L’heure de vérité sur le crash du Concorde

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France Le procès s’ouvre dix ans après l’accident qui avait fait 113 morts

PARIS

De notre envoyée permanente

C’est un procès hors norme qu’entamera ce mardi le tribunal correctionnel de Pontoise, en banlieue parisienne. Et pas seulement parce que le dossier fait 90 tomes. Durant quatre mois, les juges devront se pencher sur l’un des accidents les plus retentissants de l’histoire de l’aviation civile : celui du Concorde, qui avait fait 113 morts le 25 juillet 1990.

Cet après-midi-là, le supersonique affrété par Air France s’apprête a emmener une centaine de touristes, la plupart allemands, à New York. Mais deux minutes après son décollage de Roissy, le Concorde, en feu, s’écrase sur un hôtel voisin de l’aéroport. Tous les passagers de l’avion périssent, de même que quatre personnes au sol. En cause ? Une lamelle perdue quelques instants plus tôt par un DC10 de la compagnie américaine Continental Airlines, qui venait de décoller. En roulant sur cette pièce métallique, un pneu du Concorde éclate et les débris perforent un réservoir, déclenchant l’incendie de l’appareil. C’est du moins la thèse officielle. Mais la compagnie américaine, seule personne morale à être renvoyée devant le tribunal, a l’intention de la contester à l’audience. A en croire son avocat, le Concorde avait pris feu avant même de rouler sur la lamelle métallique. Il accuse Air France d’avoir surchargé l’appareil et d’avoir négligé la maintenance. « Alors que trente-trois éclatements de pneus s’étaient déjà produits sur le Concorde, pourquoi ne les avait-on pas remplacés et pourquoi n’avait-on pas renforcé les réservoirs ? », s’interroge Olivier Metzner, le ténor du barreau parisien qui vient d’obtenir la relaxe de Dominique de Villepin au procès Clearstream. Les experts vont se quereller à la barre.

Cinq personnes physiques devront elles aussi répondre d’« homicides involontaires » : deux employés de Continental Airlines, mais aussi trois Français : Henri Perrier, directeur du programme Concorde jusqu’en 1994, Jacques Herrubel, ancien ingénieur en chef du Concorde, et Claude Frantzen, ancien haut responsable de la direction générale de l’aviation civile. Tous trois, désormais retraités, sont accusés de ne pas avoir suffisamment pris en compte les défaillances qui ont émaillé l’histoire du Concorde. Ils risquent jusqu’à cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende. Continental Airlines encourt 375.000 euros d’amende.

Sur le banc des parties civiles, très peu de familles seront représentées, la plupart ayant déjà été indemnisées. Ce qui fait dire à un groupement de victimes d’accidents collectifs, que c’est le crash d’un « avion vide » que l’on va juger.

Depuis l’accident de 1990, le Concorde n’a plus que très peu volé. Exploité depuis le début des années 70 par Air France et British Airways, l’avion de ligne le plus rapide de l’histoire a définitivement achevé sa carrière en 2003.

MESKENS,JOELLE
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