Pinera, la revanche de la droite

Chili Le candidat de droite obtient 44 % des voix à la présidentielle de dimanche

Analyse

Pour la première fois depuis le rétablissement de la démocratie au Chili en 1990, après les sombres années de la dictature, les Chiliens ont placé en tête avec plus de 44 % des voix, lors du premier tour de l’élection présidentielle de ce dimanche, un candidat de droite, Sebastian Pinera. Il devrait disputer le second tour le 17 janvier contre le candidat du centre-gauche Eduardo Frei.

Est-il temps de s’écrier : « Au secours, la droite revient » ? Certes, dans une Amérique latine qui a plutôt viré au rose ou au rouge, les dernières élections ayant surtout couronné des leaders de gauche, le Chili fait mesure d’exception. La « pole position » de Pinera ne fait guère plaisir aux progressistes, qui auraient voulu voir la société chilienne se libérer du carcan conservateur dans lequel elle est encore enfermée.

Mais si Pinera a obtenu plus de 44 % des voix, c’est sans doute parce que, paradoxalement, le Chili a réellement tourné la page Pinochet. Les élections de ce dimanche sont en tout cas les premières depuis la mort, le 10 décembre 2006, du vieux général. Augusto Pinochet, mort impuni mais discrédité, n’est plus là, et grâce à sa disparition, le Chili continue à progresser sur la voie de la normalisation politique. Depuis près de vingt ans, la « Concertacion », union sacrée de centre-gauche mise sur pied pour battre Pinochet lors du référendum de 1988, a remporté toutes les présidentielles. Patricio Aylwin, Eduardo Frei, Ricardo Lagos et Michelle Bachelet se sont succédé pour, à petits pas prudents, panser les plaies laissées par la dictature et adoucir socialement un système néo-libéral qui n’est pas contesté par grand monde au Chili.

Figure maternelle atypique mais rassurante dans un pays qui a pris de plein fouet l’actuelle crise économique, Michelle Bachelet termine son mandat avec une popularité frôlant les 80 % d’opinions positives. La Constitution chilienne interdisant de briguer deux mandats consécutifs, la « Concertacion » avait donc choisi de présenter comme candidat à la présidence l’ancien président Eduardo Frei, qui a autant de charisme qu’un bloc de béton et dont le mandat précédent n’avait pas laissé de grands souvenirs à ses compatriotes.

Face à ce candidat du passé et à une « Concertacion » usée par deux décennies au pouvoir, Sebastian Pinera a eu beau jeu de plaider que le changement, désormais, c’était lui ! D’autant que Pinera représente une droite relativement moderne et assez éloignée des nostalgies pinochétistes. Il n’a cessé de rappeler que, lors du fameux référendum de 1988 durant lequel les Chiliens ont pu se prononcer sur le maintien ou non au pouvoir de Pinochet, il avait voté « non ».

A l’heure où la démocratie contient une part de spectacle, Pinera dispose de quelques sérieux atouts. A la tête d’une fortune estimée à 1,2 milliard de dollars, Pinera est souvent surnommé le « Berlusconi chilien ». Lui aussi dirige un club de football très populaire, le Colo-Colo, qui vient d’être champion, tout en possédant une chaîne de télévision privée, Chilevision. Et à soixante ans, Pinera a choisi de s’offrir un petit coup de jeune grâce à la chirurgie esthétique.

Bosseur acharné, habitué au succès – son empire va de la pharmacie à la compagnie d’aviation LanChile – Pinera avait très mal pris son échec face à Michelle Bachelet lors de la précédente présidentielle. Et il était pratiquement en campagne depuis lors…

Le succès du candidat de droite s’explique aussi par un autre facteur : en 2005, la droite avait présenté deux candidats rivaux, Sebastian Pinera de Rénovation Nationale (RN, droite légèrement centriste) et Joaquin Lavin, ex-collaborateur de Pinochet, de l’Union démocratique indépendante (droite très à droite). Pinera avait devancé son rival mais avait perdu face à Bachelet.

Pour cette élection-ci, la droite s’est choisi pour candidat unique Pinera, tandis que le centre-gauche et la gauche présentaient trois candidats : Eduardo Frei pour la « Concertacion » ; le jeune et explosif Marco Enriquez-Ominami, socialiste devenu indépendant ; et un autre ex-socialiste déçu, Jorge Arrate, qui se présentait comme candidat du Parti communiste.

Ce dimanche, la « Concertacion » affichait des ambitions modestes, tablant sur le deuxième tour et les atouts de son candidat. Pour tenter l’impossible et battre Pinera, favori dans tous les cas de figure.

KIESEL,VERONIQUE
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