Roger Gicquel, toute une époque

Télévision La disparition d’un maestro de l’info

C’est une des voix les plus emblématiques des années septante qui vient de s’éteindre. Roger Gicquel, emporté samedi par un infarctus alors qu’il avait 77 ans, personnifia entre 1975 et 1980 l’information française, et plus précisément le JT de TF1.

Après avoir gagné ses lauriers au Parisien, puis à France-Inter, le journaliste s’était vu confier le fauteuil de présentateur du JT le plus regardé de France avec la mission, à l’époque, d’apporter une personnification à l’info, au moment où apparaissait la concurrence avec Antenne 2.

Chaque soir, sur le coup de 20 heures, Gicquel introduisait son journal par un éditorial, où il apportait sa lecture des événements. « Je prétendais qu’on pouvait ouvrir le journal sur un raz de marée dans le delta du Gange, même sans images, plutôt que sur la naissance d’un baleineau dans un zoo aquatique. »

Gicquel, c’était une époque, celle des Guy Lux, Léon Zitrone et – déjà – Michel Drucker. C’était une génération, à laquelle rendent aujourd’hui hommage ceux qui l’ont croisé et souvent eu pour patron. Ainsi de Philippe Gildas, qui salue un « grand journaliste » qui « a apporté beaucoup de sentiment et d’humanité à l’information ». Ainsi de Patrick Poivre d’Arvor, comme lui Breton, qui rappelait dans les coulisses des Victoires de la musique, samedi soir, qu’« il aimait les gens » et « n’avait aucun amour pour la notoriété, et c’est en partie pour cela qu’il a décidé de partir ».

Gicquel, c’était aussi un ton, didactique et personnel, et l’on se souviendra longtemps de son ouverture du 20 heures le 18 février 1976, lorsqu’il assena, les yeux dans les yeux du téléspectateur : « La France a peur », juste après l’enlèvement et la mort du petit Philippe Bertrand par Patrick Henry. « La France a peur, ajoutait-il, et chaque mère, et chaque père a la gorge nouée, quand il pense à ce qui s’est passé à Troyes ».

On oublie généralement de dire que cette médiatisation très émotionnelle de l’insécurité avait à l’époque pour but, dans la bouche de Gicquel, d’inviter l’opinion publique à surtout résister à son instinct collectif de vengeance et à sa volonté de justice expéditive.

Non content de l’évolution people (déjà !) que connaissait le traitement de l’information, Gicquel laisse son fauteuil d’« anchorman » au début des années 80. Puis, au moment de la privatisation de TF1, quitte la chaîne et se retrouve bientôt sur France 3. C’est là qu’il se consacra, un magazine en bandoulière (ça s’appelait En flânant), à la passion de sa Bretagne bien aimée.

CROUSSE,NICOLAS
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