Vol 253 : le retour de la peur et des polémiques

L’attentat manqué de l’avion Amsterdam-Detroit ravive, en pleines fêtes, les craintes du terrorisme islamiste.

Umar Farouk Abdulmutallab, le Nigérian inculpé après l’attentat manqué contre un vol Amsterdam-Detroit, est sorti dimanche de l’hôpital et a été placé « dans un lieu sûr » par les enquêteurs. Il s’était brûlé aux jambes en essayant de déclencher l’engin explosif qu’il avait attaché sur lui.

Une tentative d’attentat qui a fait l’actualité pendant tout le week-end de Noël et qui relance la peur d’un terrorisme islamiste qui ne faiblit pas, huit ans après le 11 Septembre.

Un geste qui relance les polémiques également, avec le président Barack Obama, lui-même, qui demande le réexamen des procédures de sécurité, défaillantes, puisque Abdulmutallab a pu échapper à tous les contrôles. L’administration Obama a en tout cas renforcé la sécurité sur les vols à destination des Etats-Unis. Plusieurs compagnies aériennes ont déjà averti leurs clients que de nouveaux règlements en matière de sécurité leur interdiraient désormais de quitter leur siège dans l’heure qui précède l’atterrissage.

A Zaventem aussi on a renforcé la sécurité, sans véritable retard jusqu’à présent.

L’Amérique savait que des attentats se produiraient

New York

Le nom d’Umar Farouk Abdulmutallab figurait sur les listes de suspects que se partagent les agences de sécurité et les compagnies d’aviation. Mais ces listes contiennent « plus d’un demi-million de noms ». Et aucune menace précise n’entourait ce passager en escale aux Pays-Bas, provenant du Lagos. C’est donc sans encombre que le jeune Nigérian de 23 ans a pu embarquer sur le vol 253 de Delta Airlines, entre Amsterdam et Détroit, le jour de Noël.

Alors que des millions d’Américains ont prévu de se déplacer en cette période de fêtes, les médias n’en finissent plus de détailler les événements du vol 253 : vingt bonnes minutes passées par le jeune homme aux toilettes. Puis, le passager revenu à son siège, une petite explosion et un début d’incendie, provoqués par l’injection, à l’aide d’une seringue, d’un liquide chimique dans une poudre qu’Abdulmutallab avait camouflée sur sa cuisse.

L’incident, au vrai, n’a pas même été remarqué par une bonne partie des 278 passagers. Mais ce serait grâce à la célérité des voisins de siège du Nigérian que le pire a pu être évité. L’incendie a pu être rapidement maîtrisé, tout comme l’auteur de l’attentat avorté, sérieusement brûlé, qui a été ensuite remis aux responsables de la sécurité américains.

Voilà des semaines maintenant que l’Amérique était saisie de la certitude que des attentats similaires n’allaient pas tarder à se produire. Le massacre dans la base militaire de Fort Hood, en novembre dernier, ajouté à d’autres arrestations survenues depuis lors, a ravivé les craintes d’un pays qui estime s’être un peu assoupi huit ans après les attentats du 11 Septembre.

Selon la ministre de la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, les Etats-Unis ne disposent aujourd’hui d’aucune indication selon laquelle la tentative d’attentat ferait partie d’un « complot » plus large. Umar Abdulmutallab aurait cependant avoué aux enquêteurs américains qu’il agissait pour le compte d’Al-Qaïda et qu’il s’était rendu au Yémen où il aurait participé à un camp de formation sur le maniement d’explosifs. Son propre père, un banquier nigérian, avait mis en garde les autorités américaines le mois dernier sur la radicalisation de son fils. C’est à la suite de ce contact que le nom d’Abdulmutallab avait été introduit sur les listes de personnes potentiellement dangereuses.

Face à un début de polémique qui risque de prendre rapidement de l’ampleur, l’administration américaine peinait à expliquer les failles du système de sécurité. En vacances à Hawaï, Barack Obama aurait demandé à Napolitano d’expliquer « concrètement » comment le Nigérian a pu passer les contrôles avec de la penthrite. La technique de l’injection, notaient hier les enquêteurs américains, n’a « jamais été utilisée » pour faire détoner cet explosif très puissant, de la même famille que la nitroglycérine. Il n’est pas décelable avec un détecteur de métal. Et le passage aux rayons X des bagages à main n’avait rien donné à l’embarquement à Amsterdam. C’est le même explosif qu’avait camouflé dans sa chaussure un voyageur muni d’un faux passeport au nom de Richard Reid, pour tenter de faire exploser en vol un avion, en 2001, entre Paris et Miami.

Sur instruction du président, le département de la sécurité intérieure procédera sans doute rapidement à un nouveau renforcement des mesures de sécurité. Dimanche, tous les voyageurs au départ ou à destination des Etats-Unis devaient déjà subir notamment une fouille corporelle. Plusieurs aéroports américains ont par ailleurs introduit ces derniers mois, en phase d’essai, des appareils qui permettent de « déshabiller » les voyageurs afin de déterminer s’ils camouflent des objets et qui auraient sans doute permis de déceler les produits que transportait Abdulmutallab.

Surtout, après la tuerie de Fort Hood, dans laquelle un officier d’origine arabe avait tourné ses armes contre ses camarades, l’attention risque aux Etats-Unis de se concentrer davantage encore sur le Yémen, où était notamment réfugié l’imam Anouar al Aoulaki considéré comme l’inspirateur de l’officier américain. Depuis lors, l’homme aurait été tué. Et, selon certaines informations, Barack Obama aurait récemment ordonné le lancement de missiles américains sur deux sites supposés d’Al-Qaïda, au nord de la capitale, Sanaa. En annonçant récemment l’envoi de renforts en Afghanistan, le président avait fait une référence appuyée au Yémen (et à la Somalie), évoquant un éventuel recours à la force militaire dans ces pays qui servent de point d’appui à Al-Qaïda.

Alerte dimanche

Un passager a perturbé, dimanche, le vol 253 de Delta qui a relié Amsterdam à Detroit, le même vol qu’un Nigérian a tenté en vain de faire sauter deux jours plus tôt, avant d’être livré à la police, ont indiqué la compagnie aérienne et la Maison Blanche. « Il y avait un passager qui donnait de la voix, et par précaution l’équipage a demandé aux forces de l’ordre de venir à la rencontre de l’avion » au sol, a déclaré une porte-parole de Delta. Le président américain Barack Obama, actuellement en vacances à Hawaï, a été tenu informé de la situation, a annoncé la Maison Blanche.

L’équipage du vol 253 qui a relié dimanche Amsterdam à Detroit, a demandé une assistance d’urgence à son arrivée à Detroit, avait rapporté CNN. Selon la chaîne, le passager a passé un « long moment » dans les toilettes peu avant d’atterrir et avait un comportement troublant. Vers 22 h 10, la police fédérale américaine (FBI) indiquaient dans un communiqué que l’incident n’avait rien de sérieux et a levé l’alerte. (afp)

la penthrite

Un explosif
très puissant

La penthrite, l’une des deux substances utilisées dans l’attentat manqué contre un avion américain est un explosif très puissant, qui peut être activé par un détonateur ou une très forte chaleur. La penthrite (nitropenta aux Etats-Unis), est très instable, très sensible à la chaleur et possède un pouvoir détonant très fort. La penthrite, associée à une source de chaleur, explose à 175 degrés, explique un spécialiste, en ajoutant qu’il reste maintenant à déterminer le liquide chimique contenu dans la seringue utilisée par Abdulmutallab. La penthrite est un des nombreux composés nitrés devenus les principaux explosifs « modernes », seuls ou mélangés à des combustibles. L’explosion de ces composés libère des gaz toxiques, essentiellement du monoxyde de carbone (CO) et des vapeurs nitreuses. Selon un témoignage, le suspect portait 80 grammes de cette penthrite cousus dans ses sous-vêtements. (afp)

Un terroriste « brillant et poli »

portrait

Umar Farouk Abdulmutallab est né il y a 23 ans, à quelques jours près. Au Nigeria. Un pays de misère et de violence, pour la plupart de ses habitants. Mais pas pour lui : son père est un riche banquier connu et influent, engagé en politique. Ce week-end, la presse nigériane parlait de l’auteur de l’attentat manqué du vol 253 comme du « fils Abdulmutallab »

Le destin cependant n’est pas avare de mystères. Le Nigeria est certes depuis longtemps travaillé par l’islamisme, mais le jeune garçon a très tôt montré une étrange sympathie pour les manifestations de foi islamique les plus radicales. Michael Rimmer, qui était son professeur d’histoire, en 2001, à la British School de Lomé, au Togo, raconte à la BBC : « Je me souviens qu’il pensait que les talibans étaient OK, alors que tous les autres gamins musulmans de l’école pensaient que c’étaient une “bande de barjos”. » Et il ajoute : « Mais il était le rêve de tout professeur, il était très assidu, enthousiaste, très brillant, très poli. »

Umar Farouk Abdulmutallab restera brillant. Entre 2005 et 2008, il a étudié dans l’une des meilleures universités du monde, l’University College London, où il a obtenu un diplôme en ingénierie mécanique. Dans la capitale britannique, a-t-il vécu comme les autres enfants la jeunesse dorée internationale ? Ou s’est-il coupé de ses pairs, pour s’engager concrètement sur la voie de l’islamisme radical ? On sait que de Londres au « Londonistan », il n’y a qu’un pas, que de nombreux jeunes ont franchi.

Depuis samedi, Scotland Yard cherche des indices. Notamment dans le luxueux appartement à près de 3 millions d’euros, non loin d’Oxford Street, qui appartient aux Abdulmutallab.

Le 16 juin 2008, avant de quitter Londres, Umar Farouk Abdulmutallab a en tout cas obtenu un visa des Etats-Unis. Valable deux ans. Il l’avait sollicité officiellement pour assister, là-bas, à une cérémonie religieuse.

Puis il était parti en voyage – en vrille. Le Caire, Dubaï, le Yémen en juillet dernier : ses parents perdent sa piste et s’inquiètent. En mai, il s’est vu refuser un visa pour retourner à Londres : l’établissement d’enseignement supérieur qu’il disait vouloir fréquenter était bidon…

Au Yémen, a-t-il été initié au maniement des explosifs ? C’est ce qu’il a déclaré aux policiers américains, après son arrestation à Detroit. Son père s’était douté de quelque chose. Il avait même pris l’initiative, le mois dernier, de prévenir l’ambassade des Etats-Unis à Abuja, la capitale nigériane, des vues extrémistes de son fils.

Son billet payé cash à Accra

Mais cette mise en garde n’a visiblement pas servi à grand-chose. Ce 16 décembre, un billet Lagos-Amsterdam-Detroit-Amsterdam-Accra, modifié le même jour en un Lagos-Amsterdam-Detroit-Amsterdam-Lagos, a été acheté pour Umar Farouk Abdulmutallab au bureau KLM de l’aéroport d’Accra, au Ghana. Il a été payé 2.831 dollars. Cash. Aucune adresse de contact ou numéro de téléphone n’a alors été demandé à l’acheteur. Retour prévu à Lagos le 8 janvier.

Le 24 décembre, veille de Noël, le « fils Abdulmutallab » est rentré au pays – pas pour visiter sa famille. Mais pour en repartir le jour même. A 20h35, il a fait son check-in à l’aéroport de Lagos. Il n’a pas enregistré de bagage. Il avait seulement un bagage à main. Il s’est vu attribuer le siège 20B pour le vol Lagos-Amsterdam et le 19A – hublot – pour le Amsterdam-Detroit. Il a ensuite passé tous les contrôles sans problème.

Malgré les mesures de sécurité imposées par les Américains, qui supposent la transmission préalable des données des passagers en partance pour les Etats-Unis, personne ne s’est aperçu de rien. Pourtant, Umar Farouk Abdulmutallab figurait sur une liste de 550.000 personnes susceptibles d’avoir un lien avec « le terrorisme ». Il ne figurait pas, toutefois, sur la liste des 13.000 personnes qui doivent faire l’objet d’une fouille renforcée avant l’embarquement. Ni sur celle des 4.000 persona non grata, pour raisons de sécurité, aux Etats-Unis.

Les 289 passagers et membres d’équipage du vol 253 auraient pu faire les frais de ce destin – et de ces dysfonctionnements.

Après avoir témoigné dimanche devant la police nigériane, le « père Abdulmutallab » donnera ce lundi une conférence de presse. Le banquier et ex-ministre dira ce qu’il sait de son fils, ce petit génie sorti du cocon familial pour porter le message explosif que d’aucuns attribuent à Allah.

Le Yémen, base arrière d’Al-Qaïda

Sanaa

De notre correspondant

Mike Leiter, le directeur du centre national américain de lutte antiterroriste, s’est présenté le 30 septembre dernier devant le Sénat, à Washington. Et il a fait le choix d’inaugurer son exposé sur les menaces terroristes dans le monde par le Yémen. « Nous y avons observé l’émergence, la réémergence d’Al-Qaïda Péninsule arabique, avec la possibilité que ce pays ne devienne une base arrière pour les opérations du mouvement. » En quelques mots, le haut fonctionnaire a verbalisé une crainte qui grossit depuis plusieurs mois. Une crainte confirmée le 1er décembre dernier par le président Obama lui-même, pour qui le mouvement terroriste tente bien de « prendre pied au Yémen et en Somalie ».

Les faits confortent cette analyse. En janvier 2009, Nassir al Wahayshi avait officiellement annoncé l’apparition d’une nouvelle « franchise » d’Al-Qaïda : Al-Qaïda Péninsule arabique (Aqap). Tout au long d’une vidéo publiée sur internet, l’ancien secrétaire d’Oussama Ben Laden avait égrené la feuille de route de cet organe implanté au Yémen. Sans surprise, la guerre de Gaza côtoyait l’Irak occupé, et les autorités yéménites étaient dépeintes en inféodés de Washington.

Al-Qaïda au Yémen est le fruit d’un patient processus de reconstitution. Et les vies du mouvement peuvent se décliner en deux périodes distinctes : avant, et après 2003. L’attentat contre le destroyer américain USS Cole, dans la rade d’Aden (sud du Yémen), en octobre 2000, puis les attaques du 11 Septembre 2001 avaient achevé de placer le Yémen dans l’œil du cyclone. Car ce pays savait alors gérer sa paix sociale et religieuse.

Changement de cap. Alors que l’Amérique de Georges Bush dessinait son « axe du mal », Sanaa décidait de jouer la carte de la collaboration sur le terrain de la lutte antiterroriste. Débute alors une période de traque des cellules terroristes et d’élimination ciblées de ses principaux cadres. Durant trois ans, les services de sécurité porteront de rudes coups à l’organisation, avant d’estimer, sans doute, que le plus gros du travail avait été accompli. Nous sommes en 2003, et Al-Qaïda semble décapité au Yémen. Mais il n’est en fait qu’affaibli. Alors que les Etats-Unis concentrent leur attention sur les terrains afghans et irakiens, le mouvement débute patiemment sa réorganisation. Pour le journaliste yéménite Abdulliha Haider, spécialiste des questions terroristes, le 3 février 2006 marque un tournant décisif dans la vie du mouvement au Yémen. « Ce jour-là, 26 leaders présumés d’Al-Qaïda ont réussi à s’évader de la prison de haute sécurité de Sanaa, ce qui leur a permis de reconstruire des cellules. Au même moment, les guerres en Irak et en Afghanistan ont permis des succès médiatiques pour Al-Qaïda, ce qui a motivé de nombreuses catégories de la société yéménite à se mobiliser contre l’Amérique. Al-Qaïda a su tirer avantage de cette haine. »

Depuis l’évasion spectaculaire de 2006, Al-Qaïda a revendiqué plusieurs attentats au Yémen : contre des touristes espagnols durant l’été 2007 puis belges, en janvier 2008, contre l’ambassade des Etats-Unis à Sanaa, en septembre 2008. L’attaque suicide contre un groupe de Coréens en mars 2009, reste à ce jour l’attaque la plus récente. Le mouvement terroriste a su tirer avantage du chaos politique et économique yéménite pour asseoir son implantation.

De fait, depuis plusieurs mois, le gouvernement tente de démontrer que les terroristes soutiennent un mouvement sécessionniste dans le sud du pays et les rebelles chiites dans le nord, à Saada, en guerre avec les forces armées depuis juin 2004. Prêtes à apporter des gages de leur bonne volonté à leur partenaire américain, les autorités ont récemment lancé plusieurs attaques contre des cellules présumées du mouvement : elles auraient fait plus de 60 morts, dont plusieurs victimes civiles. Depuis, l’opposition politique dénonce les coups de force du gouvernement, qui profiterait de l’épouvantail Al-Qaïda pour étouffer la contestation politique.

Sécurité renforcée à Bruxelles-National

En Belgique, seules les mesures de contrôle à l’aéroport de Bruxelles-National ont été renforcées. Tant chez la ministre qu’à l’administration de l’Intérieur, au centre de crise ou à la police fédérale, on est formel : l’analyse de la menace ne justifie pas un relèvement des dispositifs de sécurité. En clair, pas de présence massive de la police dans les gares ni de risque d’annulation du feu d’artifice, le 31 décembre. L’aéroport bruxellois a en revanche pris des mesures drastiques, répondant ainsi à une demande formulée par les Etats-Unis aux autorités aéroportuaires du monde entier. Passage en revue du dispositif belge – chaque pays définit ses propres règles.

Plus de bleu dans les couloirs. Une dizaine de policiers fédéraux sont venus renforcer les effectifs habituellement présents, tant pour les patrouilles sur le site que pour les contrôles aux frontières. Ces derniers sont effectués par le personnel de sécurité de l’aéroport mais, en cas de problème, la police fédérale intervient.

Pour les passagers se rendant ailleurs qu’aux Etats-Unis. Rien ne change. Pas même pour ceux qui prennent un vol pour Londres, avant d’embarquer dans un Londres-Chicago ou Londres-Boston. Seuls les passagers embarquant directement pour les Etats-Unis sont concernés.

Pour les passagers embarquant pour les Etats-Unis. Première règle : arriver trois heures à l’avance. C’est que ce qui vous attend risque de prendre un peu de temps. Le check-in, d’abord. Pour le contenu du bagage en soute, aucun changement à signaler. Mais il vous est désormais demandé de n’emporter qu’un seul bagage en cabine par personne (l’ordinateur et le petit sac, c’est fini : l’un ou l’autre finira en soute). Vient ensuite le contrôle de sécurité, un peu plus fouillé que d’habitude. Puis, la vraie nouveauté, à l’embarquement : chaque passager (ainsi que son bagage à main) fait à nouveau l’objet d’une fouille minutieuse.

Et donc d’importants retards ? « Jusqu’à présent, non », précise le porte-parole de l’aéroport. Sur les six à huit vols quotidiens entre Bruxelles et les Etats-Unis, seuls ceux de la compagnie indienne Jet Airways ont jusqu’ici enregistré des retards. « Parce qu’ils ont de nombreux passagers en transit, en provenance d’Inde. Et que le temps qu’ils ont pour changer d’avion n’est pas suffisant pour effectuer toutes les fouilles. D’où les retards. »

Une mesure transitoire ? Officiellement, ces mesures resteront en vigueur jusqu’au 30 décembre inclus. Et après ? Aucun commentaire, à ce stade.

contrÔles

Paris

A l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, les fouilles sont systématiques et renforcées. Il est par ailleurs demandé aux passagers à destination des Etats-Unis de mettre en soute tous leurs bagages. Seule exception autorisée : les « petits sacs à main de femme ». Rien d’autre n’entre dans la cabine. Et tous les objets emportés à bord doivent être emballés individuellement dans un sac plastique transparent. Dont coût deux heures trente, en moyenne, de retard.

Londres Les voyageurs sont invités à se présenter « très longtemps » à l’avance, vu les contrôles renforcés, et à « limiter » le nombre de bagages à main. Certaines compagnies exigent par ailleurs d’ouvrir les cadeaux de Noël encore dans leur emballage.

Amsterdam

Là aussi, chaque passager d’un vol à destination des Etats-Unis fait l’objet d’une fouille minutieuse.

Certaines compagnies aériennes ont quant à elles pris des mesures de sécurité à bord des appareils à destination des Etats-Unis. Ainsi plusieurs d’entre elles interdisent dorénavant à leurs passagers de quitter leur siège durant la dernière heure de vol. Ils ne peuvent par ailleurs avoir accès à leurs bagages à main et ne peuvent garder des objets sur leurs genoux, pas même une couverture ! C’est notamment le cas d’Air Canada ou Singapore Airlines. De son côté, la compagnie de Hong Kong, Cathay Pacific, interdit désormais l’usage de téléphones en cabine. (afp)

« Le Nigérian n’a sans doute pas agi seul »

entretien

Louis Caprioli est conseiller chez Geos, une société d’analyse et de gestion du risque. Spécialiste de la lutte contre le terrorisme, il est un ancien de la Direction de la surveillance du territoire en France.

D’après les médias américains Umar Farouk Abdulmutallab revendique un lien avec Al-Qaïda. Est-ce plausible ?

J’aurais tendance à penser que oui. Il existe dans tout le nord du Nigeria un mouvement dont les membres s’appellent les « talibans du Nigeria », qui s’oppose frontalement aux autorités, et qui a fait allégeance à Al-Qaïda. Il ne serait pas étonnant que quelqu’un puisse se « radicaliser » dans cet environnement, qu’il soit ou non le fils d’un éminent banquier. Oussama Ben Laden lui-même est le fils d’un grand entrepreneur originaire du Yémen.

Farouk avait de la penthrite sur lui. C’est une indication sur les soutiens dont il a disposés ?

On peut s’en procurer sur des pages entières d’internet. On est dans le même cas de figure que Richard Reid, ce Britannique en vol pour Miami qui en avait caché dans ces chaussures en 2001. Mais pour confectionner l’explosif, il faut le coupler à deux acides, ce qui suggère que le suspect a reçu une formation. D’autres ont vraisemblablement mis au point le projet terroriste avec lui.

Est-il à craindre que beaucoup d’émules de Richard Reid soient dans la nature ?

Sans aucun doute. Aux Etats-Unis, on observe une nouvelle mouvance domestique qui apparaît capable de commettre des attentats. Rien qu’en 2009, on a assisté à la tuerie de Fort Hood, en novembre, par Nidal Hasan, ce psychiatre d’origine palestinienne. En juillet, un réseau était démantelé en Caroline du Nord, un autre en septembre. Des gens sont prêts à se sacrifier. Et tous les jours apparaissent au Pakistan et en Afghanistan des gens capables de se faire sauter même si tous ne sont pas exportables.

Comme après Fort Hood, des voix aux Etats-Unis ont évoqué un lien entre le suspect et le Yémen. Quelle menace représentent aujourd’hui les djihadistes implantés dans ce pays ?

L’implantation de camps d’Al-Qaïda au Yémen est une réalité. Par deux fois ces quinze derniers jours, l’armée yéménite a bombardé des emplacements (et revendiqué à chaque fois une trentaine de morts parmi les terroristes), avec l’appui des Américains et probablement des Saoudiens. Depuis 2003, ces derniers étaient parvenus à circonscrire, voire à éradiquer, la menace Al-Qaïda sur leur territoire. Les terroristes se sont réfugiés au Yémen, le pays d’origine du père de Ben Laden et dont le pouvoir est accaparé par une guerre avec les Houthistes au nord et les sécessionnistes au sud. La menace yéménite n’est pas un fantasme américain, c’est un Etat faible avec tous les risques que cela peut occasionner comme en Somalie ou dans le Sahel. Les Etats-Unis sont d’autant plus préoccupés que le Yémen occupe une position stratégique au sud de la péninsule arabique. Une grande partie du trafic maritime mondial longe ses côtes. Mais, dans ce cas, les Américains peuvent agir : le président Saleh est acquis à leur cause et prêt à accepter leur soutien qui va du renseignement à la surveillance électronique et peut-être même à la fourniture de missiles guidés. Ce n’est pas le cas dans le Sahel, où tous les gouvernements de la région sont hostiles à l’idée d’une intervention américaine ou même européenne.

Jasper le héros

Jasper Schuringa, 32 ans, réalisateur de film, a maîtrisé le suspect de l’attentat manqué. « Quand on entend un boum dans un avion, on est en plein éveil. Alors j’ai sauté, c’est tout. Je n’ai pas réfléchi, j’ai essayé de sauver l’avion », a témoigné le jeune Néerlandais, brûlé à la main droite, avant de poursuivre son voyage vers Miami pour des vacances avec des amis. Il était assis sur le côté droit de l’Airbus A330, séparé du suspect par la rangée centrale et par deux couloirs : « Quand j’ai vu que le suspect prenait feu, j’ai flippé bien sûr, et j’ai sauté sur les sièges, parce que je me suis dit qu’il essayait de faire sauter l’avion. Je lui ai sauté dessus, j’ai essayé de le fouiller à la recherche d’explosif, et puis j’ai pris une espèce d’objet qui était déjà en train de fondre et de fumer, et j’ai essayé de l’éteindre. Le feu a commencé à prendre sous le siège. C’est allé très vite, tout le monde paniquait ». Il a reçu l’aide de passagers, qui lui ont apporté de l’eau. « J’ai attrapé le suspect avec une personne de l’équipage, on l’a amené en première classe où on l’a déshabillé, menotté, et on s’est assuré qu’il n’avait pas d’autres armes ou bombes. Il était très calme. Il tremblait, mais il n’a pas du tout

résisté. Il était assis, il avait l’air d’un type normal ». (afp)

LEMA,LUIS,TREGAN,FRANCOIS-XAVIER,LABAKI,MAROUN,MOUNIER-KUHN,ANGELIQUE,LAMQUIN,VERONIQUE
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