Les banquiers sur la sellette à Davos

Conjoncture Nicolas Sarkozy ouvre ce mercredi le 40e Forum économique mondial

Coincés pendant une semaine entre le gratin de la finance mondiale, policiers et manifestants, les habitants de la petite commune de Davos regardent d’un œil plutôt approbateur le Forum économique mondial (WEF) qui se tient chaque année dans leur commune. L’événement, de mercredi à dimanche, va une fois de plus gonfler les portefeuilles de l’économie locale, notamment de l’hôtellerie et de la restauration.

La station huppée des Grisons vit depuis 40 ans au rythme du Forum économique mondial. Nicolas Sarkozy deviendra mercredi le premier président français à s’exprimer devant le Forum, en prononçant le discours inaugural. Il portera essentiellement sur « l’après-crise » et la « régulation de la finance mondiale ». La reconstruction d’Haïti, la réforme du secteur financier et la crise sociale menaçante devraient dominer les débats.

Du côté du WEF, on reconnaît la nécessité de réformes du secteur bancaire international. « Quelque chose ne va fondamentalement pas » dans le secteur financier, a estimé récemment le patron fondateur du Forum, Klaus Schwab. « Nous voulons confronter les dirigeants à cette réalité », a-t-il assuré. Mais les banquiers, attendus nombreux cette année (Deutsche Bank, UBS, Credit suisse, Société générale, Morgan Stanley), sont bien décidés à ne pas tout accepter et préparent, selon les analystes, une grande opération de lobbying à Davos.

Que s’y passe-t-il ?

Contrairement à d’autres grands rassemblements de décideurs (G20, Sommets sur le climat, etc.), le WEF n’est pas un lieu de prise de décisions, puisque les invités n’y sont pas délégués par leur gouvernement. Cinq jours durant, les participants transitent de conférences en débats, de séances plénières en workshops, faisant leur choix dans un programme extrêmement dense.

Chaque année, un thème est assigné à la rencontre. En 2010, il s’agit d’« Améliorer l’état du monde : repenser, redessiner, reconstruire », une thématique de sortie de crise. Cependant, avec plus de 200 rencontres programmées, le forum de Davos est un lieu où l’on parle de tout. Surtout considéré comme l’occasion de rencontres informelles, les « leaders globaux » (le WEF désigne ainsi ses invités) profitent de se trouver rassemblés en un seul endroit pour fixer beaucoup de rendez-vous utiles.

Est-ce bien utile ?

L’objectif déclaré du WEF est d’« améliorer l’état du monde ». Une ambition globale qui ne produit que rarement des résultats concrets. Néanmoins, au cours des 40 derniers forums, des rencontres cruciales, notamment en matière de politique internationales, ont pu être organisées dans ce cadre. Rencontres qui lui ont valu la réputation de terrain neutre privilégié : en 1989, des représentants des deux Corées se sont parlés pour la première fois depuis l’armistice. En 1992, Frederik de Klerk serrait la main de Nelson Mandela. En 1994, c’était au tour de Shimon Peres et Yasser Arafat.

Fortement critiqué pour n’être, en apparence, qu’un « club des riches », le forum cristallise la colère des altermondialistes et donne lieu à de violentes manifestations depuis les années 90. La Suisse doit en conséquence déployer des dispositifs de sécurité exceptionnels. Cette année, 5.000 soldats seront mobilisés, et la sécurité aérienne sera assurée conjointement par les armées suisse et autrichienne.

Qui participe au forum?

Quelque 2.500 participants sont attendus à Davos en 2010, dont environ 1.400 dirigeants de très grandes sociétés. Les 1.000 plus grosses entreprises du monde selon le classement du magazine Fortune (basé sur leur chiffre d’affaires) s’acquittent d’une cotisation annuelle de 42.500 FS pour être membres du WEF, puis de 19.638 FS pour le membre de leur direction qui se rend à Davos. Une petite centaine de multinationales versent en outre 500.000 FS par an en tant que « partenaires stratégiques ». Se rend aussi à ce forum un vaste panel de politiciens. Cette année, ils seront 30 chefs d’Etat et 60 ministres. Sont aussi invités divers représentants du monde académique et de toutes sortes d’organisations non gouvernementales, religieuses, syndicales, etc.

Au cours des dernières années, quelques célébrités ont ponctuellement fréquenté Davos, comme le chanteur Bono, les acteurs Angelina Jolie, Richard Gere et Michael Douglas, et l’écrivain Paolo Coelho. Mais cette année, rien de tel.

Qui organise tout ça ?

Klaus Schwab incarne le forum depuis 1971, année où ce professeur d’économie à l’Université de Genève a entrepris d’inviter quelque 450 chefs d’entreprises et une cinquantaine de représentants du monde académique à discuter, cinq jours durant, de nouvelles méthodes de management venues des Etats-Unis. Le Forum économique mondial est une fondation à but non lucratif. Elle emploie environ 300 personnes et son siège est à Cologny, dans le canton de Genève. Au sein de son conseil de fondation, qui comprend 22 membres, se côtoient l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, la reine Rania de Jordanie, la ministre française de l’Economie Christine Lagarde, l’ancien Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, la présidente du MIT Susan Hockfield, ainsi que les patrons de Nestlé, Renault-Nissan, Deutsche Bank, Publicis, Dell, Thomson Reuters ou encore PepsiCo.

LANCKMANS,JEAN-FRANCOIS
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