Mouscron est rayé de la carte du football belge

Après treize saisons… et demie en Division 1, l’Excelsior Mouscron tire sa révérence. Exsangue financièrement depuis des mois, le club hennuyer a signifié à l’Union belge, lundi, par la bouche de ses liquidateurs, qu’il n’était plus en mesure de poursuivre son parcours en championnat. Mouscron ne jouera donc pas mercredi : un troisième forfait synonyme de défenestration définitive.  Une mort annoncée, mais qui chamboule le classement, provoque de nouvelles polémiques et accentue le marasme du football wallon.

L’Excelsior bascule dans l’abîme

Mouscron Le club frontalier rayé de la carte après 13 saisons et demie en D1

Depuis lundi, la représentation wallonne n’identifie plus, avec le Standard et Charleroi, que deux clubs en première division. Après Mons et Tubize, relégués en fin de saison passée, le couperet de la guillotine vient de s’abattre sur Mouscron au cœur même de sa 14e saison d’affilée au sein de l’élite. Mais s’il existe encore un espoir de rédemption sportive pour les Dragons ou les Sang et Or brabançons, c’est pratiquement le chant du cygne pour l’Excelsior condamné, au mieux, à rejoindre la D3 s’il se trouve un repreneur du matricule assez fortuné pour payer les dettes fédérales d’un montant d’1.600.000 euros et, au pis, la P4 l’été prochain.

Hier matin, les deux liquidateurs judiciaires de l’ASBL se sont rendus au siège fédéral pour signifier à Jean-Marie Philips, le CEO de l’Union belge et à Ludwig Sneyers, le directeur de la Ligue professionnelle que Mouscron n’était plus en mesure de poursuivre le championnat et qu’il déclarait donc forfait pour mercredi à Westerlo. Un troisième forfait qui s’assimile à la défenestration du club frontalier de la Jupiler Pro League qui poursuivra donc la compétition à 15 équipes, à charge pour le 15e classé au terme des 28 premiers matchs de se farcir deux mois plus tard un tour final avec la D2. Entre-temps, le renoncement de l’Excel s’étant mué en forfait général, tous les points obtenus contre les Hurlus seront retirés et les matchs restant à jouer sont supprimés, avec toutes les incidences que l’on explique par ailleurs sur la hiérarchie actuelle.

Dans la foulée de leur démarche dans la capitale, les officiers de justice sont rentrés l’après-midi au Canonnier où l’ensemble du personnel avait été convoqué. Joueurs, entraîneurs, équipe médicale et personnel administratif – au total une centaine de personnes – se sont vu signifier en moins d’un quart d’heure leur C4 qui tombera dans les boîtes aux lettres dans les prochains jours.

La tragédie sportive se double ainsi d’un drame humain. Certes, quelques joueurs tireront un maximum de parti de leur liberté d’action pour négocier au mieux de leurs intérêts un juteux contrat sous d’autres cieux. Mais bon nombre de leurs partenaires risquent de se retrouver, comme les employés, sur la paille au seuil de l’An alors que le sort des jeunes fréquentant le Futurosport ne paraît guère plus enviable malgré les promesses des uns et des autres. Quoi qu’il arrive, le centre de formation perdra ses meilleurs « nationaux » qui n’auront plus aucune raison de fréquenter à l’avenir, au prix fort, le Futurosport pour jouer en D2 ou D3.

« Qui va banquer, maintenant ? »

ENTRETIEN

Par respect pour la mémoire de son père Ghislain trop tôt décédé après avoir, avec d’autres, porté l’Excel à bout de bras, Laurent Coussement, un commerçant bien connu de la place, a pris ses responsabilités en acceptant, voici peu, de rallier le conseil d’administration du matricule 224. Aujourd’hui sur la touche, comme tous ses pairs, il assiste, impuissant, au cyclone qui balaie le club et son glorieux passé auréolé de deux participations à la finale de la Coupe de Belgique et aux campagnes européennes.

Laurent, que vous inspire cette situation ?

Un sentiment de gâchis. Le plus dommage, à mes yeux, c’est que les joueurs, en retard, seulement, d’un mois de paiement, n’ont pas accepté de s’aligner samedi, comme le leur avaient demandé les liquidateurs.

Mais ce n’était que du bois de rallonge !

Il fallait laisser un peu de temps aux curateurs d’examiner le dossier dont ils venaient d’hériter. Certains meneurs, rejoints par Sporta, ne leur ont pas offert cette possibilité.

Vous avez le sentiment que tout l’effectif n’était pas sur la même longueur d’onde ?

C’est bien ça, oui. Les dés sont maintenant jetés. Les C4 vont suivre. Les plus chanceux des pros vont actionner le jackpot mais bon nombre d’entre eux, aussi, risquent de se retrouver au chômage, tout comme des dizaines de techniciens du foot et d’employés au stade. Je songe aussi à tous les fournisseurs, auxquels j’émarge, qui n’ont plus aucun espoir d’un jour récupérer leur dû qui dépasse au total les 600.000 euros. On l’oublie trop souvent mais quantité d’indépendants, de toutes tailles, vont laisser des plumes dans cette faillite.

Croyez-vous au sauvetage du Futurosport ?

Il n’est pas honnête de faire accroire aux jeunes qui le fréquentent comme à leurs parents que tout continuera comme avant. L’argent promis par le pouvoir politique permettra tout au plus de terminer la saison. Mais l’entretien d’un centre de formation de ce calibre ne tient pas la route s’il n’est pas rattaché à un club de première division.

N’y aurait-il donc plus d’avenir pour l’Excel ?

Aussi longtemps que le matricule existe, il faut y croire. Mais qui va maintenant banquer ? On a vu ces derniers temps qu’il est beaucoup plus facile de promettre de sortir les billets que de passer à l’acte. J’ai entendu tellement de bêtises sur la reprise de ce club que j’en ai perdu mon latin.

Mais Peruwelz ne serait-il pas intéressé par une fusion ?

Si j’en crois la rumeur, ce club charrierait un passif de 800.000 euros. A quoi bon marier un borgne à un aveugle ?

Et Tournai ?

C’est la seule alternative qui me paraît sérieuse. Ce club tire lui-même le diable par la queue alors qu’il évolue dans un environnement de 70.000 habitants. En un quart d’heure de route, on se retrouve à Mouscron peuplé de 50.000 âmes. Je sais que le pouvoir politique, en l’occurrence le PS, rêve d’une Wallonie picarde symbolisée par un grand club de football. Je suis membre de la chambre de commerce désormais commune aux deux villes voisines et ça fonctionne très bien. Les entreprises du coin ont compris tout l’intérêt qu’elles avaient à collaborer. Mais le football ne s’accommode pas toujours des réalités économiques. Mouscron possède pourtant un bel outil de travail et, comme l’a toujours répété un certain Jean-Pierre Detremmerie, est assis sur un coffre-fort grâce à la richesse de l’IEG. Notre ville est l’une des dernières en Belgique à gérer son propre réseau d’eau. Cette pépite est très convoitée. C’est là, peut-être, in fine, la chance de voir un jour Mouscron renaître de ses cendres. Mais il faudra du temps car à l’heure actuelle, je ne vois plus personne, après tout ce qui vient de se passer, qui va injecter son propre argent dans le foot. Moi, en tout cas, je suis vacciné !

L’Exil les attend

Les 33 pros mouscronnois sont donc libres comme l’air. Tous ne sont pas logés à la même enseigne.

Lestienne, le plus doué, n’a que l’embarras du choix entre FC Bruges, Anderlecht, PSV, Hambourg, Lille, Valenciennes ou, dit-on, Everton. Van Gijseghem pourrait rejoindre le FC Bruges, Genk ou les Pays-Bas. Van Dooren est cité à Gand, Westerlo et Saint-Trond. El Araïchi, Sapina et François sont suivis par Charleroi et Genk. Jaycee est en contact avec West Bromwich. Assou-Ekotto rejoindrait la D2 française.

Berthelin serait heureux de poursuivre n’importe où en D1 ; Teklak et Chantry sont annoncés à Tournai.

Relevant de maladie, Baseggio est dans la panade tout comme Volders, Aspas et Walasiak, blessés.

Les joueurs emmenés par Carboni (Maah, Moreno, etc.) vont s’empresser de rentrer au pays. Diakité, Slovenciak et Deranja n’ont plus qu’à s’exiler.

LE classement corrigé

AVEC MOUSCRON

1. Anderlecht 45

2. FC Bruges 40

3. Gand 37

4. GBA 35

5. Zulte-Waregem 33

6. Courtrai 31

7. Standard 29

8. Saint-Trond 28

9. Westerlo 23

10. Mouscron 23

11. FC Malines 22

12. CS Bruges 20

13. Genk 19

14. Charleroi 19

15. Lokeren 15

16. Roulers 13

SANS MOUSCRON

1. Anderlecht 42 (–3)

2. FC Bruges 39 (–1)

3. Gand 36 (–1)

4. GBA 32 (–3)

5. Zulte-Waregem 30 (– 3)

6. Standard 28 (–1)

7. Saint-Trond 28 (–0)

8. Courtrai 27 (– 4)

9. FC Malines 22 (– 0)

10. Westerlo 20 (– 3)

11. Genk 19 (–0)

12. Charleroi 19 (–0)

13. CS Bruges 14 (– 6)

14. Roulers 12 (–1)

15. Lokeren 9 (– 6)

16. Mouscron 0 (–23)

Le Club à 3 points d’Anderlecht, le Standard dans le top 6

Les effets collatéraux du retrait des points de Mouscron ne sont pas négligeables comme le démontre le classement corrigé. D’abord, il n’y aura plus de descendant direct : Mouscron est désigné d’office. Donc, Lokeren et Roulers, voire le Cercle de Bruges, peuvent déjà soupirer d’aise avant de crier au scandale pour les unités retirées : 6 à Lokeren et Bruges, une seule à Roulers. Il n’y a plus que la place de barragiste (que Lokeren détenait déjà) à éviter. Dans le haut du classement, c’est Anderlecht qui fait la mauvaise opération. Le Sporting doit effacer le fruit d’un succès alors que le FC Bruges, Gand et le Standard ne perdent qu’un point dans la mésaventure. Et le Standard réintègre illico le top 6, synonyme de playoffs, aux dépens de Courtrai qui laisse sur le carreau 4 unités, pour 3 au GBA et à Zulte.

DONNAY,JEAN-LOUIS,MILECAN,GUY
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