« Avatar », le film miroir de vos fantasmes

Bienvenue sur Pandora. Le réalisateur James Cameron est de retour après douze ans d’absence avec un spectacle total, qui sort ce mercredi.

Avatar est un film de bonne facture, dont le scénario est classique. Mais c’est aussi et surtout le reflet de notre société contemporaine. A travers internet, la science-fiction, les jeux vidéo, nous cherchons tous, consciemment ou non, à créer un double de nous-mêmes. Mais la lecture de Cameron nous mène sur le chemin de la sagesse.

Nous voulons tous un « Avatar »

Cinéma Le nouveau film tant attendu de James Cameron est sur les écrans

La pub ne ment pas : « Entrez dans le monde », suggère l’affiche d’Avatar. Et on peut compter sur James Cameron quand il s’agit d’écrire une histoire aux thèmes qui ne s’épuisent pas en une petite conversation autour d’un hamburger et d’un cola.

La récente mission de Frank De Winne n’a pas manqué de le rappeler : l’envie de voyager dans l’espace nous est chevillée au corps. Mais pour l’heure, mettre les pieds sur une autre planète est encore laissé aux bons soins des écrivains et scénaristes. Et à James Cameron, qui a fait circuler son Terminator dans le temps et plonger ses caméras le long de la coque du Titanic. Le voyage que propose Avatar sur Pandora est juste un peu plus long mais qui sait, semble-t-il nous dire, peut-être un jour…

Dans la religion hindoue, l’avatar représente chacune des incarnations de Vishnu. Plus communément, le terme indique une transformation. Chez Cameron, c’est une création combinant gènes humains et gènes de Na’vis, habitants de Pandora auxquels elle ressemble comme deux gouttes d’eau. Seule différence : elle est animée par la conscience d’un pilote humain installé dans une sorte de caisson d’isolation sensorielle.

L’homme se bat avec des défis technologiques. Que ce soit pour envoyer rouler un « rover » sur Mars ou concevoir une bonne cybernétique supposée bientôt entrer au service d’une population vieillissante. Pour l’heure, nous pouvons déjà faire l’acquisition de ces boîtes à roulettes dotées d’un programme de reconnaissance de moquette qu’on appelle aspirateur… robot. Et dans le monde virtuel que nous avons patiemment construit, qu’il s’appelle Facebook ou « jeu de rôle en ligne massivement multijoueur », nous pouvons nous réincarner sous forme d’image tout aussi virtuelle.

Bien sûr, parfois ça dérape… Dans « Matrix », l’incident s’appelle Smith, le robot devenu virtuel pour répondre au goût du jour et mettre le cyberespace à la botte de sa patronne.

Tout comme ses pairs de la SF et de la littérature fantastique, le réalisateur d’Avatar résout les problèmes techniques en extrapolant depuis notre présent. Aux côtés de la créature tricotée par ce bon docteur Frankenstein et celle conçue à l’image de Maria dans Metropolis, on miniaturise d’un coup de rayon magique une équipe de médecins embarqués dans Le voyage fantastique (Richard Fleischer, 1967). L’avatar selon Cameron est, lui, tout proche du robot. « Dans sa conception la plus ancienne, écrit, dans Ze craignos monsters – le retour, Jean-Pierre Putters, le robot symbolise la copie conforme de l’homme qui le destine aux tâches pénibles et subalternes. » Dans la foulée d’Asimov, des réplicants de Blade Runner (ou des androïdes qui rêvent de moutons électriques de Philip K. Dick), des R.U.R. de Capek ou de Hal (2001, Odyssée de l’espace), on en trouve même un mignon comme Wall-E, désigné volontaire pour faire le ménage sur la grande décharge qu’est devenu notre monde… Et la saga Terminator le prouve au passage : les robots ont la peau autrement plus dure que la nôtre !

Avec cette histoire écrite il y a une quinzaine d’années, James Cameron pousse plus loin encore un concept qu’il a déjà exploité : confronter l’homme à un environnement a priori hostile. Dans son sous-estimé Abyss, pour travailler à la profondeur qu’exige leur mission de sauvetage, le frêle Terrien est obligé de se remplir d’un fluide respiratoire. L’atmosphère de Pandora étant irrespirable pour les humains qui entendent exploiter ses ressources minières, autant habiter et commander le corps d’une créature qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ses habitants d’origine, non ? Plus besoin de lourd scaphandre comme ceux des astronautes de la station spatiale internationale pour aller bosser à l’extérieur. Pas même besoin d’un inconfortable masque sur le nez.

En pilotant son avatar, le marine Jake Sully retrouve les jambes qu’il a perdues. Et s’offre un voyage vers un peu plus de sagesse. Si Cameron en profite pour dénoncer un militarisme forcené (ce qu’il faisait déjà dans Aliens), il signale aussi que pour renouer avec son environnement naturel, changer de peau ne suffira pas à l’homme. C’est le même genre de propos philosophique qui sert de filigrane à The last airbender, le prochain M. Night Shyamalan, inspiré d’une série d’animation intitulée… Avatar. Vous disiez « air du temps » ?

Le Portfolio : http://portfolio.lesoir.be/v/culture/cinema/avatars/

STIERS,DIDIER,DUBUISSON,MARTINE
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