« Pourquoi le Roi n’irait-il pas au Congo ? »

Le visiteur du Soir Xavier Canonne

Le directeur du Musée de la Photographie de Charleroi était hier notre invité. Il n’a pas seulement commenté l’actualité, de Kinshasa à Charleroi ; il a choisi des photos qui illustrent toutes les rubriques.

Visite exceptionnelle ce mercredi à la rédaction du Soir : Xavier Canonne, le directeur du Musée de la Photographie de Charleroi, a passé presque toute la journée à la rédaction. Il a évidemment participé à notre réunion matinale. Mais pas uniquement : l’après-midi et jusqu’au bouclage, il a en effet aidé notre équipe à choisir les photos qui illustrent les pages du journal que vous tenez entre vos mains (lire ci-dessous).

Si l’homme est avant tout un « montreur d’image », comme il se définit lui-même, il est aussi un citoyen que les débats et les polémiques du temps ne laissent pas indifférent.

Ainsi, il estime tout à fait normal que le Roi Albert II se rende prochainement au Congo, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance de notre ancienne colonie.

« Je ne vois pas pourquoi le Roi n’irait pas, comme tout chef d’État, rendre visite au chef d’État d’un pays avec lequel la Belgique entretient une très longue relation. Après l’épisode De Gucht (NDLR : les relations entre la Belgique et le Congo avaient viré au froid polaire après que Karel De Gucht, alors ministre des Affaires étrangères, avait critiqué la classe politique congolaise), il faut recoller les morceaux. De Gucht, certes, n’avait pas totalement tort. Mais la démocratisation prend du temps. La seule question, pour moi, est la suivante : cela va-t-il déboucher sur quelque chose de constructif pour les Congolais, un peuple d’une inventivité incroyable ? »

Xavier Canonne, en revanche, est un peu plus critique sur les dernières déclarations d’Armand de Decker, bourgmestre d’Uccle et président du Sénat, qui déclarait hier à nos confrères de La Libre qu’il fallait faire éduquer les jeunes délinquants par des militaires.

« On joue, comme toujours, sur l’émotionnel. À chaque fois, les hommes politiques appellent à être plus radical, comme soi la loi n’était pas assez forte. Qu’on applique les peines, d’accord. Mais ce qui m’inquiète c’est ce qu’on fait en amont pour les gamins. On supprime les chèques sport, mais on propose de réaffecter des casernes pour l’accueil de jeunes délinquants… Quand le service militaire existait encore, y avait-il moins de délinquance ? Je ne suis pas sûr. On met l’argent sur le répressif. Et on rogne sur le préventif. Les chèques sport, c’est peu de chose. Mais le sport, moi, cela m’a permis, de côtoyer des Turcs, des Italiens… au foot, au judo. On a la société qu’on mérite. »

Angélisme ? « Je ne suis pas angélique. Il y a des instincts noirs chez l’homme. Mais il y a aussi le système de tentations. Notre société valorise le profit rapide, le bling-bling ; la valeur “travail“ et le travail lui-même ont disparu. Je connais des jeunes qui n’ont jamais vu leurs parents travailler. On peut bosser tout le mois pour gagner 1.500 euros… ou obtenir la même somme en trois minutes en braquant une bijouterie ! Ou dealer… c’est de l’argent vite gagné. Mais par rapport à quel modèle de société ? », demande Xavier Canonne.

Toujours sur l’insécurité, il ironise un peu sur l’image de Bruxelles-Chicago qui court en Flandre. « On a dit la même chose de Charleroi. J’y ai habité, je suis toujours là, non ? C’était un des centres du grand banditisme. Aujourd’hui, on en parle moins. Les zones de grand banditisme se déplacent. Cela se passe absolument partout dans le monde. »

Lui, c’est l’avenir qui l’intéresse – et en particulier, le redressement de Charleroi, auquel participe, à sa mesure, le Musée de la Photographie. « Le Musée emploie 31 personnes, dont presque toutes habitent la région. Cela veut dire que 120 personnes en vivent directement. S’ajoutent les retombées indirectes. »

À ses yeux, un musée, même dans une zone défavorisée, peut être un instrument d’action sociale. « Mais il y a un problème d’éducation à la base : vous pouvez ouvrir toutes les bibliothèques que vous voulez, tous les musées que vous voulez, si vous n’apprenez pas à lire, si vous n’apprenez pas à voir, cela ne sert à rien. C’est pourquoi nous travaillons sur les services éducatifs. Le plus gros potentiel de nos visiteurs, ce sont les visiteurs scolaires. »

Xavier Canonne récuse l’accusation de musée ghetto : « Quand je suis arrivé, seulement 8 % de nos visiteurs venaient de Charleroi. Nous ne pouvons pas vivre sans tenir compte de ce qui se passe autour de nous. J’ai, notamment, ouvert le beau parc au public. »

Il accuse aussi : « Le Musée n’intéressait pas l’ancienne majorité. Désormais, cela a changé. Elio Di Rupo a assurément une vision claire pour Mons. Cela manque encore à Charleroi. Mais nous vivons une période transitoire. L’actuelle équipe n’aura pas le temps. L’important, c’est ce qui viendra en 2012 pour accompagner le redressement », affirme-t-il, citant, sans surprise, le nom de l’actuel ministre de l’Environnement, Paul Magnette. Lequel, à ses yeux, illustre, avec le ministre-président wallon Rudy Demotte, la nouvelle image du PS. Au contraire de Michel Daerden…

À Charleroi, c’est contre le fatalisme qu’il faut lutter, ajoute-t-il. « Il faut que les gens commencent à retrouver confiance en eux-mêmes. »

BERNS,DOMINIQUE,WYNANTS,JEAN-MARIE
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