Dubaï : grandeur et décadence

Immobilier Le Burj Dubai, la tour la plus haute du monde, est inaugurée ce lundi

Alors que l’émirat se débat dans des problèmes financiers, le Burj Dubai est inauguré aujourd’hui. C’est la tour la plus élevée du monde : 818 mètres de haut (hauteur estimée, la hauteur réelle est gardée secrète jusqu’à l’inauguration officielle). Sa construction, réalisée en six ans par la compagnie sud-coréenne Samsung Engineering & Construction, le groupe belge Besix et la société émiratie Arabtec, est le symptôme de l’hystérie qui a régné à Dubaï, l’un des sept Émirats Arabes Unis.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’économie dubaïote s’appuyait exclusivement sur le pétrole. Le sous-sol de Dubaï reste riche d’une réserve estimée à 4 milliards de barils. C’est peu comparé aux 100 milliards de barils de l’ensemble des Émirats, mais cela représente au cours actuel du pétrole, 300 milliards de dollars d’actifs.

Il y a une dizaine d’années, anticipant la baisse générale des réserves d’énergie fossile, Dubaï se lance dans une politique de projets flamboyants. Des milliers d’ouvriers sont amenés d’Inde, des Philippines pour travailler dans des conditions qui vont susciter la polémique. L’argent est facile. Les banques, notamment britanniques, ouvrent leurs coffres. Dubaï a l’ambition de devenir un centre mondial du tourisme et des services. L’émirat y réussit en partie. Avant la crise de 2008, le pétrole ne représentait plus que 5 % du PIB du pays, dont l’économie reposait sur l’activité engendrée par sa zone franche et le tourisme de luxe.

Projets tape-à-l’œil

L’émirat modifie sa législation en 2002, pour permettre aux étrangers d‘acquérir des baux de 99 ans. Pour attirer ces clients bling-bling, Dubaï fait dans le tape-à-l’œil. Nakheel, le bras immobilier de Dubai World, construit des groupes d’îles artificielles pour milliardaires, en forme de palmier ou carte du monde. Un projet (The Universe) se propose même de dupliquer la carte du ciel avant que la crise ne le fasse atterrir. Il faut être invité par le promoteur pour avoir l’occasion d’acheter ces îles privatives, dont le prix varie de 20 à 50 millions de dollars. Le marketing mobilise le meilleur de la « jet-set » : en novembre 2008, l’inauguration de l’hôtel Atlantis réunit Kylie Minogue (animatrice d’un jour), Robert De Niro, Jean-Paul Gaultier, Naomi Campbell…

Les projets pharaoniques ne manquent pas : une tour de 600 m rythmée de jardins suspendus, la plus grande marina du monde (déjà partiellement construite), le plus long métro du monde (75 km) dont les premières stations ont été inaugurées en 2009, une piste de neige artificielle sur une montagne recouverte d’un dôme réfrigérant… Nakheel projetait aussi une tour plus élevée que le Burj Dubai, de plus d’un kilomètre de hauteur. Les travaux de fondation, entamés en janvier 2008, sont interrompus quelques mois plus tard.

Ces folies immobilières traduisent la démesure qui avait alors envahi le système financier. Dans les banques comme à Dubaï, on agissait comme si l’expansion du crédit était illimitée. Aujourd’hui, la dette de Dubaï avoisine les 80 milliards de dollars. Son puissant voisin, Abu Dhabi, vient de voler à son secours en lui prêtant 10 milliards de dollars. Les prix immobiliers ont chuté de 50 % en un an. Mais le Burj Dubai est là. Qui se dresse toujours comme un défi.

THOMAS,PIERRE-HENRI
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