Cancer du sein : innovation majeure

Oncologie Une cure de radiologie qui passe de cinq semaines à deux minutes !

Gagner des points contre le cancer se fait souvent par l’amélioration lente et permanente des techniques et des pratiques. Mais avec l’innovation présentée mercredi par l’Institut Jules Bordet, la lutte contre le cancer du sein fait un pas de géant. Cette innovation porte un nom, le Mobetron, installé pour la première fois en Belgique. « Le Mobetron est un accélérateur tel qu’on l’utilise déjà en radiothérapie dans les hôpitaux depuis longtemps. Mais son avantage majeur est d’être léger », explique Stéphane Simon, radio-oncologue à Bordet.

L’intérêt ? Il est majeur. « Car il permet de faire, directement en salle d’opération et en une ou deux minutes de radiation, une cure de radiothérapie qui prend d’ordinaire cinq ou six semaines », résume le professeur Jean-Marie Nogaret, chef de clinique de chirurgie mammo-pelvienne à l’Institut Bordet. Les avantages sont multiples : meilleure efficacité, rapidité, coût diminué, moins d’effets secondaires des radiations (brûlures, douleur). Explications.

« Sur l’utilité du principe même de pratiquer une irradiation après l’ablation de la tumeur, il n’y a plus de doute, explique le docteur Catherine Philippson, chef de la radiothérapie. Les récidives locales sont de l’ordre de 30 % si l’on ne pratique pas ce traitement. Avec la radiothérapie, ce chiffre est ramené à 6 à 10 %. Nous sommes en permanence à la recherche de techniques moins toxiques, avec moins de rayons et plus précis sur la zone à traiter. »

Directement à l’endroit nécessaire

Dans plus de 85 %, les récidives ont lieu dans ce qu’on appelle le « lit tumoral », le lieu même où était la tumeur qui est enlevée par le chirurgien, qui enlève en outre une partie de tissu qui pourrait contenir des cellules cancéreuses (la « marge »). Qu’apporte alors le Mobetron de supplémentaire ? « Alors que la patiente dort encore et que la tumeur a été retirée, mais que le sein est encore ouvert, nous amenons, bien entendu en milieu stérile, la table d’opération sous l’accélérateur, à peine distant d’un mètre. Après des opérations de repérage précis guidées par rayons laser, la radiothérapie se fait directement dans ce lit tumoral qui n’est pas protégé par la peau. Cela permet de délivrer des doses plus précises, directement à l’endroit nécessaire et à un moment où les cellules sont vascularisées, donc non protégées par une cicatrice. Tous ces éléments concourent à une meilleure efficacité », explique Catherine Philippson.

Quels résultats obtient-on ? « D’après une première étude auprès de 6 centres européens, en utilisation limitée en boost, on diminue le taux de récidives à 5 ans de 5 % à… 0 %. C’est aussi le résultat obtenu dans une clinique autrichienne, avec une survie à 5 ans portée à 95 % des patientes. En dose complète, la survie est portée à 96,5 % dans une étude sur 1.246 patientes », souligne Jean-Marie Nogaret. Et à Bordet ? On ne sait pas encore, car l’appareil est tout neuf, payé (1,5 million) par la Fondation des Amis de l’Institut Bordet, seul moyen pour ce centre d’excellence reconnu dans toute l’Europe d’accéder à cette technique, dont l’impact direct sur la vie des patientes est pourtant clair. « On oublie que 30 % des 9.400 cancers du sein diagnostiqués le sont chez des femmes de moins de 50 ans, qui ont une charge professionnelle et familiale majeure. Faire cinq semaines de radiothérapie, c’est très lourd. Avec cette technique, la radiothérapie est effectuée en même temps que la chirurgie. Dans les cas où une chimiothérapie doit être entamée, elle peut l’être sans délai, alors qu’auparavant on hésitait sur les priorités. » Cette technique n’est malheureusement pas utilisable pour toutes les patientes. Il faut que la tumeur mesure moins de deux centimètres et qu’elle ne soit pas lobulaire

(sinon le risque est trop grand). Mais cela concerne la moitié des patientes traitées pour un cancer du sein. Des milliers de femmes qui devraient, demain, avoir accès à ce progrès.

CHRONOLOGIE

Les préparatifs et l’opération au Mobetron, minute par minute

1re minute. La patiente est amenée en « salle d’op ». L’anesthésiste vérifie qu’elle supporte bien la narcose. En fait, de nombreux examens ont déjà eu lieu, (résonance magnétique, biopsie) qui font que l’équipe arrive en « lieu connu ». La moitié des cancers seulement peuvent être traités avec cette technique.

10e minute. La chirurgie se déroule « traditionnellement ». Le chirurgien prélève d’abord le ganglion sentinelle. Il est envoyé en urgence en analyse. Grâce à une technique de biologie moléculaire unique validée en Europe par l’Institut Bordet, on sait après 30 – 45 minutes si la tumeur a généré des métastases ou pas. Avec la technique traditionnelle (en outre moins sûre), cela prend de 6 à 10 jours. Si la tumeur est métastatique, on ne peut pas utiliser le Mobetron.

15e minute. Le chirurgien enlève la tumeur. Délicat : enlever trop peu de tissu, c’est risquer la récidive. En enlever trop, c’est mutiler inutilement la patiente.

35e minute. C’est un bon jour, pas de difficulté particulière. L’équipe amène déjà la table d’opération spéciale (elle pèse 200 kilos !) vers l’accélérateur.

45e minute. Les résultats de l’analyse sont OK. On place un cône adapté à la taille et à l’angle de la zone à traiter directement dans le champ opératoire.

L’oncologue-radiologue positionne la table avec une télécommande, puis l’appareil de radio. La précision est de l’ordre du millimètre. « C’est un peu comme un système d’atterrissage sans visibilité sur des avions », explique Stéphane Simon.

55e minute. Toute l’équipe sort de la pièce, par sécurité.

56e minute. Le « tir » de rayons ne dure que 2 minutes.

58e min. La patiente est recousue. Les indicateurs sont OK.

1 h 30. La patiente est conduite en salle de réveil.

SOUMOIS,FREDERIC
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