Toutankhamon serait fils d’Akhenaton et Néfertiti

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Archéologie Les secrets de famille du pharaon mis en lumière

Le Caire

De notre correspondante

Les portfolios : Momies égyptiennes  et Toutânkhamon

Au commencement, il y avait le fils, Toutankhamon, roi d’Egypte, mort il y a plus de 3.300 ans. Et rendu immortel par la découverte fabuleuse de sa tombe, intacte, par Howard Carter en 1922, dans la vallée des Rois. Un roitelet inconnu, devenu mythique par la splendeur de son trésor funéraire et le soufre d’une légendaire malédiction. Voici désormais le père : selon une étude à paraître aujourd’hui dans le journal de l’American Medical Association, le géniteur de Toutankhamon ne serait autre qu’Akhenaton. Ce pharaon « hérétique », que l’on dit inventeur du monothéisme, après avoir imposé le culte unique d’Aton, dieu du Soleil, pour mettre fin à l’emprise du clergé d’Amon, véritable Etat dans l’Etat. Les auteurs de l’étude s’appuient sur des tests ADN pratiqués sur plusieurs momies, dont celles des deux fœtus féminins retrouvés dans la tombe de Toutankhamon, et qui pourraient être ses filles. Ainsi que celle du père d’Akhenaton, Aménophis III, la momie d’Akhenaton, n’ayant, elle, jusqu’ici jamais été identifiée avec certitude.

Mais la probable filiation entre Akhenaton et Toutankhamon ne surprendra aucun spécialiste. Couronné sous le nom de Toutankhaton (l’image vivante d’Aton), Toutankhamon a grandi à Tell el-Amarna, où Akhenaton avait installé sa capitale pour marquer la rupture avec Thèbes. Les égyptologues ont aussi établi qu’il avait épousé une des filles d’Akhenaton et Néfertiti. Qui serait donc sa propre sœur, si l’ADN confirme bien la paternité d’Akhenaton. Enfin, de nombreux experts estiment que le riche mobilier funéraire trouvé dans la tombe de Toutankhamon ne serait autre que celui d’Akhenaton lui-même, récupéré pour les funérailles prématurées de son successeur. D’évidentes analogies dans le graphisme si reconnaissable de la période amarnienne, des cartouches effacés, puis regravés au nom du jeune pharaon contribuaient déjà depuis longtemps à renforcer l’hypothèse de liens très étroits entre les deux pharaons.

Le mystère KV35YL

Et il y a enfin la mère. KV35YL. Un code hermétique pour les non-initiés, désignant la King Valley 35 Younger Lady, une momie non identifiée, retrouvée, très détériorée, aux côtés de neuf autres momies royales dans la tombe d’Aménophis II, en 1898. Là, les choses se compliquent. Qui est cette mystérieuse maman ? S’agit-il de la superbe Néfertiti, l’épouse d’Akhenaton ? Ou de Maïa, que l’on sait être – au minimum – la mère nourricière de Toutankhamon, et dont l’archéologue Alain Zivie a mis au jour la tombe dans la nécropole de Saqqarah, sans qu’on y retrouve sa dépouille ? Ou de Kiya, la seconde épouse d’Akhenaton, d’origine étrangère ?

KV35YL et son nom barbare ont pourtant déjà fait parler d’eux, en 2003, lorsque l’archéologue britannique Joann Fletcher, dans un documentaire diffusé par Discovery Channel, l’avait identifiée comme la possible momie de Néfertiti. Une assertion qui avait provoqué une intense polémique et la fureur de Zahi Hawas, le bouillonnant secrétaire général des antiquités égyptiennes, qui avait à l’époque qualifié cette thèse de « pure fiction », et banni l’égyptologue de futures fouilles en Egypte.

Principal auteur crédité par l’étude publiée par la revue médicale américaine, Zahi Hawas organise aujourd’hui une grande conférence de presse, au musée du Caire, pour annoncer officiellement et commenter les résultats de ces très attendues analyses ADN. Un feuilleton à rebondissement, entamé il y a dix ans, où se mêlent controverse scientifique, ultra-médiatisation et nationalisme… En 2000, après avoir conclu un accord avec les universités japonaises de Waseda et Nagoya pour procéder à des tests ADN sur les momies royales, le ministère de la Culture égyptien s’était en effet rétracté, in extremis. Une dérobade expliquée alors par la presse égyptienne comme la volonté de ne pas laisser entre des mains étrangères la lourde responsabilité d’établir la généalogie des anciens maîtres de l’Egypte. Dans un pays où le patriotisme est une vertu cardinale, l’argument est populaire.

Equipé depuis 2005 de laboratoires et de scanners offerts par la chaîne National Geographic, en collaboration avec Siemens, le conseil supérieur des antiquités dirigé par Zahi Hawas peut endosser désormais la paternité des recherches pratiquées sur la filiation des momies royales. A commencer, comme aujourd’hui, par celle de Toutankhamon, autour duquel la moindre annonce provoque une émotion planétaire. Cet engouement provoque de nombreux grincements de dents dans la communauté des égyptologues, très agacée par cette « archéologie spectacle », qui parasite, selon elle, l’intérêt moins spectaculaire, mais plus « scientifique », d’autres recherches rendues aujourd’hui possibles par l’ADN et les nouvelles technologies. Dans son étude, Zahi Hawas lève également le mystère entourant la mort de l’enfant Roi : selon lui, c’est une nécrose de l’os, combinée au paludisme, qui serait à l’origine du décès prématuré de Toutankhamon. Un mystère levé, mais qui laisse la porte ouverte à de nouveaux débats enflammés. La course pour découvrir l’identité de la mère de Toutankhamon ne fait que commencer. Les secrets de famille des pharaons ont encore de quoi faire rêver.

GUIBAL,CLAUDE
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