Mano Solo frère misère de la chanson

Musique Le chanteur français est décédé à l’âge de 46 ans

Emmanuel Cabut, de son vrai nom, s’est fait connaître en 1993 sous le nom de Mano Solo. Séropositif depuis bientôt vingt ans, il a succombé dimanche, suite à plusieurs anévrismes.

Fils du dessinateur Cabu, avec lequel il entretenait des rapports houleux, Mano était un enfant de la génération punk française des années 80. Il a fondé les Chihuahua, était proche des Garçons Bouchers, des Los Carayos et Mano Negra de Manu Chao et des Négresses Vertes… avant de fonder, en 1991, son propre groupe, la Marmaille Nue, qui donna son titre au premier album paru chez Warner.

C’est cet album qui le révèle en 1994 au grand public. On le découvre à l’Européen, la salle de Clichy qu’il remplit dix soirs d’affilée. Mano Solo chante le langage de la rue, de la gouaille parisienne, des miséreux et des exclus de la société. Ce qu’on appellera par la suite le grand retour de la chanson réaliste.

Dans « C’est pas du gâteau », tiré du premier album, il chantait :

« Même si je gagne pas ma vie/ Même si j’ai le sida/ Moi ça me coupe pas l’envie/ Moi je me dis pourquoi pas/ Je voudrais mordre à pleines dents. (…) Mais je voudrais quand même laisser une trace/ Avant de partir avant de mourir/ Même si la vie/ C’est pas du gâteau ».

Sur scène comme sur disque, Mano aimait le son de l’accordéon. Mais il en faisait un vrai instrument de rock. Il gueulait, il éructait mais chantait aussi les failles du cœur, les blessures de la vie.

Il nous disait début 1994 : « J’agresse mais en même temps, je donne. C’est comme la vie, quoi. Je me prends pour un ange aussi. Je suis très fragile, et, en même temps, je me sens indestructible. Tant que je suis fier de moi, que je pense tout ce que je dis, que je sais que c’est vrai, j’ai peur de rien. On ne m’enlèvera jamais ça. Je pense que j’ai du recul face à tout. »

La trithérapie contre le sida permettra à Mano, durant de longues années, de poursuivre sa carrière de chanteur, parallèlement à celle de peintre, commencée préalablement.

Les années sombres (1995), Frères Misère (1996, avec un groupe du même nom formé avec d’ex-Chihuahua), Dehors (2000) et Les Animals (2004) sont autant de disques bruts d’un écorché vif qui alliait poésie, amour et anarchie.

Mano n’avait pas un caractère facile pour autant. Il pouvait se montrer charmant comme abrupt et amer.

En 2006, il se sépare de la Warner et tente l’autoproduction avec l’album In the garden. Dont les ventes en ligne, sur son site, suffiront à peine pour rembourser l’emprunt nécessaire à sa réalisation. En avril 2008, peu avant son dernier concert à Flémalle, il nous confiait : « Je suis la preuve vivante qu’on ne peut pas se passer des majors. Le MP3, ce n’est pas faire la révolution, c’est fabriquer des chômeurs ».

Mano est ensuite retourné dans les petites salles (après la Grand-Place dans le cadre de la Fête de la Musique) sans renouer avec le succès ou les passages en radio. Il a continué à peindre, comme en témoignent ses pochettes de disques. Il est retourné dans le circuit alternatif qui l’a vu naître.

Mano venait de publier, sans succès, Rentrer au port. Titre prémonitoire s’il en est, comme celui de la chanson « Partir ailleurs ». Il laisse des tableaux et des disques d’une rare intégrité. Ce mec chantait ses tripes, sans tricher, sans feindre. Il est parti. Entier.

COLJON,THIERRY
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