Le retour annoncé des communistes

Roumanie Le candidat social-démocrate Mircea Geoana était donné favori

Bucarest

De notre correspondant

Les Roumains votaient dimanche pour le deuxième tour de l’élection présidentielle. Mircea Geoana, le candidat social-démocrate, était donné vainqueur avec 51,6 % des voix, par le premier sondage à la sortie des urnes.

« Je veux que ça change. On n’en peut plus. » Cristina, 70 ans, n’avait pas fait le déplacement au premier tour, mais cette fois, elle a bravé le froid pour venir voter. Son choix ? Mircea Geoana, le leader du Parti social-démocrate (PSD), créé par les anciens communistes, début des années 90. « Les gens peuvent changer », dit-elle en souriant. Livia, 39 ans, et Mario, 37 ans, eux, sont plus directs : « On ne veut pas de communistes ». Ce couple d’actif n’est pourtant pas dupe et ajoute n’être « satisfait » par aucun des deux candidats. Ils ont donc choisi le « moins pire ». Hier matin, dans un quartier ouvrier de Bucarest, les opinions étaient partagées, mais la motivation unique : voter pour faire barrage au candidat que l’on n’aime pas. Lassés par une classe politique irresponsable, les Roumains s’apprêtent à passer un noël de restrictions. Leur pays traverse en effet une crise économique particulièrement grave. Le taux chômage, qui vient de dépasser les 7 %, ne cesse d’augmenter, alors qu’après les neufs premiers mois de l’année, l’économie est en recul de 7,4 %. Coup dur, difficile à digérer après le taux de croissance mirobolant des dernières années et le quasi plein-emploi.

Mircea Geoana ratisse large

Si les résultats des sondages de « sortie des urnes » se confirment, Mircea Geoana aura réussi son pari résumé dans son slogan de campagne : « Nous vaincrons ensemble ». Entre les deux tours, le candidat du PSD, déjà allié avec le Parti conservateur (PC), est parvenu à réunir autour de sa candidature la quasi-totalité des formations politiques parlementaires. Le Parti national libéral (PNL), troisième force, s’est d’abord rallié à sa cause. Le parti de la minorité hongroise (UDMR) et la formation d’extrême droite (PRM) du charismatique Vadim Tudor ont également appelé leurs électeurs à voter pour Geoana au second tour. Cette alliance « social-libérale », selon les propres mots du communiste, la « seule chance pour sortir la Roumanie de la crise ». Ce dernier a d’ailleurs promis pour la Noël un gouvernement dirigé par l’actuel maire de Sibiu, l’indépendant Klaus Iohannis. Cette proposition a sans doute rassuré nombre de Roumains, fatigués par les crises politiques causées par le président sortant Traian Basescu. A 22 heures (heure belge), les deux candidats revendiquaient la victoire, alors que trois des quatre sondages sortie des urnes donnaient M. Geoana en tête. « J’ai gagné, comme en 2004, je vous assure que j’ai devancé Geoana », a lancé M. Basescu, en référence aux

résultats également serrés de la présidentielle d’il y a cinq ans. Sur quatre sondages, un seul, réalisé par l’insitut CSOP, plaçait les deux candidats à égalité parfaite avec 50 % chacun. Les trois autres créditaient M. Geoana d’une avance allant de 1,6 à 3,2 points. Les résultats officiels ne seront pas annoncés avant ce lundi matin.

Quoi qu’il en soit, « la priorité du nouveau président est de mettre un gouvernement en place le plus rapidement possible pour bénéficier du troisième versement du FMI », estime l’économiste Liviu Voinea. Car depuis la chute du gouvernement, la Roumanie vit sous perfusion. Le FMI et l’UE, principaux créditeurs du prêt de 20 milliards d’euros contracté en mars, ont décidé de tout bloquer en attente de la nomination d’un nouveau Premier. Peu importe sa couleur politique, dans un premier temps, il n’aura pas une grande marge de manœuvre. « La seule priorité du nouveau gouvernement sera de répondre aux critères fixés par le FMI », explique l’analyste financier Laurentiu Rosoiu. Critères qui ne profiteront pas à une popularité du Premier : le message du Fonds monétaire international est clair, il faut réduire les dépenses de l’Etat. Des licenciements dans l’administration publique sont jugés nécessaires, et le gel des salaires des fonctionnaires indispensable.

MERCIER, JONAS
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