Volvo passera en mains chinoises

Automobile Ford sur le point de signer la cession de sa marque suédoise à Geely

Signe des temps, les constructeurs américains vendent et ce sont les Chinois qui rachètent. Depuis que GM, Ford et Chrysler ont annoncé qu’ils devaient se défaire de certains actifs pour sortir du rouge, fin 2008, on trouve systématiquement un constructeur chinois dans la liste des candidats repreneurs. C’était le cas avec Opel et Saab pour General Motors, c’est le cas avec Volvo pour Ford.

Mercredi, le deuxième constructeur américain a annoncé que toutes les conditions commerciales de fond liées à la possible vente de Volvo Cars étaient réglées avec Zhejiang Geely Holding Group. « Bien qu’il reste du travail à faire avant la signature – y compris le financement et l’accord des gouvernements –, Ford et Geely estiment qu’un accord final de vente sera signé au cours du premier trimestre 2010, la vente étant finalisée au cours du deuxième trimestre 2010 », précise Ford par voie de communiqué.

Mais le mystère reste entier sur le montant de la transaction. D’après la presse suédoise, Geely serait prêt à débourser 2 milliards de dollars pour prendre le contrôle de la marque. Ni Ford ni Geely n’ont précisé le prix du rachat. Il y a dix ans, Ford avait déboursé la bagatelle de 6,4 milliards de dollars pour Volvo Cars. Le groupe Volvo avait alors été scindé en deux, les autos d’un côté et les camions de l’autre (Volvo Trucks). Globalement, Volvo Cars emploie 22.000 personnes dont 16.000 en Suède et 4.245 dans son usine belge (lire ci-contre). Volvo a vendu 375.000 voitures en 2008.

Avec ce rachat, les constructeurs chinois confirment leur appétit pour des marques occidentales. Après la reprise de Hummer à General Motors par Tengzhong, au mois d’octobre dernier, et de certains actifs de Saab (les licences des modèles 9-3 et 9-5) par Baic il y a une semaine, Geely compte utiliser la technologie suédoise pour se tailler la part du lion sur son marché domestique. Un marché chinois qui, soit dit en passant, est devenu le premier marché mondial après l’effondrement des ventes aux USA.

La branche automobile du groupe Geely, premier constructeur privé chinois, compte sur la marque de fabrique de Volvo, « leader en matière de sécurité et de technologie verte », ainsi que sur le renom du suédois pour devenir « un acteur unique sur le marché automobile chinois ».

Dans son communiqué, Ford ajoute qu’il « continuera à coopérer avec Volvo dans certains domaines après l’éventuelle vente ». Le texte ajoute que le groupe américain ne compte pas conserver de participation minoritaire dans Volvo après la vente.

Li Shufu, le président du conseil d’administration de Geely, assure dans un communiqué que son groupe « a l’intention de travailler avec toutes les parties impliquées dans la transaction afin de remplir les intérêts de chacun ».

En Suède, alors que l’avenir de Volvo semble assuré, celui de Saab, dont General Motors veut se débarrasser, reste incertain, balançant entre la vente au petit constructeur néerlandais Spyker et la fermeture pure et simple. La vente de Saab au petit constructeur suédois de voitures de luxe Koeningsegg (allié à Baic) était pourtant quasi réglée en novembre. Le repreneur s’est rétracté juste avant la signature de l’acte de vente.

« C’est une opportunité pour les Européens »

ENTRETIEN

John Wormald est un analyste réputé dans le monde automobile. Il est partenaire du cabinet de conseils spécialisé Autopolis basé à Londres.

Pourquoi les Chinois cherchent-ils tant à acheter des marques occidentales ?

Il faut savoir que les consommateurs chinois préfèrent apparemment acheter des marques internationales. Les marques chinoises ne se vendant pas si bien que ça sur leur marché. Et ce pour diverses raisons : image de marque, technologie, échec cuisant de certains modèles dans des crash-tests, etc. Bref, leurs produits ont plutôt mauvaise réputation. Et puis faire des copies conformes de produits occidentaux, cela ne suffit pas. C’est la raison pour laquelle les constructeurs chinois sont à la recherche de technologies occidentales. L’analogie est évidente avec les Indiens puisque c’est Tata qui a racheté Jaguar et Land Rover. Ces constructeurs veulent aussi être présents dans le haut de gamme.

Pourquoi Geely s’intéresse-t-il à Volvo ?

La position de Volvo est particulièrement intéressante pour la sécurité et les crash-tests notamment. Depuis longtemps, Volvo est un pionnier en la matière. Ils se sont fait un peu rattraper par les autres, mais ils ont quand même un savoir-faire considérable.

GM vendait Opel mais a décidé de le garder par peur des Russes. Les Chinois font-ils moins peur aux Américains ?

Je crois, oui. Depuis longtemps, ils ont le sentiment de pouvoir s’entendre avec les Chinois. GM a réalisé une très bonne coentreprise avec Saic. Ils se sentent beaucoup plus en sécurité et en confiance avec les Chinois qu’avec les Russes. L’autoritarisme de Poutine et la déglingue de l’industrie russe leur font peur. La base industrielle chinoise est très bonne et la Chine est un marché d’avenir avec une montée en puissance du secteur automobile.

Les Européens de Volvo doivent-ils avoir peur de Geely ?

Il y aura des délocalisations partielles et un nouveau partage, mais je pense que l’intérêt des Chinois, c’est d’abord d’utiliser la base industrielle existante pour pénétrer le marché européen. C’est plutôt une opportunité d’expansion pour Volvo. Il y aura des acteurs chinois sur la scène, c’est certain, comme cela s’est passé avec les Sud-coréens de Hyundai. A terme, il y aura certainement un sérieux concurrent chinois. Geely est bien placé, surtout s’il fait des choses intelligentes avec Volvo.

épinglé

L’usine belge de Gand
fait partie du lot

Volvo Gand est une des deux principales usines de la marque suédoise dans le monde aux côtés de celle de Göteborg. Volvo y produit cinq modèles de voitures différents, de la petite C30 à la toute nouvelle XC60 (un SUV) en passant par la S40, la V50 et la S60. Depuis un an, le site belge produit également les déclinaisons « vertes » de ces différents modèles baptisés « DRIVe ».

En 2008, les 4.425 travailleurs du site ont assemblé 181.426 voitures contre 240.633 en 2007.

La direction de l’usine belge n’a pas fait beaucoup de commentaires sur la future opération. Elle a surtout rappelé que les Chinois de Geely avaient visité l’usine gantoise à la mi-novembre et qu’ils avaient décidé de maintenir la structure actuelle de la marque et de ses sites de production. « Pour nous, c’est le plus important », a précisé le porte-parole de Volvo Cars Gand.

DE BOECK,PHILIPPE
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