Trachée : première mondiale belge

Transplantation Le greffon a d’abord été « élevé » dans l’avant-bras de la patiente

C’est une première mondiale belge, dont les résultats sont publiés aujourd’hui dans le prestigieux New England Journal of Medecine : l’équipe d’otolaryngologie expérimentale de la KUL Leuven a réussi la première greffe d’une trachée auparavant vascularisée dans l’avant-bras de la patiente. Pour diverses raisons, la voie aérienne entre la bouche et le nez et les bronches, peut être obstruée : déviations congénitales, mais aussi accidents de voiture. Pour réparer une constriction d’un ou deux centimètres, il est fréquent de poser un tube intérieur pour permettre au patient de respirer, voire de poser une canule dans la gorge pour lui permettre de respirer, voire de parler, après un difficile apprentissage.

« Mais ces techniques sont difficilement utilisables pour des rétrécissements qui dépassent cinq centimètres ou qui se forment par cicatrisation ultérieure après de premières opérations, explique le professeur Pierre Delaere, qui dirige le département d’otolaryngologie expérimentale de la KUL Leuven. Dans ce cas, la transplantation d’une trachée prélevée chez un donneur est la seule solution viable, mais elle ne peut être considérée comme réussie que si non seulement aucun rejet n’est constaté, mais aussi qu’une circulation sanguine a été valablement rétablie. »

Mais il n’est évidemment pas aisé de rétablir une circulation sanguine dans cet étroit tuyau de deux centimètres qu’est la trachée, conduit élastique fibro-cartilagineux qui mène l’air depuis le larynx dans les bronches et fait sortir le dioxyde de carbone lors de l’expiration.

« L’administration de médicaments qui abaissent gravement l’immunité, condition essentielle pour que le corps du greffé ne rejette pas le greffon, que son immunité reconnaît comme autre, est aussi une question-clef, reconnaît le professeur Pierre Delaere. Dans le cas de transplantation d’un cœur, de poumons ou d’un foie, le fait même que la vie du patient est suspendue au fil de la transplantation permet d’accepter ces contraintes et ce danger supplémentaire. Mais sont-ils acceptables pour une intervention qui ne provoque qu’une amélioration de la qualité de la vie ? En d’autres termes, peut-on risquer sa vie pour améliorer sa qualité ? » La réussite de l’équipe louvaniste tient donc à avoir surmonté ces deux obstacles, puisque leur patiente dispose aujourd’hui d’une trachée normalement irriguée par son propre sang et qu’elle ne doit plus prendre aucun projet immunodépresseur.

Une double transplantation

Comment a-t-on procédé ? La patiente, âgée de 55 ans, avait dû subir une trachéotomie 25 ans auparavant et de nombreuses opérations successives pour continuer à respirer. « Quand elle est devenue notre patiente en octobre 2006, elle avait deux stents successifs de 4 centimètres de long (étape 1 de l’infographie). Elle subissait des pneumonies et des bronchites et elle toussait constamment pour évacuer le mucus accumulé au bas du stent placé le plus bas. » Des granulations cicatricielles imposaient de fréquentes interventions pour rétablir une circulation correcte de l’air.

L’équipe du professeur Pierre Delaere a réalisé une double transplantation. Ils ont d’abord implanté une trachée dans l’avant-bras de la patiente, tout en lui administrant des immunosuppresseurs. Son sang a irrigué progressivement la trachée, créant un mosaïsme génétique localisé (présence de deux codes génétiques dans un même corps), sans épisode de rejet, même si l’équipe a dû faire face à un épisode de nécrose partielle après 35 jours. La trachée, abritée sous la peau de la patiente, a même produit du mucus normalement après 4 mois (étape 2). L’équipe a ensuite retiré les deux stents de la gorge de la patiente, ce qui a provoqué un effondrement de la partie supérieure des voies aériennes, exigeant une seconde trachéotomie pour lui permettre de respirer (étape 3). Mais la deuxième greffe a pu se dérouler dans la foulée, les systèmes circulatoires du greffon et du receveur devant être connectés.

Pour éviter tout rejet, l’administration d’immunosuppresseurs a dû être maintenue pendant 229 jours, mais a pu ensuite être complètement arrêtée. Sa fonction respiratoire est aujourd’hui normale et elle ne connaît plus ni bronchite ni pneumonie.

SOUMOIS,FREDERIC
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