Pinera, un président taille patron

Chili L’homme d’affaires milliardaire a ramené la droite au pouvoir

PORTRAIT

SANTIAGO

DE NOTRE CORRESPONDANTE

Les Chiliens ont élu Sebastian Piñera à 51,61 % comme leur nouveau président pour les quatre ans à venir. La droite revient ainsi au palais présidentiel de manière démocratique pour la première fois depuis 1958.

« Aujourd’hui est un grand jour pour le Chili. Aujourd’hui, une forte et claire majorité de Chiliens et Chiliennes se sont prononcés pour le changement, le futur et l’espoir. » C’est par ces paroles, en promettant de construire « le meilleur pays au monde », que le nouveau président élu, âgé de 60 ans, a salué l’alternance, qui s’est déroulée de manière paisible, confirmant la maturité de la démocratie chilienne. Un discours de victoire, dimanche, vingt ans après la fin de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990), devant une foule en liesse sur l’avenue principale de Santiago, recouverte de confettis, de champagne et d’étoiles multicolores, symbole de la campagne du candidat de droite.

« Sebastian Piñera est un “winner“, c’est un homme qui aime la réussite et qui aime les gens qui réussissent », souligne l’analyste politique Eugenio Tironi. « C’est avant tout un homme d’affaires, froid et rapide dans sa prise de décision, qui veut toujours avoir plus et qui sait très bien user les médias et le marketing en politique ». Ce qui tombe bien. Une fois l’homme du « changement » passé au pouvoir, succédant à une coalition de centre gauche au pouvoir depuis 20 ans et qui va désormais traverser une crise difficile, il n’y aura plus un seul quotidien, ni une seule chaîne de télévision hertzienne de gauche. Les seuls îlots étaient une chaîne et un quotidien nationaux, dont les directeurs sont nommés par le président en charge.

L’ancien sénateur (1990-1998) qui gère son image comme celle d’une célébrité est atypique sur la scène politique chilienne. Et ça a plu. L’entrepreneur a réussi à convaincre que son habileté dans les affaires – selon la revue américaine Forbes, son patrimoine s’élèverait à 1,2 milliard de dollars – serait un plus pour gérer le pays. « Ce n’est pas un président qu’on aura, c’est un patron », criait dimanche soir un détracteur. Tandis qu’une de ses partisanes rétorquait aussitôt de l’autre côté de la rue : « Il n’y aura pas de corruption, au moins ! Lui, il n’a pas besoin de s’en mettre plein les poches ! »

Il gardera son club de foot

Il a fait sa fortune en introduisant les cartes de crédit au Chili. Il devrait d’ici au 11 mars, jour où il prendra ses fonctions, vendre ses parts, à hauteur de 26 % de Lan Chile, la compagnie aérienne du pays. Egalement confier la gestion de sa chaîne de télévision hertzienne, Chilevision, à une fondation créée par ses soins. Quant au plus populaire des clubs de football du Chili, Colo-Colo, il devrait le conserver. Tout le reste de ses actions est géré par un « fonds secret », une instance autonome qu’il a créé pour se délier des affaires. Difficile toutefois de penser que cette instance pourra éviter les conflits d’intérêts. Rien n’empêchera le président-entrepreneur d’ouvrir le journal sur la page des actions en bourse. Ces dernières semaines, avec la campagne, les actions de Lan ont grimpé de 36 %…

Sebastian Piñera a réussi à rendre la droite fréquentable, affranchie de son passé dictatorial. Lui a voté contre la continuité au pouvoir d’Augusto Pinochet en 1988, ce qui lui donne une légitimité démocratique, que le reste de la droite a du mal à prouver. Il n’a cependant pas exclu d’intégrer dans son futur gouvernement « jeune, avec de nouvelles têtes et des gens de gauche aussi », d’anciens fonctionnaires d’Augusto Pinochet. Il a aussi promis aux anciens militaires poursuivis pour violations des droits de l’homme « d’accélérer leurs procès ». Le plus grand défi du nouvel homme fort de la Moneda sera sûrement d’accomplir toutes les promesses qu’il a faites, en quatre ans de mandat.

MARTIN,CLAIRE
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