Mort de l’ultralibéral Gaïdar

Russie Il fut le père de la « thérapie de choc » dans les années 90

MOSCOU

DE NOTRE CORRESPONDANT

Méprisé par la population, respecté par un petit cercle de libéraux, Egor Gaïdar a été le grand architecte de la transition économique de la Russie après la chute de l’URSS. A 53 ans, il est mort hier chez lui d’une thrombose alors qu’il travaillait en pleine nuit à un nouveau livre. Fin 1991, nommé commissaire en charge des réformes, cet économiste a appliqué au pays une « thérapie de choc ». Avec la première vague post-soviétique de privatisations et de libéralisation des prix. Conseiller du président Boris Eltsine puis vice-Premier ministre, Egor Gaïdar a payé le prix de ces réformes par une forte impopularité.

« Cela revient à accuser le dentiste d’avoir extrait une dent pourrie », ironise aujourd’hui Alexeï Moisseev qui, économiste en chef de la banque Rencap, est l’un de ces jeunes libéraux prenant la défense d’Egor Gaïdar. « Sa politique, c’est ce qui s’est rapproché le plus du système de pure économie de marché dans notre pays. Beaucoup de monde a souffert de ces réformes. Mais elles étaient utiles. C’est comme pour Dostoïevski : Gaïdar n’a pas été reconnu de son vivant prophète de la modernité… »

Il n’est en fait resté que peu de temps à la tête du gouvernement : la libre fixation des prix s’est accompagnée en 1992 d’une très forte inflation (plus de 1.000 %) engloutissant les économies des Russes qui s’en souviennent encore. De plus, le rouble a décroché face au dollar et le déficit budgétaire a enflé. Face au mécontentement populaire, Boris Eltsine a limogé en décembre 1992 Egor Gaïdar qui est cependant revenu au pouvoir l’année suivante, en tant que ministre de l’Economie. Une seconde expérience rapidement conclue par sa démission.

Depuis, Egor Gaïdar avait pris ses distances par rapport à la politique. A la tête de son Institut sur la transition économique, il écrivait des livres et participait à des conférences, en Russie comme à l’étranger. « Il avait conservé une influence sur certains cercles du gouvernement », assure Evsey Gurvitch, le directeur de EEG, réputé think tank économique à Moscou.

QUENELLE,BENJAMIN
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.