Guerre des nerfs Caracas-Bogota

Amérique du Sud Chavez fait sonner les tambours de la guerre

ANALYSE

Le président du Venezuela, Hugo Chavez n’est pas, on le sait, un modèle de modération. La signature, le 30 octobre dernier, de l’accord par lequel la Colombie met sept de ses bases militaires à la disposition de l’armée américaine l’a donc mis hors de lui.

L’annonce de cet accord, en juillet, avait d’ailleurs poussé le Venezuela à rompre ses relations diplomatiques avec la Colombie. Pendant des années, les relations entre le président colombien Alvaro Uribe, très à droite, et son homologue vénézuélien, très à gauche, étaient étonnamment bonnes. Il est vrai que les échanges commerciaux entre ces deux voisins, désormais gelés, étaient importants.

L’époque des sourires et des accolades viriles entre les deux hommes est bien révolue. En sus de ce désaccord sur l’accord, début novembre, deux sergents de la Garde nationale vénézuélienne ont été tués le long de la frontière avec la Colombie. Par ailleurs, onze footballeurs amateurs colombiens avaient été, fin octobre, découverts assassinés dans la même zone : les deux pays se sont alors accusés mutuellement de tenter d’infiltrer des paramilitaires dans le pays voisin.

Tapioca contre Alcazar ?

La semaine dernière, Hugo Chavez a donc appelé ses généraux mais aussi la population à se « préparer à la guerre ». Les militaires vénézuéliens ont ensuite fait sauter jeudi deux petits ponts permettant le passage entre les deux pays. Le lendemain, le ministre colombien de la Défense annonçait que son armée était en état « d’alerte maximum ».

Tout cela pourrait faire penser aux gesticulations du général Alcazar et de son collègue Tapioca, décrites jadis par Hergé. Mais le fond de l’affaire est sérieux. L’accord de coopération militaire conclu en toute opacité entre Washington et Bogota inquiète en effet toute l’Amérique latine.

Alors que les leaders des deux pays signataires n’ont cessé de clamer que cet accord portait exclusivement sur l’appui américain aux opérations colombiennes anti-drogue et anti-guérilla, l’hebdomadaire colombien Semana a révélé que, dans un document de l’armée américaine, cet accord était décrit comme « une opportunité pour mener des opérations à large spectre à travers l’Amérique du Sud » contre des menaces émanant non seulement de narco-trafiquants et de guérillas mais aussi « de gouvernements anti-américains » dans la région.

Hugo Chavez s’est donc senti immédiatement visé. D’où l’escalade des derniers jours, les observateurs se demandant s’il s’agit simplement d’un excès de rhétorique belliqueuse ou s’il y a un vrai danger d’explosion militaire.

Le président brésilien Lula da Silva a tenté une médiation entre Bogota et Caracas, sèchement rejetée par Chavez : « Je n’ai rien à discuter avec Uribe le mafioso ».

« Une médiation entre la Colombie et le Venezuela n’est pas nécessaire, a affirmé dimanche le vice-ministre des Affaires étrangères vénézuélien. Le problème qui existe se pose entre l’Amérique du Sud et la Colombie (en raison de la présence de troupes américaines dans sept bases colombiennes). Il revient donc à l’Union sud-américaine des nations – l’Unasur, NDLR – d’agir en tant que médiatrice ».

Mais Chavez est-il réellement persuadé que les Etats-Unis – qui ont d’autres chats à fouetter – sont prêts à lancer une attaque sur son pays ? Même si la communication autour de l’accord USA-Colombie a été lamentable, une offensive contre Caracas semble hautement improbable, l’administration Obama tentant plutôt d’écrire un nouveau chapitre, plus serein des relations dans la région.

Cette mobilisation guerrière est peut-être surtout destinée à faire oublier aux Vénézuéliens le piteux état de leur économie, qui est entrée en récession, et leurs difficultés quotidiennes, alors que coupures d’eau et d’électricité se multiplient.

KIESEL,VERONIQUE
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