« Maingain, c’est comme De Wever »

Communautaire Pour Philippe Moureaux, un accord sur BHV est indispensable

Quand un négociateur sort de sa réserve dans un dossier comme BHV (vous savez : la Belgique suspendue à trois lettres) et que ce négociateur s’appelle Philippe Moureaux, vice-président du PS, ancien vice-Premier, expert institutionnel, stratège en politique, « flingueur » à ses heures, il importe de tendre l’oreille. Un peu d’attention, donc.

Voici les conseils et avertissements de celui qui opère en première ligne dans les discussions secrètes avec Jean-Luc Dehaene, « démineur » royal de luxe. Son raisonnement en trois points.

1 « Tout va très bien, Madame la Marquise. » Un sentiment se propage : il y a comme la paix dans le ménage belgo-belge. Un drôle de calme. Philippe Moureaux traduit : « Tout va très bien, Madame la Marquise ». Pour démentir : « Sauf que le château est en train de brûler »… Des signes ? Un : « Prenons le sort des bourgmestres non nommés de la périphérie bruxelloise : ils sont toujours… non nommés, et la législature communale avance. La situation est figée. Et même les politiques flamands qui, a priori, ont un profil de “modérés”, ne bougent pas d’un iota. Là, je pense au tout nouveau président du VLD, Alexander De Croo, qui se dit très peu “communautaire” mais qui, sur le sujet, ferme lui aussi le jeu. »

Deux : « Voyez l’inspection scolaire dans les écoles francophones de la périphérie : alors que le dossier était négociable, nous avons été pris de vitesse par le décret flamand, qui impose sa vision. Résultat : on doit introduire des recours… Et à ce propos, gare au recours en suspension, d’“extrême urgence”, comme le veut le FDF, car l’issue est plus incertaine, il faudra notamment prouver qu’il y a “urgence”, alors que le recours en annulation, certes plus long, est davantage de nature à nous garantir une issue favorable. »

Trois : « Vous avez vu comment le gouvernement flamand a réagi à la politique d’emploi du gouvernement fédéral ? La N-VA a calé, et elle a imposé à elle toute seule de modifier la politique fédérale ! C’est passé un peu inaperçu, mais… »

Quatre : « Sans parler du grave sous-financement de Bruxelles, entretenu. »

Résultat ? 1 + 2 + 3 + 4 = le contraire de « Tout va très bien, Madame la Marquise ». La Flandre presse. Elle gagne.

Mais le nouvel Yves Leterme ? Devenu Premier ministre de tous les Belges ? Son nouveau bréviaire du « fédéralisme de coopération » ? Ecoutez Philippe Moureaux, là toujours à contresens commun : « J’ai une confiance très limitée dans la conversion de M. Leterme. Les personnes qui se convertissent radicalement de cette façon, d’un coup, on peut s’attendre qu’elles se retournent dans l’autre sens tout aussi rapidement. » Enfin, pour les distraits : « L’homme est heureux. Il est au “Seize”. Il se voit, avec la Belgique, présider l’Union européenne à partir de juillet. La philosophie du “fédéralisme de coopération” tombe bien. Mais qu’en adviendra-t-il au premier coup de tabac ? Simplement, je dis : soyons vigilants. Je mets en garde les francophones. »

2 Maingain comme De Wever. Suivez le guide : « La comparaison est frappante : d’un côté, Olivier Maingain suggère avec insistance, notamment dans son interview au Soir récemment, de ne pas faire grand-chose sur BHV cette année, et, j’y reviens, “Tout ira bien Madame la Marquise”. De l’autre, Bart de Wever invite à reporter la négociation à après 2011, car, dit-il, le rapport de forces entre Flamands et francophones au fédéral en ce moment n’est pas favorable aux premiers… On les voit venir : pas d’accord BHV, et une campagne électorale communautaire qui, au nord, fera monter en puissance la N-VA et, au sud, permettra au FDF de hisser ses grands thèmes… » Philippe Moureaux prolonge : « Les deux sont prêts en quelque sorte à sauter dans le vide. Leur stratégie est celle du pourrissement. »

Quant aux calculs électoraux respectifs : « L’histoire nous montre que, dans de telles situations, le FDF gagnera, disons, 1 % du côté francophone, quand la N-VA, elle, fera entre + 5 % et + 8 % ! Vous voyez le paysage politique après cela ? Ce sera une catastrophe pour les francophones. »

Précision : Olivier Maingain comme Bart De Wever, est-ce à dire FDF comme N-VA ? « Non ! Je ne dis pas cela. La comparaison n’est pas valable. Je ne la fais pas. Ce dont je parle, c’est du “momentum” politique qui est le nôtre, et des “tactiques” ou des “stratégies” des deux patrons de parti, et je constate : ils tirent dans le même sens. J’ai expliqué comment, et pourquoi. »

Question : Philippe Moureaux, en tenant de tels propos, ne divisez-vous pas les francophones ? « Non. Moi, je m’en tiens strictement à la position commune originelle des partis francophones : il faut négocier. Et je dis qu’il faut réussir. »

Le négociateur a, soutient-il, un allié de choix : le négociateur en chef : « Je ne dirai rien sur les contacts avec Jean-Luc Dehaene, sinon que j’ai la conviction qu’il n’a pas accepté sa mission sans se mettre dans la situation de quelqu’un qui veut y arriver. Je le connais, il est comme ça. Sur sa volonté d’arriver à un accord, je suis formel. »

3 Chaos, alternative. Le risque : « Sans accord sur BHV, ce sera le chaos juridique et politique. Les bourgmestres flamands de la périphérie iront devant le Conseil d’Etat, chambre flamande ! pour barrer l’organisation des élections – et ce n’est qu’un aspect de ce qui risque de se passer. La situation deviendra vite ingérable. » L’alternative : « Un accord sur BHV et sur quelques points en plus. Si on se limite au seul problème symbolique, ce sera l’échec, il ne sera pas possible de remplir les deux plateaux de la balance. En 2005, sous Verhofstadt, on avait tenté un compromis global. C’est l’idée. Pas forcément avec les mêmes ingrédients qu’à l’époque. Je n’en dis pas davantage. Mais bien ceci : en plus de l’accord en soi, il s’agirait d’un signe important, montrant la capacité à s’entendre entre communautés. Ce qui enlèverait une carte maîtresse des mains des extrémistes flamands – qui disent tout le temps : “Il n’y a plus moyen de discuter avec les francophones !” –, et représenterait un précieux facteur de pacification dans le pays pour un temps. On pourrait alors s’occuper pleinement de ce qui importe : la situation économique et sociale. »

Donc : cherche accord BHV nécessairement. Objectif Pâques. Et si ça cloche : saga Belgica !

COPPI,DAVID
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