Pourquoi ils ont intérêt à réussir BHV

Partis.  A méditer : une formation politique peut nouer un compromis institutionnel et gagner aux élections qui suivent

Analyse

 En politique, l’incitant électoral, ça compte énormément. C’est peut-être une « chance » dans le dossier miné BHV : les partis qui concluent un accord sur la réforme de l’Etat sont gagnants à l’élection qui suit… Cela n’a pas été toujours vrai, mais bien dans l’histoire récente. Et la donnée ne doit pas laisser insensibles les formations flamandes en particulier, qui ont à opérer un choix crucial dans cette affaire : accepter de ne pas scinder purement et simplement BHV comme elles s’y sont engagées tambour battant. Plus encore : un choix cornélien pour le CD&V, qui devra choisir entre BHV et la N-VA, son ancien allié de cartel et actuel partenaire au gouvernement flamand au sein d’une coalition CD&V/N-VA/SP.A.

 Les propos de Bart de Wever jeudi dans Le Soir et ce week-end dans le Morgen sont éloquents : le leader nationaliste (ré)affirme qu’avec la N-VA au gouvernement en Flandre, celui-ci ne cédera jamais rien dans quelque compromis sur BHV : circulaires Peeters, enseignement dans la périphérie, etc. Rien. Si accord BHV il doit y avoir un jour, ce sera donc au prix d’une éviction de la N-VA de l’exécutif au Nord (où elle serait remplacée par le VLD). Tout cela était connu, mais ça va mieux en le lisant : Bart De Wever a le mérite de la clarté. Quant à Jean-Luc Dehaene – négociateur-démineur en coulisses depuis quelques jours –, il connaissait le bonhomme, le voilà conforté.

 Bref : devant ces choix cruciaux et cornéliens, les partis flamands, et surtout le CD&V, ont en tête certainement les présumées conséquences électorales de leurs actes. Or, le rétroviseur leur indique que nouer un compromis, ça peut leur rapporter. Voir leurs performances aux législatives qui ont succédé à des réformes de l’Etat réussies, et leurs mésaventures en cas de réforme avortée…

 Suivez le raisonnement…

 Législatives et régionales 1995 : après qu’en 1993, la majorité chrétienne-démocrate/socialiste, du gouvernement Dehaene, eut réussi à boucler ce qu’on appellera la « quatrième réforme de l’État », par laquelle la Belgique devient un État fédéral et les Communautés et les Régions acquièrent leurs compétences, après cela donc, CVP et SP sont primés dans les urnes. Avec, respectivement, près de 27 % et 20 % des voix aux régionales, ils se relancent pour quatre ans. Au Sud, toujours en 1995, PS et PSC, avec 35 % et 21 % des suffrages, connaissent eux aussi le succès.

 Législatives 2003 : la majorité arc-en-ciel en place depuis 1999 (PS-SP-Ecolo-Agalev-MR-VLD), sous Guy Verhofstadt, est la force motrice des compromis institutionnels du Lambermont et ceux du Lombard en 2001, qui accroissent les compétences des entités fédérées et modifient les institutions bruxelloises. Que constate-t-on ? Deux ans plus tard, VLD et SP.A-Spirit obtiennent de très bons scores aux législatives, avec 15,5 % et 14,9 % des voix à l’échelon national, contre 14 % et 9 % au tour précédent, en 1999. Mêmes tendances au Sud, où PS et MR progressent. Exception : les verts d’Ecolo et d’Agalev s’écrasent, mais l’échec a sa raison pure et exceptionnelle : il sanctionne leur première « participation » au pouvoir.

 Législatives 2007 : les libéraux du VLD se tassent dans les urnes, les socialistes tout autant. Deux ans plus tôt, avec le MR et le PS comme partenaires de la coalition « violette » (bleus et rouges), ils avaient échoué à trouver un accord sur BHV, pourtant après de prometteuses négociations. Suivez le raisonnement : échec institutionnel = échec aux élections.

 Au sud du pays cette année-là (2007), par coïncidence, le MR cède un peu de terrain et le PS se plante : mais là, comme les verts en 2003, il y eut une raison pure et exceptionnelle : les « affaires ».

 Morale de l’histoire : certes, bien d’autres paramètres conditionnent l’issue d’une élection, mais réussir un compromis institutionnel peut porter chance, et le rater, se payer cash.

 On peut rêver.

Réforme de l’état, les trois derniers rounds

 Accord en 1993

 Cette année-là, Jean-Luc Dehaene et Philippe Moureaux sont les maîtres d’œuvre d’une réforme qui consacre l’Etat fédéral. Aux législatives de 95, les partis de la coalition CVP, SP, PS et PSC sont sur du velours.

 Accord en 2001

 Guy Verhofstadt et Louis Michel sont les artisans des accords du Lambermont et du Lombard. VLD, MR, PS et SP.A/Spirit (de la coalition arc-en-ciel) font de bons scores aux législatives 2003. Les verts échouent, pour des raisons propres.

Echec en 2005

 Echec en 2005

 Les partenaires libéraux et socialistes de la coalition violette (en photo : Verhofstadt et Vande Lanotte) échouent à nouer un compromis sur BHV. Tous reculent aux élections législatives de 2007.

COPPI,DAVID
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