Un merveilleux agitateur d’idées

Scènes La mort de Marcel Cremer, du Théâtre Agora

Au moment où démarre Noël au Théâtre, on apprend la mort de Marcel Cremer, fondateur et animateur du Théâtre Agora. Auteur et metteur en scène, né en 1955, il est décédé dimanche à Cologne des suites d’un cancer du poumon. Il laisse un énorme vide… et des tonnes de souvenirs magiques.

Avec sa troupe venue des Cantons de l’Est, Marcel Cremer a véritablement bouleversé le paysage du Théâtre Jeune Public en Communauté française, avec des spectacles séduisant tout autant les enfants que les adultes.

Avec leur drôle d’accent allemand et leur humour un peu noir, les comédiens et comédiennes du Théâtre Agora, basé à Saint-Vith, débarquaient pour la première fois aux Rencontres de Huy en 1997 avec l’inoubliable Princesse Trouillette.

Mais leur histoire avait commencé bien plus tôt. En 1979, sur un ancien terrain de foot de Saint-Vith. « C’était un dimanche, avait raconté Marcel Cremer à notre confrère Laurent Ancion. J’étais assis sur l’herbe avec une vingtaine de jeunes gens, d’anciens étudiants de Liège, Louvain, Cologne, Namur, Aix. On se demandait comment créer de la conscience politique dans la région, c’est-à-dire à la campagne – dans les cantons, là, vous voyez ? Bon. Que faire ? Un parti politique ? Non, il y en avait déjà trop. Un parti écologiste ? Bof, à la campagne, c’était pas terrible. Une nouvelle religion ? Trop compliqué. Une association de guérilla ? On n’avait pas d’armes. Du théâtre ? Pourquoi pas : on était déjà sur un terrain de jeu, le théâtre n’était pas loin… Alors on a bombardé les gens de la région avec des spectacles, et on s’est rendu compte que faire du théâtre, c’est faire de la politique ! »

Du pur Marcel Cremer, mêlant avec un naturel absolu, conscience politique, humour, amour du théâtre et passion de la vie. Au fil des ans, le Théâtre Agora n’a cessé de livrer des spectacles étonnants et enthousiasmants : Les Croisés, Le petit prince écarlate, La femme corbeau, La nuit des corbeaux. Le cheval de bleu ou le tout récent Wanted Hamlet.

Né de parents paysans, Marcel Cremer plongeait dans la mémoire de ses acteurs pour y débusquer les fables réelles, venues de l’enfance. C’est à partir de ce matériau qu’il prenait la plume. « Je n’aime pas le théâtre psychologique, précisait-il. Mais la plus grande richesse d’un acteur, c’est sa personnalité, son histoire, sa vie. On porte tous des histoires qui ont valeur d’éternité. Depuis Shakespeare, tout est dit. Il faut surtout trouver une manière personnelle de dire les choses. »

Marcel Cremer l’avait trouvée et l’Agora avec lui. « Si je devais être provocateur, souriait-il, je résumerais le point de vue du Théâtre Agora en deux idées. Tout d’abord, nous ne nous intéressons pas au théâtre pour enfants, c’est-à-dire à ce théâtre qui dit qu’il faut être mignon, sucré, praliné et doux. Ce qui nous intéresse, c’est la vie, le monde. Il est faux de croire que les enfants ne s’inquiètent pas des questions qui touchent les adultes. »

« Ensuite, je dirais qu’on ne s’intéresse pas au théâtre. Pour nous, le théâtre n’est pas l’“acte d’art” dont le lieu est la scène. C’est le dialogue entre acteurs et spectateurs, réunis en un même endroit au même moment. »

Profession de foi d’un artiste formidable et d’un être humain inoubliable.

WYNANTS,JEAN-MARIE
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