli de bonne volonté.

Et pourtant, il avait fallu plusieurs décennies de combat face à l’indifférence, puis d’empoignades musclées pour en arriver là.

Car si les droits de l’enfant nous semblent aujourd’hui une évidence, il n’en a pas toujours été ainsi. Il ne s’agit pas simplement d’un texte bien pensant. C’est d’abord un outil de valeur très utile pour ceux qui travaillent à améliorer, chaque jour, le destin de millions d’enfants.

Si l’on remonte le temps, on comprend combien ce texte était nécessaire. La communauté internationale s’en était rendu compte il y a longtemps : en 1924, la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, adopte une première déclaration des droits de l’enfant, très théorique. En 1946, juste après le désastre de la Deuxième Guerre mondiale, et ses cohortes d’enfants misérables, l’Assemblée générale de l’ONU crée le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), une organisation chargée de coopérer avec les gouvernements pour améliorer concrètement la vie des enfants.

En 1959, une nouvelle mouture de la Déclaration des droits de l’enfant, sans valeur juridique contraignante, est élaborée. Il faudra attendre 20 ans, et l’Année internationale de l’enfance en 1979, pour que la Pologne propose un projet de Convention des droits de l’enfant à l’ONU. Pourquoi la Pologne ? Parce qu’elle est influencée par un de ses fils, Janusz Korczak, un médecin visionnaire qui fut le premier, dans les années 20, à défendre l’importance des droits des enfants.

Un groupe de travail se met donc en place. Mais pendant de longues années, il ne travaille qu’une seule semaine par an. Le rythme ira cependant en augmentant, et les dernières négociations seront longues, passionnées, houleuses. Car les participants viennent d’horizons très divers, culturellement, religieusement, économiquement, or la règle choisie est l’adoption de chaque article par consensus. Ce qui explique le style complexe des différents articles de la Convention, qui nécessitent pratiquement une traduction en langage courant pour être intelligibles…

Or, en cette fin des années 80, la situation des enfants dans le monde s’était dégradée, après vingt années de progrès continu : c’était la grande époque des plans d’ajustement structurels, imposés par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale aux pays les plus pauvres : pour équilibrer leur situation financière, des dizaines de pays ont dû sabrer dans leurs dépenses de santé et d’éducation.

Dans le même temps, les droits de l’enfant restaient une notion limitée, même si la plupart des pays occidentaux avaient adopté des lois visant à protéger les mineurs contre les pires abus (violences, homicides) et à les punir moins sévèrement que les adultes lorsqu’ils avaient commis une infraction.

La Convention des droits de l’enfant, qui est finalement entrée en vigueur en 1990 après avoir été ratifiée par vingt Etats, s’articule autour de trois axes : protection de l’enfant, prestations auxquelles il a droit en termes de soin, d’éducation, et enfin son droit à la participation.

Ce texte n’a certes pas transformé la vie des enfants en paradis, mais il a contribué à une vraie prise de conscience : la mortalité des moins de 5 ans a reculé dans le monde, l’éducation, notamment des filles, a sensiblement augmenté. L’exploitation sexuelle des enfants scandalise désormais l’opinion, et les grandes marques ont été contraintes de ne plus faire fabriquer leurs produits par des enfants travaillant dans des conditions proches de l’esclavage.

Les problèmes sont toujours nombreux dans le monde mais aussi en Belgique (lire ci-contre), le texte de la Convention est imparfait, mais il reste, 20 ans après, un outil novateur à utiliser sans modération.

KIESEL,VERONIQUE
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