Une semaine sans presse, sans radio, sans télé, ça ressemble à des vacances. Pourtant les 5 journalistes du « Huis clos sur le Net » ne se sont pas reposés. L’actualité sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook ne s’arrête jamais et leur mission consistait à voir quelles informations y circulent et comment les utiliser. Cette expérience originale était menée par les radios francophones publiques (RTBF, RSR, France Info, France Inter et Radio Canada).
Pour Nicolas Willems, journaliste de la RTBF embarqué dans l’aventure, l’idée était intéressante et l’expérience inédite. Les réactions sur la Toile ne se sont pas fait attendre. Dès le premier jour, la twittosphère s’est emballée : quelques encouragements, mais aussi des critiques formulées par des utilisateurs aguerris de ces réseaux sociaux. Ces derniers exprimaient leurs doutes sur la sincérité du projet.
« Les gens qui sont sur Twitter sont dans une logique de guerre, de concurrence entre les médias traditionnels et les nouveaux médias comme les réseaux sociaux, commente la journaliste suisse Anne-Paule Martin (RSR), autre participante à ce « Huis clos sur le Net ». Ils ne veulent pas entendre que l’expérience “Huis clos” n’est pas partisane. »
Pour Nicolas Willems, le moment décisif a été la rumeur d’une explosion à Lille. Mardi soir, un premier message était envoyé sur Twitter : un utilisateur lillois avait entendu un boum. La Toile s’est emballée. S’agissait-il d’un attentat, d’un crash, d’une explosion de gaz ? Trois heures plus tard, le quotidien La Voix du Nord a mis fin aux plus folles interprétations : des avions militaires avaient tout simplement franchi le mur du son. Les journalistes reclus depuis leur gîte dans le Périgord ont suivi tout l’épisode, sans perdre leur sang-froid : « Après Lille, on nous a vraiment pris au sérieux », souligne Nicolas Willems.
A la fin de cette expérience, il devient clair pour les journalistes de ce « Huis clos » que Twitter ne relaye pas souvent des informations inédites. Cela ne se produit que lorsque le réseau internet est le seul canal de communication comme à Haïti, en Iran ou en Russie. Les cobayes ont fait remonter des intervenants inédits comme le journaliste Carel Pedre, qui informait la twittosphère depuis Haïti, ou un psychanalyste russe arrêté lors d’une manifestation antigouvernementale à Moscou. « Ce qu’on a découvert grâce à “Huis Clos sur le Net”, explique Nicolas Willems, c’est que Twitter est un système d’alerte et de recherche de contacts. »
Si certains internautes ont relayé des infos avec le tag #huiclosnet pour faciliter la recherche des journalistes reclus, d’autres n’ont pas manqué de les polluer avec des affirmations facétieuses : durant ces cinq jours de « Huis clos », Sardou serait mort, Carla Bruni-Sarkozy serait enceinte et Michael Jackson aurait assisté aux funérailles de Johnny ! Sur Twittter, on trouve le pire comme le meilleur. Nicolas Willems insiste : « Ce qu’il faudra, et c’était prévu depuis le départ, c’est refaire un point dans quelques mois. »