Le relais de Martens à Leterme, via BHV

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Après les excellents entretiens que j’ai eus samedi et dimanche, je vais formuler une proposition de procédure de négociation pour les problèmes communautaires. » Voilà ce que déclarait, hier après-midi, le médiateur nommé par le Roi vendredi soir, Wilfried Martens. Et de préciser qu’il soumettrait, ce lundi (13 heures), son idée aux présidents de parti de la majorité (reçus individuellement samedi), avant de demander audience au Roi, lundi ou mardi.

Petit tour d’horizon.

1 Pourquoi Wilfried Martens ? On l’a déjà écrit ici : c’est le CD&V qui a imaginé le scénario d’une transition entre Herman Van Rompuy et Yves Leterme. Objectif : ne pas laisser Monsieur 800.000 voix entrer en piste sans un minimum de garanties de réussite, après ses échecs précédents. Donc obliger chaque partenaire gouvernemental à dévoiler partiellement son jeu sur Bruxelles-Hal-Vilvorde. Il s’agit à la fois d’aider le futur Premier (pas opposé à cette transition)… tout en reconnaissant implicitement sa faiblesse.

C’est Van Rompuy lui-même (en accord avec sa présidente de parti) qui a suggéré au Roi cet intermède Martens – lequel fut contacté dès jeudi soir, précise Het Laatste Nieuws –, à l’image des scénarios suggérés à Albert par le CD&V durant l’Orange bleue.

2 L’objectif : trouver une « méthode » pour BHV. Wilfried Martens a pour mission de définir une « méthode » pour négocier BHV. En clair, il doit déterminer qui va négocier, dans quel forum. Deux formules sont explorées : les présidents ou les Sages.

« In fine ce sont quand même les présidents de parti qui décident », insiste Joëlle Milquet (CDH), en faveur de la première formule, comme le VLD. Au PS et au MR, on se montre plus ouverts, sur l’air de : « Nous avons assez de gens de qualité au sein du parti ». En coulisses, certains rappellent que le groupe des Sages est la seule formule qui a fait ses preuves : l’accord institutionnel du printemps 2008 (premier paquet de réforme de l’Etat) a été négocié par les Dehaene, Moureaux, Vande Lanotte, Maystadt.

Autres avantages de la formule, selon eux : elle permettrait à Guy Verhofstadt d’en être. « Un atout non négligeable : l’homme a la volonté et la capacité de faire avancer le dossier », glisse-t-on côté francophone. Où on le juge plus sûr que Keulen, De Croo ou Rutten – les candidats à l’élection pour la présidence de l’Open VLD, prévue mi-décembre.

Inconvénient du groupe des Sages, selon d’autres : le MR pourrait y déléguer Olivier Maingain. D’où leur insistance pour ne convoquer que les présidents.

On sent le compromis possible : une formule mixte, chaque parti déléguant qui il veut ! « Mais il faudra y associer le Premier ministre, a lourdement insisté dimanche Didier Reynders. Assumer cette fonction, en Belgique, c’est s’occuper du communautaire ! »

3 Dans quel délai ? Herman Van Rompuy a toujours plaidé pour négocier BHV durant le délai « offert » par la Communauté germanophone – la procédure en conflit d’intérêts lancée à Eupen donne du répit au moins jusqu’en mai. Le CD&V s’en tient à ce calendrier, qui permet d’éviter une crise pendant la présidence belge de l’Union européenne, au deuxième semestre 2010.

PS et CDH sont sur la même longueur d’ondes. D’autant qu’ils ne souhaitent pas que la Région bruxelloise doivent introduire à son tour un conflit d’intérêts. Et le MR, dit Didier Reynders, veut « quelque chose en place d’ici au printemps ». Signe d’un moindre empressement ? C’est ce que redoutent ses partenaires, arguant que le FDF perdrait son fonds de commerce si BHV était réglé.

4 Une « solution négociée » voulue par tous ? Voici peu, l’expression « solution négociée » pour BHV crispait au Nord. Pour certains partis flamands (N-VA en tête), la seule issue possible, c’est la scission sans contrepartie francophone. Via un vote à la majorité (flamande) à la Chambre s’il le faut. Mais dimanche, Martens assurait avoir constaté, au terme de ses contacts bilatéraux, « une volonté commune chez tous les partenaires de la majorité » de rechercher « une solution négociée ». Une précision bien utile pour la suite, et particulièrement souhaitée, nous dit-on, par Leterme.

Le futur Premier ministre souhaiterait même voir la formule reprise dans le communiqué du Palais, lorsque Wilfried Martens sera relevé de sa mission. Voilà qui permettrait à Leterme de sortir de son ancien rôle de « meilleur Flamand », pour enfiler enfin ses habits de Premier, soucieux de trouver un compromis agréant les francophones aussi.

Quant au CD&V, il démontrerait sa détermination à négocier une solution, pour autant que tous les partis de la majorité s’y engagent. Et là, les regards flamands se tournent vers le FDF… pointé comme principal obstacle au compromis. A la RTBF, dimanche, Didier Reynders a cependant répété : « Il faut une solution négociée ».

5 BHV et rien d’autre ? Wilfried Martens se préoccupe, a priori, du seul dossier BHV. C’est la priorité du moment, pour le CD&V très certainement.

« Mais il est impossible de négocier cela de manière isolée », disait samedi, au Soir, Olivier Maingain. Réplique d’Elio Di Rupo : « Si on met tout l’institutionnel maintenant sur la table, on ne s’en sortira pas, c’est un tel paquet ! » Le MR ne dit d’ailleurs pas tout à fait la même chose que sa chapelle FDF : l’urgence est socio-économique, la grande réforme de l’Etat sera pour plus tard. Tout au plus le président du PS imagine-t-il, lui, d’« aller chercher certains éléments ailleurs », à négocier en marge de BHV. Mais la grande réforme serait pour le prochain gouvernement.

6 Et l’opposition ? Le PS et le CDH plaident pour que l’on ouvre la négociation BHV aux partis de l’opposition démocratique. Ce qui permet de ne pas avoir besoin de toutes les voix gouvernementales (en particulier FDF) lors du vote. Mais l’idée est contestée par le CD&V et le MR : « si l’on veut une majorité des deux tiers, c’est qu’on veut une réforme institutionnelle plus large, ce n’est pas le moment », bloque Didier Reynders.

Le SP.A ne serait d’ailleurs guère demandeur, préférant soutenir de l’extérieur un éventuel accord. Ecolo est en revanche partant. Isabelle Durant a déjà lâché le nom du futur négociateur : Marcel Cheron.

7 A quand Leterme II ? Tous les partis gouvernementaux le répètent à l’envi : ils veulent aller vite. C’est-à-dire ? Voici le scénario prévu – sauf surprise. Dès que Wilfried Martens aura obtenu un accord sur une méthode – en milieu ou fin de semaine si tout va bien –, Herman Van Rompuy devrait démissionner, ainsi que ses ministres. Le Roi (re)nommerait alors Yves Leterme au 16 (la présidente du CD&V a parlé d’un consensus sur son nom), sans recourir à un nouvel intermédiaire. Après les prestations de serment, le Premier ministre se rendrait au parlement pour lire une déclaration gouvernementale minimale. Et obtenir ensuite la confiance des élus.

8 Qui sera le chef de notre diplomatie ? Pour entrer au 16, Leterme doit bien sûr abandonner les Affaires étrangères. Si, dans un premier temps, le CD&V songeait à les échanger contre un autre portefeuille, il entend désormais les conserver. Pour Steven Vanackere ? Lequel serait remplacé à la fonction publique par Inge Vervotte, fidèle d’Yves Leterme ? C’est une des pistes envisagées par le CD&V, mais pas la seule.

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